Plein air: naturellement vôtre

Pointe Saint-Pierre
François de Lorimier Pointe Saint-Pierre

Sur l’île aux Grues, au large de Montmagny, le temps s’arrête. Surtout en hiver, le long des battures glacées et de la petite route qui serpente à travers les fermes éparses. Et aussi sur la Pointe-aux-Pins, à l’extrémité ouest de l’île. Là, on pénètre dans une forêt magique, habitée de grands érables centenaires (comme on n’en voit plus guère !), éparpillés le long d’un sentier sinueux de 4 km.

Parfois, une vue grandiose s’ouvre sur le fleuve. Sur les battures, quelques blocs gelés créent un paysage glaciaire saisissant. En raquettes, on prend le temps de fraterniser avec cet écosystème exceptionnel et de multiplier les pauses devant une douzaine de stations portant sur le milieu et son histoire. Bien sûr, on aura pris soin auparavant de télécharger l’application Ondago pour suivre la trame narrative tout en cheminant.

Réservé au public

Bienvenue dans la réserve naturelle Jean-Paul-Riopelle, ainsi nommée en l’honneur du célèbre peintre local, l’une des huit « Destinations nature » du Québec, un réseau d’aires naturelles exceptionnelles et accessibles au public. Ces territoires uniques ont tous été acquis par Conservation de la nature Canada (CNC) pour les protéger de toute exploitation. (On compte pas moins de 28 autres sites du genre au Canada.)

« La plupart du temps, quand nous faisons l’acquisition d’une propriété, nous demandons au gouvernement le statut de réserve naturelle, explique Élizabeth Sbaglia, directrice des communications à CNC. Parfois, ce sont des propriétaires privés qui en font la demande. »

En effet, depuis 2002, la Loi sur la conservation du patrimoine naturel permet à un organisme ou à un propriétaire terrien de faire valoir la valeur d’un écosystème en acquérant le label de « réserve naturelle ». Une façon pour le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques de soutenir la conservation du patrimoine naturel en vertu d’une entente de conservation volontaire.

« Chaque dollar attribué par le gouvernement provincial ou par un donateur privé pour acquérir ces territoires est doublé par le gouvernement fédéral », précise Elizabeth Sbaglia. Résultat : un réseau d’aires protégées reconnues pour leur valeur écologique et propices aux activités de plein air : marche, ski de fond, raquette et observation de la nature.

Frontière étanche, pour la faune

Les budgets alloués à Conservation de la nature Canada proviennent du gouvernement provincial, mais aussi parfois de sources privées : entreprises, fondations ou généreux donateurs, que ceux-ci soient ou non canadiens.

« Nous venons de signer une transaction avec un citoyen américain originaire de Boston qui vient de donner 50 000 $ pour protéger des milieux humides dans la région des Montagnes-Vertes, explique Joël Bonin, vice-président associé de Conservation de la nature Canada. Grâce à l’appariement de son don, le gouvernement américain s’engage à doubler la mise, c’est-à-dire à verser 100 000 $ pour aider à réaliser le projet. »

L’appariement, législature conclue entre les États-Unis et le Canada depuis une trentaine d’années, repose sur une observation objective : la faune n’a que faire des frontières. Notamment celle qui emprunte les grands flux migratoires depuis les Green Mountains jusqu’au comté du Val-Saint-François, dans les Cantons-de-l’Est.

« Pour beaucoup d’Américains de Nouvelle-Angleterre, le Québec est un emblème de nature sauvage », ajoute Joël Bonin. Et, puis, pour eux, l’attachement au Québec est même parfois une affaire de famille : « De profonds liens les rattachent à notre province depuis plusieurs générations parfois », ajoute le vice-président associé de CNC. En matière d’appariement, le Québec fait figure de chef de file ; pour preuve, ces grands corridors naturels connectés entre l’État du Vermont ou celui de New York et les forêts boréales du Québec et même de l’Ontario. D’autres projets d’appariement sont d’ailleurs à l’étude et devraient être annoncés prochainement. « Il n’y a pas de meilleur incitatif pour le gouvernement à investir dans la conservation quand des donateurs étrangers le font eux-mêmes », résume Joël Bonin

Cantons-de-l’Est

Réserve naturelle des Montagnes-Vertes

Ce territoire protégé compte trois réseaux de sentiers pour la randonnée toutes saisons : les sentiers de l’Estrie et ceux du mont Singer. La réserve est gérée par Conservation de la nature et Corridor appalachien. Mais elle comprend également le parc d’environnement naturel de Sutton, gestionnaire de quelque 52 km de sentiers. Ce réseau offre des expériences de randonnée de tous niveaux, d’une heure à une journée, selon le niveau de pratique du randonneur. L’intérêt majeur : les grandes forêts appalachiennes.

Infos pratiques. Longueur totale des sentiers : 100 km. Tarif d’accès aux sentiers : 6 $ (3 $ pour les 17 ans et moins). Membre de Balise Québec.

Laurentides

Réserve naturelle Alfred-Kelly

À une soixantaine de kilomètres du Grand Montréal, ce territoire de 500 hectares est situé entre Piémont et Prévost et propose une quinzaine de kilomètres de sentiers pour la randonnée. Idéal pour la famille puisque les sentiers sont classés débutants ou intermédiaires. Le site se distingue notamment par ses grands escarpements, habitat faunique de nombreux oiseaux de proie, et le lac Paradis au cœur de la forêt laurentienne.

Infos pratiques. Accès libre par la gare de Prévost. Membre de Balise Québec.

Montérégie

Réserve naturelle de la Tourbière-de-Venise-Ouest

Comme son nom l’indique, ce territoire de 350 hectares est surtout formé de tourbières, ce qui en fait un habitat exceptionnel pour certaines espèces fauniques comme des amphibiens ou des reptiles. On ne sait que trop la valeur de ce type d’écosystème et l’importance de le protéger pour l’équilibre écologique. Un sentier de 3 km permet l’accès à tous.

Infos pratiques. Accès libre par Saint-Georges-de-Clarenceville.

Laval

Réserve naturelle du Boisé-Papineau

Le territoire n’excède pas un kilomètre carré, mais il renferme une forêt exceptionnelle de hêtres bicentenaires. Un sentier de 7 km classé débutant est ouvert aux marcheurs avec ou sans raquettes. Le ski nordique y est également praticable. Il s’agit d’un petit joyau de nature précieuse dans cet environnement urbain et qui ne sert pas que les amateurs de plein air : oiseaux, reptiles et batraciens y trouvent aussi refuge.

Infos pratiques. Accès libre par le boulevard Saint-Martin à Laval. Membre de Balise Québec.