L’essence du cadeau

Si les donneurs préfèrent souvent offrir un chandail ou un appareil électronique, par exemple, les receveurs apprécieraient davantage des cadeaux liés au partage.
Photo: iStock Si les donneurs préfèrent souvent offrir un chandail ou un appareil électronique, par exemple, les receveurs apprécieraient davantage des cadeaux liés au partage.

Chaque décembre, c’est la même chose. Dans la pénombre précoce du soir d’hiver, on cherche l’étrenne qui fera plaisir à chacun, parfois à s’en arracher les cheveux. L’expérience de donner et de recevoir remonte à la nuit des temps ; elle scelle des alliances et renforce les amitiés. Année après année, durant le temps des Fêtes, les scientifiques se penchent sur l’art de donner, et tentent d’établir quel présent suscite le plus de plaisir chez ceux qui reçoivent. La dernière étude en date tire des conclusions amusantes, soit que moins un cadeau est bien emballé, plus il est apprécié. L’expérience serait liée aux faibles attentes qu’un emballage bâclé susciterait.

Cela fait déjà plus d’un siècle que la commercialisation de la fête de Noël, et l’orgie de dépenses qui y est liée, a fait son entrée dans la société nord-américaine. Les marchands en font leurs choux gras, et on ne craint plus de chanter, comme le groupe Lavabo, dans son récent simple Visa pour le pôle Nord : « Après le party, dans le bac bleu des bons débarras, la poubelle de la bonne conscience reprend la route made in là-bas. »

 

Pourtant, donner et recevoir est un rite social important. Et c’est prouvé, cela procure un bien-être réel, autant aux donneurs qu’aux receveurs. Mais encore faut-il savoir quoi donner. Et là-dessus, donneurs et receveurs ne sont pas toujours en phase. Par exemple, des études scientifiques ont démontré que les cadeaux qui font le plus plaisir ne sont pas nécessairement les plus coûteux. En fait, les cadeaux les plus appréciés par les receveurs seraient ceux qui ont une incidence pratique à long terme. Ainsi, les receveurs appréciaient davantage une plante en pot qu’un splendide bouquet de roses, par exemple. De plus, les recherches indiquent que les receveurs sont davantage satisfaits de recevoir des cadeaux qu’ils ont demandés qu’un cadeau-surprise, si extravagant soit-il. D’ailleurs, les cadeaux en argent seraient plus appréciés que les donneurs ne le croient.

Donneurs et receveurs

Aussi, alors que les donneurs de cadeaux ont tendance à croire que les présents qu’on peut apprécier dans l’immédiat sont les plus intéressants, les receveurs disent être capables d’attendre pour apprécier toute la valeur du cadeau. Le fait d’offrir une partie des paiements sur un appareil ménager, par exemple, est perçu positivement par les receveurs, alors que les donneurs croient faire davantage plaisir en offrant un cadeau « complet ». Les receveurs apprécient également les cadeaux liés à une expérience vécue plutôt qu’à l’acquisition d’un bien matériel.

Alors que les donneurs préfèrent souvent offrir un chandail ou un appareil électronique, par exemple, les receveurs apprécieraient davantage des cadeaux liés au partage, des billets pour un spectacle, par exemple, ou le partage d’un souper au restaurant. D’ailleurs, le mot « cadeau », au XVIIe siècle, désignait un repas donné à la campagne aux belles dames par leurs galants. Il faut dire que le mot « cadeau » lui-même dériverait du latin « catellus », « petite chaîne », et aurait d’abord désigné des traits ornementaux de l’écriture, soit des « choses spécieuses, mais inutiles », disait Gilles Ménage, au XVIIe siècle.

Selon E. Willis Jones, auteur du livre The Santa Claus Book, c’est au XIIe siècle, en France, que serait née la coutume de donner des présents au nom de Saint-Nicolas début décembre. Selon Willis, c’était les religieuses des couvents du Midi de la France qui auraient pris l’habitude de livrer secrètement des présents aux enfants dans les familles démunies, la veille de la Saint-Nicolas. La tradition se serait ensuite répandue partout dans le monde. En Hongrie, c’est encore le 6 décembre que les enfants reçoivent des sucreries, au nom de Saint-Nicolas. En Arménie, Gaghant Baba partage son sac de cadeaux le 31 décembre. En Grèce, l’échange de cadeaux se fait à la Saint-Basile, au jour de l’An. Et le saint Basile grec ne porte ni barbe ni manteau rouge. En Italie, c’est la sorcière bienfaisante Befana, qui se glisse dans la cheminée pour apporter des cadeaux. Befana veut dire « apparition », explique Eveline Trudel-Fugère, du Musée Pointe-à-Callière, où certains de ces personnages mythologiques sont présentés aux enfants cette année. « Elle aurait tenté elle aussi d’aller porter des cadeaux au Petit Jésus sans le trouver. Elle aurait alors décidé de poursuivre sa quête chaque année ».

Mais il semble bien que ce soit ici, en Amérique, que la fête de Noël se soit le plus commercialisée au cours du dernier siècle. Dès le début du XXe siècle, les archives de presse montrent les annonces déployées pour attirer le consommateur. Une coupure de presse de décembre 1920, parue dans La Canadienne, propose une laveuse à linge électrique Blue Bird à offrir en cadeau. « Les jolis cadeaux sont disparus pour faire place aux cadeaux utiles », lit-on. À la même époque, on propose un « Gram-O-Phone Berliner », ou une « Machine Parlante Victor », qui amuserait « chaque membre de la famille, jeune ou vieux ». Une annonce parue dans La Revue Moderne, en décembre 1925, propose « pour Noël, un Ford ». Rien de moins.

Si le superflu demeure sûrement essentiel, en ces temps de surconsommation et de réchauffement climatique, l’essentiel, lui, ne sera jamais superflu.