Une affaire d’équipe

La mission du comité citoyen Protégeons Bromont consistait à «protéger les espaces naturels de Bromont et à préserver la qualité de vie des Bromontois».
Photo: Tourisme Bromont La mission du comité citoyen Protégeons Bromont consistait à «protéger les espaces naturels de Bromont et à préserver la qualité de vie des Bromontois».

Bromont aime la nature, le plein air, le vélo de montagne. La randonnée aussi. À preuve : la création imminente du parc des Sommets, un parc de conservation né sous l’impulsion d’une longue mobilisation municipale et citoyenne. Dès 2012, toute une communauté s’empare du dossier du parc et la Ville de Bromont finit, des années plus tard, par racheter 170 hectares de montagne pour en garantir la protection à long terme.

Le parc des Sommets, qui sera officiellement inauguré au printemps 2020, est une énième variation sur le thème « du plein air, oui ; du développement immobilier, non ». Au-delà de sa conclusion, c’est surtout une belle histoire de gang qui débat, se déchire parfois, mais se rallie autour d’un comité citoyen, Protégeons Bromont, et d’une municipalité qui se tient. Preuve que la préservation des espaces naturels fait partie des options en matière de gouvernance.

ADN plein air

Le plein air, on ne fait pas juste en parler à Bromont, on le pratique. D’ailleurs, on vient la plupart du temps s’installer ici pour ça : la proximité avec la nature. Selon une enquête réalisée par la municipalité en 2015, son « cadre champêtre et son paysage naturel » arrivent au premier rang des préoccupations des Bromontois, avec 97 % de taux de satisfaction.

Allez vous balader sur ce flanc de la montagne, dans le secteur des monts Horizon et Bernard, et vous le constaterez vous-même : les sentiers ont poussé tout naturellement sous l’impulsion de fans de vélo de montagne qui voulaient y pratiquer leur activité. Le bon dénivelé et la configuration du territoire en font un lieu idéal pour le vélo et pour la randonnée pédestre.

Depuis 2003, l’OBNL Les Amis des sentiers travaille à pied d’œuvre pour « y préserver et y développer des sentiers de randonnée en milieu naturel ». Le balisage est parfois à l’image du terrain : créatif. On y croise même l’« échangeur Turcotte » à la croisée des chemins !

Protéger, jouer, léguer

Le « dossier Bromont » a déjà connu quelques péripéties et les citoyens ont fait valoir leur droit de parole. Mais c’est Val 8, le projet de développement immobilier de Bromont, Montagne d’expériences (BME), qui met le feu aux poudres en 2012 : 40 maisons à construire dans le dernier secteur sauvage du massif du mont Brome. À une heure de voiture du Grand Montréal, le prix des terrains est plutôt prohibitif : 500 000 $ pour un acre !

Ainsi naît le comité citoyen Protégeons Bromont, dont la mission consistait à « protéger les espaces naturels de Bromont et à préserver la qualité de vie des Bromontois », explique Bertrand Lussier, le dernier président du comité citoyen, désormais fermé. Sa mission tient en trois mots : protéger, jouer, léguer. Car l’idée, c’est bien de protéger le territoire à long terme au bénéfice des générations futures et de continuer d’y marcher, d’y courir et d’y rouler.

Pour ce faire, il faut passer par les rouages de la conservation. La Ville de Bromont mène un inventaire sur le territoire ; on y découvre des écosystèmes forestiers exceptionnels ainsi que des essences indigènes de plus de 80 ans et d’autres espèces menacées. « Nous ne voulons pas empêcher le développement, insiste Louis Villeneuve, l’actuel maire de Bromont, mais le gérer notamment en préservant les sentiers. » Son mandat de maire, Louis Villeneuve l’a remporté en s’investissant personnellement dans le comité Protégeons Bromont dès 2013.

Préserver les sentiers et le caractère sauvage de cette portion de la montagne revient, tout naturellement, à en faire un parc de conservation. Mais le défi est de taille : réunir la somme de 8,5 millions de dollars pour racheter la parcelle de 170 hectares à BME. S’ensuit alors un exercice comptable d’envergure où chacun a un rôle à jouer : la Ville octroie près de 3 millions de dollars en guise de cash down.

Conservation de la nature Canada, chargée d’investir dans des projets de conservation et de mise en valeur de la biodiversité, injecte, quant à elle, plus d’un million de dollars dans le projet de parc. Enfin, une collecte de fonds citoyenne a récolté un million et demi de dollars, portée par une effervescence qui rallie autant qu’elle divise. « Pour le reste, c’est le gouvernement qui a mis la main à la poche, explique Louis Villeneuve, et qui a saisi toute la mesure de ce projet pour le bien des générations futures. » Cette victoire, « c’est l’affaire d’une communauté, d’un engagement de tous », insiste le maire de Bromont.

Bromont protégé

C’est la Société de conservation du mont Brome, organisme local affilié à Corridor appalachien, qui veille à faire respecter la servitude de conservation conclue entre le propriétaire du parc (la Ville de Bromont) et l’organisme Conservation de la nature Canada.

« La Société de conservation du mont Brome est une sorte de police de l’environnement qui fait respecter les usages et les activités du parc dans le respect de l’entente », explique Paul Bédard, impliqué dès 2016 en tant que médiateur dans la tractation du terrain. Le juge à la retraite insiste : « Bromont, c’est spécial, c’est unique. Ça n’a pas été difficile de rassembler sa population, relativement riche et éduquée, autour de ce projet porteur et inspirant. »

Ce territoire de 170 hectares est désormais interconnecté à d’autres secteurs du territoire de Bromont. « Avec les sentiers qui existaient déjà, on compte dès à présent 142 kilomètres de sentiers avec cinq réseaux accessibles par différents points d’entrée, explique Annie Cabana, la grande maîtresse d’œuvre du parc et des sentiers municipaux. Si certains sont réservés à la pratique du vélo, comme dans le secteur du mont Oak, d’autres sont multifonctionnels, notamment dans le réseau de la montagne. »

Au programme : ski de fond sur des pistes entretenues, mais aussi raquette et, même, des sentiers équestres. Annie Cabana et l’équipe des Amis des sentiers planchent également sur plusieurs infrastructures, dont des panneaux d’interprétation et un chalet d’accueil. Mais aussi sur un circuit de ski de fond baptisé « Signé famille Harvey », qui sera tracé en partenariat avec Pierre et Alex Harvey.

C’est donc mission accomplie : le comité Protégeons Bromont vient de mourir de sa belle mort, ayant désormais atteint son objectif. Vive le parc des Sommets !