Vivre vert: pour toutes les bourses?

À l’heure actuelle, certains commerces permettent aux consommateurs d’acheter  en vrac  et d’utiliser  leurs propres contenants.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir À l’heure actuelle, certains commerces permettent aux consommateurs d’acheter en vrac et d’utiliser leurs propres contenants.

L’urgence climatique est non seulement à nos portes, mais également bien ancrée dans notre conscience collective depuis la grande vague d’amour pour la planète du 27 septembre dernier. La jeune militante Greta Thunberg, qui préfère le train et le voilier pour se déplacer, a persuadé ses parents d’adopter un régime végétalien et d’abandonner le transport aérien. Inspirés par son passage à Montréal, nombreux sont ceux qui veulent marcher dans son sillon.

Or, la vie en vert est-elle réellement à portée des bourses de toutes les familles ? Inspiré par les 101 idées pour répondre à l’urgence climatique publiées sur le site du Pacte pour la transition, voici un petit tour d’horizon de gestes individuels et collectifs à poser pour la planète et de solutions possibles pour les rendre plus accessibles à toutes les bourses et à toutes les communautés.

Transport

Quand on se compare, on se console… et on se désole. « Parmi les premiers en matière d’émission de GES par habitant en Amérique du Nord, le Québec demeure cependant l’un des plus grands émetteurs par habitant dans le monde », est-il énoncé sur le site du Pacte pour la transition, qui prône le passage vers l’électrification du Québec et un retrait du pétrole.

En clair : nous avons du boulot à faire pour réduire les émissions de GES. En matière de faibles taux d’émissions, la voiture électrique est championne. Mais à un coût d’achat entre 30 000 $ et 40 000 $, elle n’est pas à portée de toutes les bourses, même si on bénéficie d’une subvention. « Il y a des concessionnaires qui vendent des voitures électriques usagées, ce qui peut être intéressant », partage Colleen Thorpe, directrice générale d’Équiterre.

En revanche, il importe d’évoquer la nécessité de développer le transport en commun et le transport actif, du moins pour ceux qui vivent dans les quartiers ou des régions où c’est un choix réaliste. Sur ce front, l’organisme Cyclo Nord-Sud se consacre à transposer l’expertise qu’elle a développée dans plusieurs pays en développement aux quartiers moins favorisés de Montréal comme Saint-Michel, où l’organisme est établi.

Ateliers mécaniques pour l’entretien et la réparation des bécanes, promotion du développement des aménagements cyclistes, incitatifs à opter pour le vélo pour les trajets d’un kilomètre et moins, vente de vélos à prix « solidaires »…

Dans la promotion du vélo comme transport et non seulement comme loisir, il y a du travail à faire pour déconstruire le mythe de la voiture comme symbole de réussite sociale, reconnaît Agnès Rakoto, porte-parole de Cyclo Nord-Sud. « On va dans les écoles pour apprendre aux enfants qu’on n’a pas besoin de la voiture pour faire l’épicerie. Je pense que c’est par la jeunesse qu’on va réussir à passer le message. »

Cuisine

Stratégies zéro déchet, agriculture biologique, réduction du gaspillage alimentaire sont tous des éléments à l’ordre du jour du Pacte pour la transition. « Développer de nouveaux gestes écolos peut prendre du temps. Et ça peut être difficile de s’organiser, si on a des horaires de travail exigeants », souligne Colleen Thorpe, qui rappelle qu’il y a d’énormes gains à faire en achetant et en cuisinant des aliments non transformés.

« Sur le plan qualité/prix, c’est plus nutritif et plus économique. Prenons les céréales, par exemple : il coûte moins cher et sera plus sain de choisir de l’avoine plutôt que des marques de céréales commerciales. Un repas végétalien s’avère aussi un choix économique puisqu’on remplace les produits laitiers [coûteux] par des légumineuses [plus économiques]. On peut aussi privilégier les graines de tournesol, les graines de lin et autres produits locaux plus abordables. »

À l’heure actuelle, les commerces montréalais qui se consacrent au zéro déchet — permettant aux consommateurs d’acheter en vrac et d’utiliser leurs contenants — sont surtout concentrés dans les quartiers embourgeoisés comme Villeray, Griffintown, Rosemont, avec quelques adresses ici et là, à l’échelle de la province. Remplir ses pots de verre à l’épicerie en vrac, éviter le plastique, s’approvisionner de paniers bios, tout cuisiner et fermenter local et en saison, composter… Tout ça est très bien. Emballer les sandwichs des enfants dans du papier réutilisable enduit de cire d’abeille, c’est super. Mais à 15 $ le paquet de trois… c’est un peu ruineux.

Mais si notre budget, notre situation géographique et nos contraintes de temps entravent nos ambitions vertes, on peut réduire à la source en réutilisant ce qu’on a à portée de main. Par exemple, réutiliser des sacs de pain pour emballer les lunchs.

Consommation courante

Certains secteurs de consommation offrent une gamme de solutions plus adaptées à toutes sortes de budgets. L’habillement, par exemple. Avec l’abondance de friperies et d’offres de vêtements de seconde main à petits prix, il est relativement facile d’échapper à la fast fashion.

« Pour faire de bons choix, il importe avant tout d’être informé. Au début, ça peut paraître difficile, parce que notre société a perdu des notions de base de cuisine. Et si on connaît mal les matières textiles, on peut facilement être floués en achetant des vêtements mal confectionnés qui brisent rapidement », ajoute Colleen Thorpe, qui rappelle que l’art de réparer plutôt que de remplacer fait aussi partie de la solution.

La coupe menstruelle, la machine Soda Stream, les emballages enduits de cire d’abeille, les couches en coton, les vélos et voitures électriques… Les marchands de solutions vertes abondent. Mais gare à une nouvelle forme de consommation effrénée qui en remplace un autre, avertit Colleen Thorpe.

« Il ne faut pas tomber dans la culpabilité. On sait très bien que si on a un problème de plastique, c’est parce qu’à l’origine de la chaîne, il y a un concepteur qui a créé des produits à usage unique promotionnés par des techniques de marketing. D’où l’importance d’une réforme politique qui responsabiliserait les industries. »

L’intellectuelle et militante Naomi Klein, dans son récent ouvrage La maison brûle. Plaidoyer pour un New Deal Vert (Lux éditeur), écrit qu’il est erroné de croire qu’on peut sauver la planète avec des actions individuelles. Plus que des choix de consommation, énonce-t-elle, la planète a besoin d’une véritable révolution économique façon « plan Marshall ».

Abolir les pailles en plastique, c’est bien gentil, mais ce dont la planète a besoin, c’est d’un mouvement massif de désinvestissements des énergies fossiles. Oui, acheter c’est voter. Mais en ces temps d’urgence planétaire, militer et s’informer aussi, c’est voter.