Les maths, une équation montréalaise

Le but du circuit: inviter les gens à se rendre compte que les maths, c’est bien plus que du calcul ou des formules excentriques.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le but du circuit: inviter les gens à se rendre compte que les maths, c’est bien plus que du calcul ou des formules excentriques.

Le départ se fait à l’entrée du pavillon Président-Kennedy de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en début d’après-midi : un petit groupe de personnes se rassemble autour de Pauline Hubert et Florence Maas-Gariépy, doctorantes en mathématiques et nos guides pour les deux prochaines heures.

Ce groupe, auquel Le Devoir s’est joint cette semaine, part en balade. Destination : le coeur de la ville sous une lentille mathématique.

Dans le cadre de la balade « Maths en ville », créée avec le Coeur des sciences de l’UQAM, Florence et Pauline nous ouvrent les yeux sur les mathématiques, mais pas n’importe comment. Ici, nul besoin de kit de géométrie ou de calculatrice. « On veut vous montrer les mathématiques comme un outil de logique, qui nous aide à dépasser nos perceptions premières », affirme Florence au départ du groupe.

Souvent, les gens imaginent les maths comme quel­que chose de scolaire, mais en fait, ça peut être très varié, et les mathéma­ticiens peuvent être créatifs

Elle s’explique : le but n’est pas de tester la trentaine de personnes sous sa gouverne avec des questions arithmétiques, mais bien de « voir la ville à travers des lunettes mathématiques ». C’est ainsi que des concepts de la vie de tous les jours, comme mesurer le trafic automobile ou déterminer un trajet routier, prennent une dimension logique au cours de la balade. À travers chaque station où un concept mathématique est abordé, l’emplacement de la station le met en contexte dans le paysage urbain montréalais. « C’est bien, de pouvoir présenter les maths comme ça, de façon inhabituelle, dit Pauline entre deux stations d’activités. Les gens se rendent compte que les maths, c’est plus que ce à quoi ils s’attendent. »

Une formule propre à chaque ville

Ce concept de circuit existe dans plusieurs villes du monde, raconte Nadia Lafrenière, l’une des conceptrices, avec Stéphanie Schank, de la balade « Maths en ville ». S’étant inspirées de trajets similaires à Londres et à Oxford, entre autres, les deux doctorantes ont pris près d’un an à concevoir une formule montréalaise — car chaque balade est propre à une ville, dit-elle.

« Ç’a été très long, pour être honnête ! s’exclame la mathématicienne. On récoltait des idées sur ce qu’il pourrait y avoir dans la ville de mathématique et pouvant être intéressant pour le grand public. Même si quelque chose est intéressant pour nous, si ça nécessite des connaissances plutôt avancées en maths, ce n’est pas pertinent pour une activité où on veut inviter tout le monde à participer pleinement. »

Car c’est ça, le but de la balade, répète-t-elle : inviter les gens à se rendre compte que les maths, c’est bien plus que du calcul ou des formules excentriques. La ville, qui est accessible à tous, se définit ainsi comme la meilleure façon de démontrer cette position. « Ça rejoint quand même beaucoup les gens, la ville. Il y en a qui participent parce que c’est des maths, mais il y en a beaucoup qui viennent parce qu’ils s’intéressent à la ville ; c’est sûr que ce sont des choses qu’on voit tous les jours et auxquelles on ne pense jamais. »

D’ailleurs, tout au long de la balade, l’activité ressemble moins à un cours mathématique qu’à un travail collaboratif entre les participants. À chaque arrêt, une question ou un problème est posé au groupe, qui tente ensuite de trouver une solution ou une explication — la portion mathématique ne vient qu’après que la réponse a été donnée. Un peu comme pour dire que, oui, il y a bien des maths dans ça aussi.

« Ce que j’aime le plus, c’est quand on réussit à surprendre les gens, dit Nadia. Parfois, quand on arrive à une réponse, il y en a qui disent : “Ah, mais là, voyons ! Je n’aurais jamais pensé à ça !” Souvent, ce n’est pas [le problème] qui est trop technique ou trop difficile, c’est juste qu’ils sont surpris, et c’est ça qu’on cherche. »

Plates, les maths ?

Là est la beauté des mathématiques, selon Nadia : son omniprésence dans l’univers, des grandes lignes de la science aux conjectures les plus anodines et bizarres qui soient. « Les mathématiciens réfléchissent à toutes sortes de choses d’un point de vue mathématique, dit-elle. Certaines personnes se posent des questions qui ont l’air [insolites] ; pourquoi quelqu’un se poserait-il cette question-là ? Mais elles le font quand même, osent en parler après, et ça donne des choses auxquelles personne n’avait pensé. »

Parfois, ces questions mènent à de grandes découvertes, et parfois (ou bien souvent), non. Mais cette curiosité du monde est ce qui motive les mathématiciens, ce que tente aussi de démontrer « Maths en ville ». « C’est un peu ça qu’on voulait faire : montrer aux gens comment les mathématiciens voient la vie. On essaie d’appliquer les choses qu’on apprend à un peu tout autour de nous. On voulait aussi montrer que les maths, c’est beaucoup plus que juste compter ou faire des divisions. Souvent, les gens imaginent les maths comme quelque chose de scolaire, mais en fait, ça peut être très varié, et les mathématiciens peuvent être créatifs. »

Maths en ville

Mardi 20 août, 13 h 30, à l’entrée du pavillon Président-Kennedy de l’UQAM. Détails, tarifs et inscription à coeurdessciences.uqam.ca.