Symphonie pour un set carré

Reprise dans le cadre du festival Virée classique, la prochaine mouture montréalaise du «Grand Continental» revisitera la danse en ligne dans la rue Sainte-Catherine, face à la Place des Arts.
Photo: Robert Etcheverry Reprise dans le cadre du festival Virée classique, la prochaine mouture montréalaise du «Grand Continental» revisitera la danse en ligne dans la rue Sainte-Catherine, face à la Place des Arts.

En 2009, lors de la conception de la première mouture du Grand Continental, nul n’aurait pu prédire que cette variation contemporaine sur le thème d’un grand classique de la danse en ligne à la québécoise ferait un tel tabac. Une décennie et plusieurs versions plus tard (dans le reste du Canada, au Mexique, aux États-Unis, en Corée du Sud, en Nouvelle-Zélande, au Chili et en Allemagne), cette création chorégraphique signée Sylvain Émard revivra ici en août 2020.

Reprise dans le cadre du festival Virée classique, la prochaine mouture montréalaise du Grand Continentalsera accompagnée par l’Orchestre symphonique de Montréal, dirigé par Kent Nagano. Le 10 août prochain, un court extrait de ce set carré revisité sera présenté dans la rue Sainte-Catherine, face à la Place des Arts, lors d’une préaudition en vue de 2020. « C’est en quelque sorte un coup publicitaire pour promouvoir le projet, et non pas une audition à proprement parler. Il y aura une table où s’inscrire, puis nous communiquerons avec les personnes intéressées au moment de commencer le projet. »

Photo: Robert Etcheverry

Au fil des projets, Sylvain Émard a intégré un solide bagage de connaissances en matière de passation de mouvements chorégraphiques à des non-danseurs de tous les âges. « Il y a certains éléments qui reviennent vraiment dans toutes les villes, indépendamment des cultures. Par exemple, pour favoriser l’apprentissage, j’ai ajouté une semaine de répétitions supplémentaire dans une majorité des villes que l’on visite », exprime le chorégraphe, le jour où il amorce les répétitions d’un extrait de La Cumbia avec la cinquantaine de participants qui se produiront le 10 août prochain.

La danse en ligne version 2019

S’étant initié à la danse en ligne dans les années 1960, Sylvain Émard a lui-même fait ses premiers pas de continental dans le sous-sol d’une église d’Hochelaga-Maisonneuve, son quartier natal. Chorégraphe qui s’est surtout fait connaître pour ses solos (Ozone, Ozone, 1987 ; Le chant des sirènes, 2017 ; Ce n’est pas la fin du monde, 2017), la découverte, à l’enfance, de la danse en ligne a été une sorte de révélation. « J’ai toujours conservé une sorte de sentimentalité pour cette forme de danse. »

J’ai toujours conservé une sorte de sentimentalité pour cette forme de danse

Après Le Super Méga Continental de Montréal, Sylvain Émard a repris le projet à Santiago, au Chili. L’expérience lui a rappelé celle de Mexico en 2011 et en 2013. « Dans les pays d’Amérique latine, les gens ont une façon très différente d’appréhender le mouvement, probablement parce que la danse fait déjà tellement partie de leur vie. Ils arrivent aux répétitions et veulent tout de suite commencer à danser, même s’ils sont conscients qu’ils ne connaissent pas tous les pas. Pour eux, danser le plus vite possible est une façon d’entrer en contact avec la chorégraphie », explique Sylvain Émard, qui dit que cette attitude est assez opposée à celle des danseurs amateurs des pays du Nord avec qui il a travaillé.

Par exemple, en Allemagne (premier pays d’Europe où s’est posé Le Grand Continental), la discipline était au poste. « Aucun participant n’arrivait en retard aux répétitions. Les gens voulaient comprendre la structure de la répétition, posaient des questions, s’informaient du minutage des choses. J’ai dû leur expliquer que ce n’était pas comme ça qu’il fallait calculer les choses ! Les danseurs voulaient plus de détails, d’informations, sans doute pour se sécuriser et organiser leurs têtes. »

Depuis 10 ans, Sylvain Émard a appris à doser ses apprentissages, pour faire en sorte que les participants ne se découragent pas et se rendent compte que plus ils avancent dans le processus, plus ils se dotent de clés et d’outils pour comprendre et intégrer le mouvement.

En attendant de remonter sur les planches en la présence de l’Orchestre symphonique de Montréal et du maestro Nagano, le Continental continue son périple avec une série de « petits continentaux » qui se déploiera dans plusieurs quartiers de Montréal. En collaboration avec divers centres communautaires de la ville, Sylvain Émard concevra ainsi des versions écourtées avec des danseurs amateurs de Pointe-aux-Trembles, Sainte-Geneviève, Notre-Dame-de-Grâce et autres, à compter d’octobre 2019.