Du plein-air à l’autre bout du Québec

Unamen-Shipu, l’endroit idéal pour les touristes recherchant l’isolement et le charme de la toundra.
Photo: Nathalie Schneider Unamen-Shipu, l’endroit idéal pour les touristes recherchant l’isolement et le charme de la toundra.

La route ne va pas jusqu’à Unamen-Shipu. Trop loin. Passé Kegaska, à l’est de Natashquan, les petits villages qui s’égrènent le long de la Basse-Côte-Nord vivent au rythme du passage du Bella Desgagnés. En attendant le prolongement de la 138, le Bella, comme on l’appelle ici, fait chaque semaine l’aller-retour entre Rimouski et Blanc-Sablon, et fait escale dans les 10 communautés isolées pour ravitailler les quelques milliers de Nord-Côtiers qui y vivent encore.

Le cargo assure aussi le transport des quelques touristes qui viennent y chercher l’isolement et le charme de la toundra. Bien sûr, il y a l’avion aussi, quelques sauts de puce enchaînés depuis Montréal ou Québec, mais le prix du billet est plutôt salé. En hiver, ce sont les motoneigistes qui empruntent la route Blanche qui se déroule le long de la côte. Autant dire que se rendre dans ce coin du Québec est déjà une aventure en soi.

Développement par le tourisme

Unamen-Shipu est une communauté de 1600 Innus qui vivent collés aux 150 Blancs de La Romaine. Hydro-Québec a bien promis le raccordement à l’électricité, mais pour l’instant, ce sont les génératrices qui produisent l’énergie nécessaire — avec des interruptions parfois. Unamen-Shipu, c’est 10 000 ans d’occupation du territoire et une croissance démographique fulgurante. La preuve, la moyenne d’âge y est de 25 ans et un vent de construction souffle sur le village. Ainsi, chaque année, les nouvelles résidences poussent, et l’Innuberge, quatre chalets grand confort avec accès à la plage, sera inaugurée d’ici quelques semaines. C’est le premier projet touristique de la communauté et, en prime, piloté par une femme : Dolorès Bellefleur. Le tourisme, on y croit dur comme fer ici tant on est convaincu de détenir ce qu’il faut pour attirer les fans de nature et d’authenticité, avec un gros penchant pour l’aventure.

« Le tourisme, c’est une façon de soutenir nos jeunes, explique Edmond Mestenapéo, ancien chef du village et maître d’œuvre du développement touristique. C’est travailler sur l’avenir, c’est durable. » Depuis l’an dernier, l’instigateur de Tourisme Winipeukut nature propose des « séjours d’expériences en grande nature avec la culture millénaire innue », des forfaits de trois heures dans la communauté ou de quatre jours sur le territoire, au choix. Bien sûr, ils sont majoritairement Français, ceux qui font le voyage jusque-là, dans l’espoir de voir les fameux « Indiens » qui les fascinent tant. Mais pas seulement.

Le tourisme, c’est une façon de soutenir nos jeunes. C’est travailler sur l’avenir, c’est durable.

L’incursion dans la culture innue débute par une visite guidée du shaputuan installé dans le port, puis des dégustations de gelée de chicoutais ou de thé du Labrador, suivies de rencontres avec les artisans locaux. La pourvoirie Etamamiou, à droits exclusifs, propriété du conseil de bande, est célèbre pour la pêche au saumon. Mais c’est l’exploitation du site touristique situé sur l’île Apinipehekat, à une vingtaine de minutes de zodiac, qui constitue le produit innovant de la communauté.

Photo: Nathalie Schneider La pourvoirie Etamamiou est célèbre pour la pêche au saumon.

L’être humain, cette découverte

Sur l’île Apinipehekat, on vous reçoit comme on est, sans artifice ni tentative de reconstitution folklorique. Ce camp de base, fait de tentes traditionnelles tout confort, est un lieu sacré cerné d’un paysage renversant. On s’assoit autour du feu et voilà que l’aventure commence. Les échanges avec l’équipe de guides et de cuisiniers se tissent à la façon innue : dans l’économie de mots et dans la fraternité. Et dans la fierté aussi de voir nos hôtes nous dévoiler le Nitassinan sur 360 degrés. Il y a Edmond, bien sûr, mais aussi Stanley, Daniel, Benoit, Miguel. Des jeunes et des moins jeunes, le multigénérationnel faisant partie de l’expérience. Il y a aussi Dao, cuisinier tunisien que l’amour a amené jusqu’ici, Natasha la ricaneuse, Rosanne, artiste du cuir et des perles.

 
Photo: Nathalie Schneider Un camp traditionnel où les Innus d’Unamen-Shipu accueillent les touristes.

Dans la tente-cuisine branchée au propane, ils composent des prouesses gastronomiques : tourtière au caribou, steak d’orignal, gâteau aux fruits rouges glanés sur la toundra. Et, un beau matin, voilà qu’Anastasia et Joséphis, couple d’octogénaires d’Unamen, viennent faire leur tour sur l’île. À l’époque lointaine des mariages arrangés, elle est tombée sous le charme de ce chasseur d’ours, joueur de tambour, qui trouve l’inspiration de ses poèmes dans ses rêves. « Ce que mes rêves me disent aujourd’hui, c’est qu’il faut limiter la chasse aux caribous », murmure Joséphis le sage. Le soir, à la veillée, on écoute religieusement ses chants au rythme obsédant du teueikan (tambour sacré) et on rêve, à notre tour, d’un monde où tout ne serait qu’harmonie : les êtres humains et les bêtes, le ciel, la terre et la mer.

Le golfe comme terrain de jeux

La mer, parlons-en ! Les Innus d’Unamen-Shipu ont peut-être les pieds bien posés sur le territoire, il n’en demeure pas moins qu’ils ont les yeux braqués sur la mer. L’une des activités phares de Tourisme Winipeukut nature, c’est d’amener les visiteurs à observer toutes les richesses du golfe du Saint-Laurent en bateau.

Dans l’archipel Sainte-Marie, où se profile l’idée d’un parc national sous législation innue (sur le modèle du parc Assinica, à Oujé-Bougoumou), on découvre les refuges d’oiseaux marins sur l’île Ouapitagon, d’où l’on décroche la plus belle vue sur les caps, avec le ballet incessant des eiders, macareux, sternes et fous de Bassan. Parmi les activités, on peut opter pour l’observation des baleines ou la pêche traditionnelle au homard, que nos guides attrapent à l’épuisette en observant leurs traces au fond de l’eau. Des homards grands comme ça, « à volonté », les petits et les femelles étant aussitôt rejetés à l’eau. Ce qu’on ne mange pas sur l’île part directement pour nourrir la communauté d’Unamen. Une exploration du lieu de mémoire Makuanut, où les Innus des environs et les Malécites se rassemblaient pour les baptêmes et les mariages, est aussi au programme.

Oui, l’accès à la mer est bien la valeur ajoutée de cette communauté. Et les projets ne s’arrêtent pas là : « Dans les années à venir, nous voulons proposer des excursions en canot sur la rivière Coucouctchou et à Unamen avec des guides formés, prédit Edmond Mestenapeo. Du kayak aussi. Et trois jours de randonnée sur l’île Ouapitagon avec camping rustique. » Sans compter un séjour de mieux-être en nature sur le Nitassinan. Des projets assez inspirants pour nourrir les rêves d’Unamen-Shipu.

Infos pratiques Le forfait de trois nuits à Unamen-Shipu a lieu du mercredi au samedi. Tarif : 890 $ en occupation double (avec transport sur le Bella depuis Kegaska). La visite guidée d’Unamen-Shipu : 60 $ par personne. Une superbe carte-récit est disponible à winipeukut.ca.