De céramiques et d’oeuvres poétiques

Vingt-sept céramistes reconnus professionnellement par leurs pairs ou par le Conseil des métiers d’art du Québec participent à Ceramystic.
Photo: Russell and Raw Vingt-sept céramistes reconnus professionnellement par leurs pairs ou par le Conseil des métiers d’art du Québec participent à Ceramystic.

L’expo-vente Ceramystic, qui depuis 15 ans avait lieu dans le hameau de Mystic, en Montérégie, a déménagé ses jolies oeuvres dans celui de Way’s Mills, en Estrie. Un rendez-vous exquis ce week-end au centre d’arts Rozynski.

S’il s’agit de la première édition de Ceramystic pour le centre d’arts Rozynski à Way’s Mills, l’histoire de ce festival de céramique remonte à 2004. C’est le potier Jacques Marsot qui, il y a 15 ans, a eu l’idée d’ouvrir au public son jardin à Mystic, petit village de la municipalité de Saint-Ignace-de-Stanbridge, en Montérégie.

Sur une table couverte des oeuvres d’art du potier, dans le jardin du Rozynski, on peut lire sur une note touchante « Jacques Marsot : 1969-2019 ». C’est ici, sur le bord de la rivière Niger, que le potier annonce la fin de sa carrière. À 75 ans, le céramiste prend sa retraite et passe le flambeau à l’équipe du centre d’arts.

« Nous sommes heureux de poursuivre Ceramystic, dit la directrice depuis sa réouverture, en 2017, Aude Gendreau-Turmel. Et les habitués de ce rassemblement annuel de céramistes ne seront pas trop dépaysés, car nous avons repris à peu près la même formule qu’à Mystic. Nous la bonifierons avec le temps, au besoin. »

« Bien qu’un détour s’impose pour se rendre à Way’s Mills, le hameau baptisé en l’honneur de Daniel Way — un pionnier qui a construit un moulin à laine sur la Niger — a été dès le début du XXe siècle un témoin crucial du développement de la céramique au Québec », dit Johnny Piszar, maire de Barnston-Ouest, une des 12 municipalités de la MRC de Coaticook, qui regroupe les hameaux de Kingscroft et de Way’s Mills.

Photo: Russell and Raw

Le premier à établir son atelier ici a été le sculpteur Orson Wheeler, né à Way’s Mills en 1902. Puis, dans les années 1960, le sculpteur Stanley Rozynski et la céramiste Wanda Rozynska ont quitté leur studio de Montréal pour venir s’installer dans le hameau. Ils ont acheté le bâtiment de l’ancienne école primaire du village et l’ont transformé en 1964 en lieu de création, aujourd’hui le centre d’arts Rozynski.

« On a vu défiler ici Leonard Cohen [ami des Rozynski], Louis Dudek, François Dallegret, Satoshi Saito, Louise Doucet, Holly King, Don Corman… Le sculpteur et dessinateur Morton Rosengarten, un autre ami des Rozynski, habite toujours la porte à côté. »

Vingt-sept céramistes reconnus professionnellement par leurs pairs ou par le Conseil des métiers d’arts du Québec participent à l’événement. Chaque artisan a sa table où sont disposées ses oeuvres. L’expo-vente en plein air a lieu beau temps, mauvais temps.

« Certains exposent à la fois comme artisan et artiste, explique Aude Gendreau-Turmel. C’est le cas de la céramiste Isabelle Simard, qui a remporté cette année le concours de la résidence émérite du centre Rozynski. Elle a eu le plaisir, au printemps dernier, d’y résider six semaines pour développer son projet sculptural. »

Les visiteurs déambulent de table en table et apprennent l’art de la céramique dans un décor champêtre. Comment ces alchimistes de la terre transforment-ils une boule d’argile en oeuvre d’art en moulant, en façonnant et en tournant ? De quoi donner le tournis.

On a vu défiler au Centre d’arts Rozynski Leonard Cohen, Louis Dudek, François Dallegret, Satoshi Saito, Louise Doucet, Holly King, Don Corman... Et le sculpteur et dessinateur Morton Rosengarten habite toujours la porte à côté.

Stéphanie Fauteux enseigne le tournage au centre de céramique Bonsecours à Montréal, dans le cadre du programme collégial. « Il faut des heures de pratique pour développer la technique », explique la tourneuse qui crée de jolis objets utilitaires et culinaires pour le quotidien. « La terre est parfois capricieuse, les molécules capotent et l’oeuvre en devenir s’écrabouille en un tournemain. »

Le tournage donne aussi le tournis à Ève-Marie Laliberté, céramiste et designer graphique de formation, qui a mis au moins deux ans à maîtriser la technique. L’artiste façonne et tourne des pièces fonctionnelles, comme de jolies petites veilleuses ludiques décorées de manière organique et dont les courbes sont si épurées qu’on aurait envie de les cajoler.

Décharge

À l’extérieur, il y a l’expo-vente, puis le four à raku pour initier les intéressés à cette forme de cuisson japonaise — les participants repartiront avec un bol ou un gobelet sur lequel ils auront appliqué une glaçure avant de le mettre au four —, des tables à pique-nique et un comptoir de produits de la région pour se sustenter. Il y a aussi des activités à l’intérieur du centre d’arts, où l’on rend hommage à trois artistes coup de coeur dans un salon un peu rétro avec ses sofas rouges, qui a conservé l’esprit Rozynski des années 1960.

Parmi les activités, la médiation artistique en compagnie des artistes Marko Savard et Christine Ouellet, très ludique et qui demande la participation du public. « Le projet fait écho, entre autres, aux décharges dans les rivières », explique Marko Savard.

Mais comment intéresser le public aux problèmes environnementaux ? « En nous promenant dans la campagne, nous avons vu des amoncellements de pneus et ça nous a inspirés, racontent les artistes. La trace du pneu rappelle le fossile de la trace humaine. Laisser sa trace… un art de transformation, une oeuvre qui continue à vivre. »

Depuis le début de Ceramystic, le week-end dernier, la grande oeuvre progresse chaque jour et finira, avec l’aide du public, en mégasculpture sur le bord de la rivière Niger. À ne pas manquer : c’est rigolo, original, poétique, philosophique, thérapeutique et environnemental !

Saint-Venant-de-Paquette via Compton

Une fois arrivés dans cette jolie région de la vallée de la Coaticook, pourquoi ne pas faire un saut à Saint-Venant-de-Paquette ? Samedi aura lieu, à 13 h, en compagnie du professeur de littérature et écrivain Jean-François Létourneau et des poètes Joséphine Bacon et José Acquelin, l’inauguration de deux nouveaux sites sur le Sentier poétique : celui de Joséphine Bacon, où l’on découvrira les poètes José Acquelin, Leonard Cohen et Éléonore Sioui ; et celui de Marie-Claire Blais, où l’on découvrira Virginia Pésémapeo, Jean Sioui et Rodney Saint-Éloi.

Le Sentier poétique est né en 1998. Une idée fantaisiste du chanteur Richard Séguin, imaginée, entre autres avec des profs, des agriculteurs et des artistes comme une invitation à lire davantage de poésie. On y découvre dans la nature, à travers des aménagements mariant arbres et arbustes à des sculptures, des roches et des poèmes des plus grands poètes des Cantons-de-l’Est et du Québec, dont Alfred DesRochers, Gaston Miron, Félix Leclerc, Alain Grandbois, Émile Nelligan et Michel Garneau.

Dans la foulée de Ceramystic et du Sentier poétique de Saint-Venant, un arrêt s’impose à la maison des arts Saint-Laurent de Compton (7, chemin de Hatley) pour voir jusqu’au 1er juillet les oeuvres de la poète et artiste multidisciplinaire Jocelyne Rochon. Ces tableaux, sculptures et encres nous entraînent dans une chevauchée intime… « Quel autre animal peut porter en lui le paradoxe de force et de vulnérabilité sans coup férir », écrit Jocelyne Rochon.

N’oubliez pas votre glacière, la région regorge de produits fermiers bios en tous genres.