L’exercice physique comme solution aux troubles du sommeil?

Véronique Pepin est professeure et directrice du Département de santé, kinésiologie et physiologie appliquée de l’Université Concordia.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Véronique Pepin est professeure et directrice du Département de santé, kinésiologie et physiologie appliquée de l’Université Concordia.

Les personnes souffrant à la fois d’apnée du sommeil et d’insomnie chronique pourraient trouver une voie de salut pour atténuer leurs symptômes en combinant un programme d’exercices physiques à une thérapie cognitivo-comportementale.

Les patients souffrant de cette comorbidité ne répondent généralement pas aux traitements standards, explique Véronique Pepin, professeure et directrice du Département de santé, kinésiologie et physiologie appliquée de l’Université Concordia.

Or, environ la moitié des personnes souffrant d’apnée du sommeil doivent également composer avec une insomnie chronique.

Les chercheurs de Concordia Thanh Dang-Vu et Jean-Philippe Gouin, respectivement neurologue et psychologue, travaillaient déjà sur les effets de la thérapie cognitivo-comportementale sur l’insomnie.

« Lorsqu’ils ont réalisé qu’il y avait une tranche de gens qui ne pouvaient pas participer au projet de recherche parce qu’ils souffraient également d’apnée du sommeil et que ces patients étaient en quelque sorte délaissés, c’est là qu’ils sont venus me chercher », raconte Mme Pepin.

Habituellement, les patients souffrant d’apnée du sommeil se font recommander d’utiliser un appareil CPAP lorsqu’ils dorment. Cet appareil projette de l’air en continu dans les voies respiratoires, par l’entremise d’un masque, ce qui permet de maintenir les voies respiratoires ouvertes.

Or, certaines personnes ne tolèrent pas bien ce traitement. « Et lorsqu’il y a présence d’insomnie, il est encore moins bien toléré », explique Véronique Pepin.

 


Par ailleurs, la thérapie cognitivo-comportementale, utilisée pour traiter l’insomnie chronique, peut s’avérer utile, sans toutefois régler cette comorbidité.

« On s’est demandé ce qu’on pouvait faire pour ces gens-là […] qui sont particulièrement vulnérables aux conséquences des deux maladies et qui posent un défi vraiment unique et complexe. Et la réponse a été l’exercice physique », explique Véronique Pepin, kinésiologue spécialisée en réadaptation pulmonaire et cardiaque.

« À notre connaissance, c’est la première fois que des chercheurs tentent cette combinaison de traitements (thérapie cognitivo-comportementale et exercices physiques) chez cette population spécifique. »

Bienfaits

Le projet de recherche, mené conjointement par les trois chercheurs, en est à l’étape du projet pilote. Une dizaine de participants suivent actuellement le programme d’intervention. Les chercheurs espèrent recruter plusieurs autres personnes atteintes de cette comorbidité.

« L’étape pilote est primordiale pour expérimenter réellement cette combinaison d’interventions », mentionne Véronique Pepin. En plus de suivre une thérapie cognitivo-comportementale, les patients sont soumis à un programme d’exercices aérobiques, d’intensité modérée, trois fois par semaine.

Déjà, certains résultats se profilent. Pour l’apnée du sommeil, l’exercice mène à une réduction du nombre d’apnées dans une nuit, en plus d’améliorer la santé cardiovasculaire, rapporte la chercheuse qui travaille au centre Perform de l’Université Concordia. « C’est un aspect important, puisque les gens qui souffrent d’apnée du sommeil ont un risque de problèmes de santé cardiovasculaire plus élevé que la population en général. »

Du côté de l’insomnie, des améliorations ont été notées au niveau du « sommeil objectif ». « Quand on regarde l’architecture du sommeil, elle semble s’être améliorée, on trouve un sommeil moins fragmenté et certains sujets vont s’endormir plus rapidement. »

Une fois le projet pilote terminé, une étude à plus grand déploiement devrait être lancée. « Il est encore trop tôt pour dire que ce qu’on propose, c’est la solution à cette comorbidité. Mais nous avons des raisons de croire que possiblement, ça aidera. » Véronique Pepin croit même que cette combinaison de traitements pourrait apporter une réponse à d’autres problèmes de santé chronique.

Effets secondaires positifs

Pour la chercheuse, l’exercice physique doit être vu comme une bougie d’allumage qui « force les systèmes du corps humain à se parler, à communiquer entre eux et à travailler ensemble ». Une fois le corps en mouvement, « on peut vraiment mettre le doigt sur des aspects auxquels on a difficilement accès au repos ».

Et l’exercice physique est l’une des rares interventions qui a des effets secondaires positifs, rappelle-t-elle, le sourire dans la voix. « On dit aux gens, même si on n’arrive pas à aller chercher l’effet principal que l’on recherche avec l’exercice physique, la bonne nouvelle c’est que vous aurez au minimum des effets secondaires positifs. »

Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.