Un examen d’imagerie sur quatre n’apporterait aucun bénéfice au patient

Le tomodensitomètre (mieux connu sous le nom de «CT scan») prend une série de clichés et découpe la région du corps en fines tranches en offrant une vue remarquable sur les organes et les structures du patient.
Photo: Philippe Merle Agence France-Presse Le tomodensitomètre (mieux connu sous le nom de «CT scan») prend une série de clichés et découpe la région du corps en fines tranches en offrant une vue remarquable sur les organes et les structures du patient.

La radiologie a fait des bonds de géant dans les dernières décennies. Il est maintenant possible de voir l’intérieur du corps avec précision sans scalpel ni anesthésie grâce à l’imagerie médicale. Victimes de leur succès, des examens sont maintenant prescrits pour détecter la source du moindre mal chez un patient. Ils se révèlent souvent inutiles, ce qui alourdit les listes d’attente des patients qui en ont réellement besoin.

La situation n’est pas étrangère aux radiologistes québécois. Pour un mal de dos ou une douleur abdominale vague, les patients sont souvent invités à passer sous le tomodensitomètre (mieux connu sous le nom de CT scan). Cet appareil prend une série de clichés et découpe la région du corps en fines tranches en offrant une vue remarquable sur les organes et les structures du patient.

Il y a toutefois un revers à la médaille. Dans la province, on estime qu’un examen d’imagerie sur quatre ne serait pas pertinent et n’apporterait aucun bénéfice au patient. « C’est une tendance mondiale, et c’est particulièrement vrai en Amérique du Nord », remarque le radiologiste Vincent Oliva. Celui qui occupe la fonction de président de l’Association des radiologistes du Québec (ARQ) remarque d’ailleurs que le phénomène s’accélère. « Les appareils sont de plus en plus performants. Ils peuvent donc produire plus d’images et passer plus de patients. »

Dans une entrevue réalisée par l’organisation internationale Institute for Healthcare Improvement, le radiologiste Jim Duncan compare la surutilisation des appareils d’imagerie médicale à celle des antibiotiques. « Toutes les percées médicales sont susceptibles d’être surutilisées dans des cas où elles ne sont pas nécessaires. Prenons le cas des antibiotiques. Ils peuvent sauver des vies, certes, mais ils peuvent également être mal utilisés, pour traiter une infection virale par exemple », note-t-il.

Mais en quoi est-ce un problème ? Avoir la possibilité de découvrir la moindre anomalie dans notre corps devrait être une bonne nouvelle, non ? On oublie pourtant que les examens d’imagerie nous exposent à des radiations qui sont assez puissantes pour endommager les cellules de notre corps. Certes, les technologies se sont raffinées, entre autres avec des examens à faible dose de rayons ionisants, mais cette dose est cumulative. La multiplication de ces examens augmente donc les risques de développer un cancer lié à ces radiations. « Le risque est infime, constate le Dr Oliva. Cependant, s’il n’y a pas de bénéfices à l’imagerie, cela ne donne absolument rien d’exposer quelqu’un à un risque, si infime soit-il. »

Le cas des faux positifs

La bioéthicienne québécoise Victoria Doudenkova s’est penchée sur le phénomène des victimes des technologies d’imagerie modernes dans un mémoire de maîtrise déposé en 2015. « Il s’agit de personnes faisant initialement un test pour se rassurer », note-t-elle. « Le scénario se passe généralement comme suit : le test met en évidence une anomalie asymptomatique, ce qui est exacerbé́ à cause de la sensibilité de plus en plus grande des technologies d’imagerie modernes. Cela conduit à de l’anxiété et pousse à faire des examens supplémentaires tout aussi inutiles que le premier ayant la possibilité d’augmenter les faux positifs et ainsi de contribuer au surdiagnostic. »

Attention de ne pas confondre avec les plans de dépistage où des examens sont proposés à des personnes a priori en bonne santé afin de déceler des anomalies dans des régions bien précises du corps. On peut penser aux mammographies pour le dépistage du cancer du sein. « C’est bien reconnu que c’est bénéfique de le faire. Si on trouve une anomalie de façon fortuite, ça vaut la peine de la traiter parce que ça sauve des vies », explique le Dr Oliva.

Si ce sont souvent les médecins de famille qui dirigent les patients vers ce type d’examens, il ne faut pas leur jeter la première pierre pour autant. Les patients ont aussi leur part de responsabilités. Nombre d’entre eux refusent de sortir du bureau du médecin les mains vides et réclament une prescription ou une investigation supplémentaire, même si leur condition ne l’exige pas.

La solution envisagée : des systèmes d’aide à la décision qui guident les médecins en temps réel sur le bien-fondé d’un examen d’imagerie. Après avoir saisi les informations du patient, une cote d’utilité est générée afin de juger de la pertinence de pousser la requête. Un argument supplémentaire à présenter pour les patients particulièrement insistants qui exigent un examen non justifié. Le dernier mot revient néanmoins au médecin traitant.

Un risque de dérive

Aux États-Unis, une tendance inquiétante a commencé à se dessiner. Des gens en parfaite santé prennent d’assaut les cliniques de radiologie pour se soumettre à un examen complet du corps. De la tête aux orteils, chaque parcelle est examinée avec la promesse de déceler le moindre risque de cancer et d’avoir la tranquillité d’esprit sur son état de santé. Pourtant, les études sont unanimes : il n’y a aucun effet positif à se soumettre à un tel examen, en plus d’exposer le corps humain à des risques inutiles.

Sachant qu’un examen du corps entier représente un niveau de radiation aux rayons X équivalant à plus de 500 radiographies du thorax, les risques sont loin d’être négligeables. De plus, la possibilité de découvertes fortuites est extrêmement élevée. Cela mène donc à une cascade d’examens supplémentaires, entraînant des coûts et une anxiété réelle chez le patient.

« Cette pratique n’a aucun sens. Il ne faut pas s’en aller là. Il n’y a aucun bénéfice à passer le corps en entier au scan », assure le Dr Vincent Oliva.