Le temps retrouvé dans le carnet à dessins

Le geste de dessiner est aussi une manière de mettre sur pause le tourbillon de notre quotidien.
Photo: Courtoisie Jessica Krecklo Naidu Le geste de dessiner est aussi une manière de mettre sur pause le tourbillon de notre quotidien.

Par esprit méditatif, désir de prendre une pause de l’appareil photo ou simple goût d’apprendre à illustrer l’environnement naturel, le dessin gagne de plus en plus d’adeptes. Que l’on soit naturaliste en herbe, enthousiaste traceur de « bonshommes allumettes », voyageurs sur le mode « lent » ou apprenti bédéiste, retrouver l’art du dessin est une formidable façon de retrouver du temps et un moment de déconnexion techno.

Ils sont du genre à repérer un endroit paisible coin de l’Esplanade et Duluth, pour capturer dans leur carnet la texture que prend le Mont-Royal ce jour-là et les passants qui s’y promènent. Parfois, ils diffusent leur art sur Instagram ou sur leur site Web. Ou pas. Les dessinateurs du dimanche sont parmi nous. Et leur réseau tend à prendre de l’expansion alors que se multiplient les ateliers et cours pour (ré)apprendre à dessiner.

L’illustratrice torontoise Jessica Krecklo Naidu, qui ce printemps enseigne l’art du croquis (sketch) à la Fondation Robert Bateman, guidera les petits et les adultes naturalistes en devenir. « Nous allons découvrir divers écosystèmes, observer des oiseaux tout en apprenant à vraiment être dans et avec la nature », décrit cette artiste qui aime elle-même suivre les groupes de dessinateurs urbains, qui affichent en ligne les résultats de leur travail exploratoire.

Photo: Courtoisie Jessica Krecklo Naidu Aux yeux de Jessica Krecklo Naidu, le dessin est une forme accessible à tous, par sa façon de développer notre sensibilité aux textures et aux éléments de notre environnement, alors qu’on se laisse captiver par le moment présent.

« Ce sont des groupes de gens qui aiment se retrouver pour pratiquer leur amour du dessin. Il y en a dans plusieurs villes du monde : ces gens se retrouvent pour pratiquer leur art et entrer en lien, personne ne gagne d’argent avec ça. L’objectif est la connexion », évoque la jeune artiste et mère de famille, qui est convaincue qu’absolument tout le monde peut dessiner.

Observer pour voyager léger

Les apprentis naturalistes montréalais qui aspirent à raffiner leurs talents de dessin peuvent regarder du côté du Jardin botanique, qui offre périodiquement des ateliers de croquis dans ses serres, ou encore joindre un des groupes de croquis qui s’inspirent de la nature des nombreux parcs de la ville. Dans le quartier Villeray, Les ateliers C proposent aussi une panoplie de cours pour s’initier à diverses formes de dessins.

« Le concept du carnet de voyage est quelque chose de très établi dans le monde. De mon côté, je fais partie d’un groupe Facebook de voyageurs qui partagent des aquarelles et dessins de lieux », partage le cofondateur d’Équiterre François Meloche, qui a documenté visuellement ses pérégrinations au Guatemala et à Val d’Or.

« Pour moi, ce n’est pas le résultat qui compte tant que le processus. Quand tu dessines une cathédrale, par exemple, tu t’assois, tu prends du temps contemplatif, tu observes les détails et le travail architectural. C’est aussi vrai pour la nature : on peut alors mieux apprécier la complexité visuelle d’une fleur, d’une feuille, d’un arbre… », dit François Meloche.

Photo: Courtoisie Jessica Krecklo Naidu

« Les bons dessinateurs, qu’ils soient voyageurs ou pas, savent recréer une ambiance, aller à l’essentiel et toucher au coeur de l’action. Souvent, dans un dessin, une personne a davantage l’air de bouger que sur une photo », poursuit cet admirateur du travail du bédéiste français Emmanuel Lepage, qui a recréé dans ses livres les paysages de Tchernobyl et de l’Antarctique.

Aux yeux de Jessica Krecklo Naidu, le dessin est une forme accessible à tous, par sa façon de développer notre sensibilité aux textures et aux éléments de notre environnement, alors qu’on se laisse captiver par le moment présent. Et pour commencer, un simple ensemble de crayons à 20 $ suffit.

« Je sais que plusieurs personnes portent en eux des “cicatrices” artistiques. Peut-être ont-ils été critiqués dans le passé et cela les rend craintifs. Le plus important, c’est de s’ouvrir au processus et de le faire en toute confiance. On délaisse le téléphone pour un moment et on s’attarde à un arbre, en observant ses détails, en prenant note de quelque chose qu’on n’a jamais vu auparavant. Parfois, il m’arrive de prendre une photo et de la transformer plus tard en dessin. Le fait de prendre contact avec la simplicité de la réalité matérielle est une façon d’oublier notre ego pour un moment. »