Le tissu historique de la courtepointe montréalaise

Dans le Faubourg Saint-Laurent, de nombreux bâtiments, comme la manufacture Louis-Ovide-Grothé, ont été convertis au cours des dernières décennies.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Dans le Faubourg Saint-Laurent, de nombreux bâtiments, comme la manufacture Louis-Ovide-Grothé, ont été convertis au cours des dernières décennies.

Il est facile de déambuler dans les rues de Montréal sans jamais porter attention à ce qui nous entoure. Porté par le tic-tac de la routine, on avance, le pas pressé, les yeux rivés sur ce qui s’en vient, frôlant les bâtiments sans jamais vraiment les voir. Témoin privilégié du quotidien — et du temps qui file —, le bâti des quartiers résidentiels peut pourtant nous en apprendre beaucoup sur l’histoire de la métropole. Mais encore faut-il prendre le temps de l’écouter.

Les rues se suivent, mais ne se ressemblent pas. D’un quartier à l’autre, les plex de pierre grise cèdent subtilement la place aux maisons en rangée. De temps à autre, une shoebox — ces micromaisons sorties tout droit du XIXe siècle — détonne, casse la monotonie du bâti, force un temps d’arrêt étonné.

À quelques kilomètres de là, une série de bungalows, perdus au milieu des nouvelles tours d’habitation, nous fait oublier la ville pendant un instant.

« Le patrimoine résidentiel montréalais est tellement riche, tellement éclectique, lance tout de go Joëlle Perron-Oddo, coordonnatrice des activités éducatives d’Héritage Montréal. Pourtant, on prend rarement le temps — ou si peu — de s’y intéresser. »

Pour remédier à la situation, l’organisme invite, jusqu’à l’aube du mois d’octobre, les gens à venir à la rencontre de ce patrimoine méconnu dans le cadre de ses traditionnels ArchitecTours, une première depuis le lancement de ces balades commentées il y a 30 ans.

Éclatées en huit parcours distincts, ces promenades, d’une durée de deux heures chacune, devraient ainsi permettre aux amoureux de la ville d’en apprendre plus sur le passé de leur chez eux, en plus de mettre en lumière les caractéristiques architecturales des différentes portions de la cité.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir À Viauville, dans Maisonneuve, les façades de pierres grises donnent un caractère assez homogène aux rues.

« S’attarder à l’architecture résidentielle, soutient la jeune femme, c’est se pencher sur l’histoire de Montréal, mais aussi — surtout même — sur celle des Montréalais ! »

Sortir des sentiers

À l’image de ce à quoi nous a habitués Héritage Montréal, les visites de cette année invitent à une exploration loin des quartiers naturellement privilégiés par les agences touristiques. Les amoureux des triplex colorés du Plateau Mont-Royal devront donc prendre leur mal en patience, ce quartier ne figurant pas au programme cette année.

« Notre histoire architecturale va bien plus loin que les limites de la ville centre, soutient Joëlle Perron-Oddo. Non pas que celle de ces quartiers ne soit pas intéressante, bien au contraire, mais nous voulions proposer aux gens de découvrir des quartiers qui sont souvent laissés dans l’ombre. »

De la banlieue moderne dans Mercier à l’opulence de Notre-Dame-de-Grâce, en passant par l’arrondissement de Saint-Laurent, Villeray et la Petite-Bourgogne, les visites s’éclatent donc aux quatre coins de la ville, révélant parfois des secrets bien gardés de l’histoire de la métropole.

Pierre grise

« Les détails les plus intéressants sont généralement là où on s’y attend le moins, précise la coordonnatrice. Par exemple, saviez-vous que, dans l’est, le long de la rue Adam, les façades devaient absolument être en pierre grise, ou qu’il y a dans le nord de Montréal l’un des premiers noyaux villageois construits à l’extérieur de la ville fortifiée ? »

« L’idée est toujours de donner des outils aux Montréalais pour qu’ils puissent décoder notre typologie résidentielle, renchérit la jeune femme. Et après, qui sait, ils seront peut-être tentés de jouer, à leur tour, aux touristes dans leur propre ville. »

Trois décennies d’histoire

Les ArchitecTours d’Héritage Montréal célèbrent cette année leur 30e anniversaire. Au fil des ans, cette série de balades guidées est devenue une sorte de rendez-vous annuel pour les amoureux de la ville. Utilisés comme outil de sensibilisation par la fondation, ces circuits pédagogiques mis sur pied en 1988 visent aussi à mettre en lumière certains côtés cachés des quartiers montréalais, pour en révéler les secrets. L’organisme, par la voix de ses nombreux (et passionnés) bénévoles, arrive ainsi à souligner le caractère hors du commun du patrimoine bâti de la métropole.

« Pour nous, il s’agit d’une occasion unique dans l’année d’inviter les Montréalais à poser un regard neuf sur ce qui les entoure, expose Joëlle Perron-Oddo. À vivre leur ville en étant pleinement conscients de ce qui la compose. » Depuis les débuts, ces balades commentées ont permis aux gens de (re)découvrir, entre autres choses, les dédales du métro, les grandeurs de notre patrimoine institutionnel ou encore les racines de notre histoire architecturale.

 

ArchitecTours

Toutes les fins de semaine jusqu’au 7 octobre, à compter de 14 h. Les lieux de départ sont variés, mais toujours à proximité d’un métro. Les billets sont vendus sur place ou en ligne.