Repousser les limites de la vie humaine

Depuis 100 ans, l’espérance de vie est passée de 45 ans à plus de 80 ans chez les deux sexes au Québec.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Depuis 100 ans, l’espérance de vie est passée de 45 ans à plus de 80 ans chez les deux sexes au Québec.

L'espérance de vie a fait des bonds prodigieux dans le dernier siècle. Aujourd’hui, on ne s’étonne plus de voir des hommes et des femmes atteindre l’âge de 100 ans. Certains scientifiques ont même décidé de faire la guerre à la vieillesse pour tenter de la retarder le plus possible. La course à la longévité n’a pas dit son dernier mot. Depuis 100 ans, l’espérance de vie est passée de 45 ans à plus de 80 ans chez les deux sexes au Québec. Cela est principalement attribuable à la faible mortalité infantile, mais aussi aux avancées en médecine, particulièrement en cardiologie, qui ont permis de réduire les décès liés aux maladies du coeur.

Si l’espérance de vie n’a pas cessé d’augmenter au cours du dernier siècle, la longévité, c’est-à-dire l’âge maximal, est restée stable. Depuis 20 ans, rares sont ceux qui ont réussi à dépasser l’âge de 115 ans. Le record détenu par la Française Jeanne Calment, qui est décédée à l’âge vénérable de 122 ans, n’a pas été battu depuis sa mort en 1997.

L’être humain aurait-il atteint un plateau dans sa longévité, une barrière physique impossible à franchir ? La question anime de nombreux démographes, biologistes et épidémiologistes de partout à travers le monde, et ce, depuis des décennies. « Il y a des études contradictoires à ce sujet », note le professeur émérite au Département de démographie de l’Université de Montréal Robert Bourbeau.

L’étude la plus récente menée par une équipe italienne a conclu que la longévité n’aurait pas de limites. Le taux de mortalité des personnes âgées de 105 ans et plus plafonnerait à 50 %. Ainsi, ces centenaires auraient une chance sur deux de décéder pendant l’année en cours. « Dans les années à venir, il y aura de plus en plus de gens qui atteindront 105 ans. Par l’effet du nombre, il risque d’y en avoir de plus en plus parmi ceux-ci qui vont se rendre à 115 ans, voire à 120 ans », explique Robert Bourbeau.

Cela considéré, il n’y aurait pas nécessairement de limite à la vie humaine. « Du moins, elle n’a pas encore été atteinte. On pourrait avoir des surprises », avance le démographe.

Des révolutions dans le domaine de la santé ou dans la lutte contre le vieillissement pourraient changer la donne. D’ailleurs, le premier humain à souffler ses 130 bougies réussira probablement cet exploit grâce à de nouvelles technologies qui agiront sur le processus de vieillissement, estime Alan Cohen, professeur au Département de médecine de famille et de médecine d’urgence à l’Université de Sherbrooke. « En l’absence de ces technologies, je crois qu’il y aura des limites biologiques à l’âge maximal qu’on pourrait atteindre », constate le chercheur, dont les travaux visent à mieux comprendre les mécanismes du vieillissement.

Vieux et en santé

Vivre plus longtemps est certes attrayant, mais pour en tirer tous les bénéfices, il faudrait vivre vieux et en santé ! Une combinaison pas tout à fait impossible, si l’on se fie au professeur Alan Cohen. Selon lui, le vieillissement serait en partie attribuable à une perte d’homéostasie, c’est-à-dire l’équilibre de tous les mécanismes biologiques qui gouvernent notre corps.

La dérégulation de certains de ces mécanismes entraînerait une perte graduelle de nos capacités. « Chez deux individus du même âge, celui qui a le plus de dérégulation aura plus de risque de mourir et de souffrir de maladies chroniques, explique Alan Cohen. On peut donc mesurer les détails du vieillissement de chaque individu », se réjouit le chercheur, qui y voit des possibilités d’applications cliniques, dont des médicaments qui pourraient réduire les effets du vieillissement.

Ici, la réalité dépasse déjà la fiction. Un médicament utilisé par les diabétiques est présentement sous la loupe de certains chercheurs montréalais : la metformine. Son champ de compétence ne se limiterait pas au diabète. On teste présentement sa capacité à réduire les risques d’alzheimer, de maladies cardiovasculaires et de cancer pour éventuellement prolonger la vie. Un test qu’il aurait passé haut la main chez les souris. Les chercheurs dans le domaine affirment vouloir « guérir » le vieillissement. Une vision que ne partage pas nécessairement le professeur Cohen, qui ne considère pas la vieillesse comme une maladie, mais plutôt comme un processus naturel.

Avec ces recherches, il ne sera toutefois pas possible de prédire l’âge de la mort. « Les gens qui vieillissent plus vite ne mourront pas nécessairement plus jeunes, et vice versa. La mort n’est pas liée directement au vieillissement. On peut vieillir longtemps ! » explique Alan Cohen.

À défaut de nous rendre immortels, cela nous donnera au moins la possibilité de vieillir en santé !

L’espérance de vie en baisse aux États-Unis ?

Aux États-Unis, l’espérance de vie a connu un déclin entre 2014 et 2016, passant de 76,5 à 76,1 ans pour les hommes et de 81,3 à 81,1 ans pour les femmes. La dernière fois que l’espérance de vie a connu une telle baisse pendant plusieurs années consécutives fut lors de la grippe espagnole… il y a 100 ans ! Alors que l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter dans les pays industrialisés, la tendance serait-elle en train de s’inverser ?

« Les États-Unis ne sont pas des leaders en matière d’espérance de vie. On ne peut pas dire que l’espérance de vie plafonne à partir des données des États-Unis. Ce n’est pas le pays le plus exemplaire pour représenter le phénomène », indique le démographe Robert Bourbeau. En effet, dans tous les autres pays industrialisés, l’espérance de vie continue son ascension. L’Institut de la statistique du Québec avance même que, d’ici 2061, l’espérance de vie des hommes pourrait atteindre 87,8 ans et celle des femmes, 90 ans.