Visite guidée de la galerie d’art du métro

Verrière de Marcelle Ferron installée, en 1968, à la station Champ-de-Mars
Photo: Louis-Étienne Doré Verrière de Marcelle Ferron installée, en 1968, à la station Champ-de-Mars

Emboîtant le pas aux « stations palais » de Moscou et aux « stations grottes » de Stockholm, le métro de Montréal sera pionnier dans l’esthétisation de ses galeries souterraines. Bien avant l’instauration de la politique du 1 %, les architectes responsables du projet, au début des années 1960, notamment Pierre Bourgeau, imaginent une façon d’intégrer au réseau des oeuvres d’art dont le financement serait prévu dans le coût des travaux. Aujourd’hui, ce réseau compte 90 oeuvres d’art, dont deux qui seront prochainement ajoutées dans les stations Mont-Royal et Vendôme, indique Benoit Clairoux, historien et conseiller aux affaires publiques de la STM. Visite guidée de cette galerie atypique où se mêlent art public et passants pressés.

On s’y croise, on y flâne, on s’y réfugie l’hiver lors d’une tempête de neige ; on l’adore lorsqu’il nous évite une congestion routière et on le maudit lors de pannes ou d’interruptions de service. Mais saviez-vous que les couloirs du métro de Montréal abritent ce qui a été pensé comme une véritable galerie d’art ?

Peut-être vous êtes-vous déjà arrêté quelques minutes devant la verrière de Frédéric Back qui se déploie sur tout un mur de la station Place-des-Arts, ou avez-vous remarqué l’oeuvre de Pierre Gaboriau et Pierre Osterrath sur le quai de la ligne verte à la station Berri-UQAM ?

En montant l’organisme Art en commun, Judith Bradette, professeure en histoire de l’art au collégial, a voulu redonner une visibilité à cette galerie d’art en organisant une fois par mois une visite guidée dans le métro de Montréal. Sa passion pour ces oeuvres remonte à l’enfance. Alors qu’elle arpentait les couloirs de la station Peel, sa mère lui explique qu’un artiste se cache derrière les cercles colorés en céramique qui habillent le lieu. Judith fait alors connaissance avec Jean-Paul Mousseau, artiste phare du mouvement des automatistes et signataire du manifeste Refus global. Un nom qui la suivra des années alors qu’elle étudiera son oeuvre et sa conception de l’art public pour son mémoire de maîtrise.

Photo: Julien Perron-Gagné Hommage aux fondateurs de la ville de Montréal (1969) de Pierre Gaboriau et Pierre Osterrath

Si ces visites sont dans un premier temps conçues dans un cadre scolaire, Judith y voit l’occasion de sensibiliser les usagers du métro à leur environnement. « En 1966, lors de l’inauguration, les gens faisaient des tours de métro pour découvrir le réseau. C’est cette curiosité-là que je veux faire renaître », explique-t-elle, soulignant que « plus les gens sont conscients d’être entourés d’oeuvres d’art, plus ils vont y faire attention ».

Virée dans le métro

On la retrouve donc un vendredi soir de fin juillet près de la célèbre puck de la station Berri-UQAM. Entre les annonces de la STM, le crissement des freins des voitures sur les quais, les bousculades de passants pressés ou absorbés par leur cellulaire, elle s’est donné le défi de pousser les curieux à lever les yeux vers ces oeuvres souvent oubliées.

Pendant deux heures, malgré sa voix qui se brise un peu au fur et à mesure de la visite, Judith présente l’histoire du chantier qui marqua les années 1960 dans la métropole, et plus précisément des oeuvres qui ornent quatre stations du réseau : Berri-UQAM, Place-des-Arts, Peel et LaSalle.

La prochaine fois que vous irez faire un tour sur la Rive-Sud, arrêtez-vous devant la fresque murale du caricaturiste Robert Lapalme représentant sur trois panneaux la science, la culture et les loisirs. Initialement créée pour Expo 67, cette oeuvre fut installée dans le métro en 1970. Lapalme fut aussi le premier directeur artistique du métro de Montréal, mandaté par le maire Jean Drapeau pour choisir les oeuvres qui rendront le réseau unique.

Paradoxe artistique

Il choisit d’exposer exclusivement des oeuvres figuratives financées par des entreprises et représentant l’histoire de la ville. Et gare à l’artiste qui le défiera avec une oeuvre abstraite ! C’est pourtant l’exploit que réussit Marcelle Ferron, également signataire du Refus global. Son oeuvre, une verrière non figurative installée à la station Champ-de-Mars, est un don du gouvernement du Québec. Le « grand regret » de Robert Lapalme, nous explique Judith, c’est qu’au coeur du projet artistique du métro, une bisbille éclate : de nombreux artistes (dont plusieurs appartenant au mouvement automatiste) reprochent à Lapalme de privilégier des oeuvres qui imposent un certain immobilisme et une réflexion. Un paradoxe pour ceux qui imaginent l’art du métro comme un art en mouvement et abstrait qui accompagnerait les usagers dans leurs trajets quotidiens.

Photo: Jean-René Archambault Détail de l’œuvre «Histoire de la musique à Montréal» (1967) de Frédéric Back

C’est ainsi que le 20 décembre 1967, lors du dévoilement de la première oeuvre du métro, Histoire de la musique à Montréal de Frédéric Back, il existe déjà une dizaine d’oeuvres abstraites intégrées à l’architecture et reconnues comme telles bien plus tard. Parmi celles-ci, les céramiques de Claude Vermette dissimulées dans plusieurs stations et les cercles de Jean-Paul Mousseau inspirés de son oeuvre Espace temps modulations bleues exposée au Musée d’art contemporain. Ce dernier succéda par ailleurs à Robert Lapalme comme directeur artistique du métro, développant ainsi sa vision de l’art public, démocratique et non figuratif, intégré à l’architecture et dont le financement était prévu dans le budget total de construction des stations.

La station LaSalle, par laquelle se termine la visite de Judith, est un exemple de cette vision d’intégration entre une oeuvre et l’architecture. « Ici, la station ne peut exister sans l’oeuvre, elle est conçue comme une oeuvre d’art à part entière. »

La prochaine visite d’Art en commun est prévue en septembre.

La balado du métro

Même s’il n’existe pas de conservateur de la galerie d’art du métro, un véritable travail de conservation et de restauration est mené par la STM, qui a également amorcé l’identification des oeuvres en ajoutant une plaque dans chaque station.

« On est très conscients de la qualité des oeuvres. Elles font partie de l’ADN du métro de Montréal », indique Benoit Clairoux, historien et conseiller aux affaires publiques de la STM. Lors des Journées de la culture, du 28 au 30 septembre, la STM dévoilera une baladodiffusion sur l’histoire du métro de Montréal, composée de trois capsules audio dont une sera intégralement consacrée à l’art du métro.