Chasser les mystères du centre-ville

La sculpture «La foule illuminée», située rue McGill College devant la tour BNC, se veut un clin d’œil à l’humanité et à la diversité d’une ville.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La sculpture «La foule illuminée», située rue McGill College devant la tour BNC, se veut un clin d’œil à l’humanité et à la diversité d’une ville.

Jusqu’au 29 septembre, les mardis et samedis, le Musée McCord offre des circuits historiques extérieurs de 90 minutes au coeur de trois quartiers du centre-ville : le Mille carré doré, Milton-Parc et Ville-Marie. Une jolie occasion de découvrir l’histoire de la ville — et quelques-uns de ses mystères, au gré d’une promenade.

« L’opération Fish… vous connaissez ? » demande Flavie, notre guide en pointant du doigt l’édifice de la Sun Life, situé au 1155 rue Metcalfe, en face du square Dorchester. « Heuhhh… non, oui, en fait pas sûr, pas vraiment ! » répond-on en coeur.

« Fish était le nom de code du cargo qui a accosté à Halifax le 1er juillet 1940 avec des réserves d’or et des biens précieux en provenance de la Grande-Bretagne, raconte Flavie. Pendant toute la durée de la guerre, l’or a été entreposé dans les chambres fortes de la Banque du Canada à Ottawa, mais les biens précieux, eux, ont été cachés dans une voûte souterraine, au troisième sous-sol de l’édifice de la Sun Life. »

Curiosité titillée, j’irai plus tard visiter le site Web du Musée de la Banque du Canada, pour y apprendre que le plan de Churchill visait en tout et partout près de deux mille tonnes de lingots et de pièces d’or (dont des avoirs considérables de la Banque de France, qui tombera bientôt aux mains des Allemands). Que la perte d’une seule de ces cargaisons aurait été désastreuse et aurait sans doute scellé la défaite de la Grande-Bretagne.

Quartiers centraux

Pour une troisième année, le Musée McCord invite les Montréalais et les visiteurs à découvrir trois promenades historiques dans trois quartiers du centre-ville. « Le prestigieux Mille carré doré : hier et aujourd’hui » couvre l’histoire de ce luxueux secteur depuis le XIXe siècle. « Le sauvetage d’un quartier emblématique : Milton-Parc » raconte comment ce quartier a été sauvé dans les années 1970 grâce à une levée de boucliers populaire. Et la nouveauté cet été, le circuit thématique : « Ville-Marie : le Montréal des affaires », où circulent au quotidien quelque 500 000 personnes.

Cette nouvelle promenade historique sillonne le quadrilatère formé par les rues Sherbrooke, René-Lévesque, McGill College et Mansfield, entre le Musée McCord et le square Dominion. Un secteur vibrant et cosmopolite où se côtoient églises, gratte-ciel, centres commerciaux, cafés et grands hôtels et qui raconte, outre l’histoire de la Sun Life, celle aussi de l’immeuble où loge le magasin Banana Republic, de la basilique Marie-Reine-du-Monde, de l’hôtel Le Reine Elizabeth, de Place Ville-Marie et de son phare…

Florilège de découvertes

La visite débute dans la rue Victoria, entre les rues Sherbrooke et Président-Kennedy, devant la sculpture Totem urbain. Histoire en dentelle qui représente de façon symbolique l’histoire de Montréal avec un clin d’oeil sur le Musée McCord.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La visite de Ville-Marie débute sur la rue Victoria, devant la sculpture «Totem urbain. Histoire en dentelle».

Après quelques mots sur la « Forêt urbaine » du Musée McCord qui propose depuis huit ans — toujours sur la rue Victoria, devenue piétonnière en été, diverses activités comme, entre autres, les concerts Shalom Montreal du mercredi midi et le yoga matinal des mardis et jeudis, cap vers la rue McGill College pour une explication de l’histoire de cette rue qui doit sa dénomination à l’Université McGill, où elle aboutit.

« Cette avenue, entre Sherbrooke et Sainte-Catherine, a été cédée par l’Université McGill — alors le McGill College, à la Ville de Montréal en 1856, explique Flavie. Dès lors, l’avenue a pris ce nom et est vite devenue une rue résidentielle de prestige. Dans les années 1960, ce n’était qu’une rue étroite qui depuis a été élargie et bordée de bâtiments à l’architecture éclectique où le granit, le verre et l’acier sont utilisés à profusion. Ce qui permet d’assurer un lien visuel entre le centre-ville et le mont Royal. »

Au-delà des bâtiments et de leur histoire parfois très originale, il y a dans cette magnifique et large rue bordée d’arbres et de bancs où il fait bon déguster une glace des sculptures si bien intégrées au paysage que l’on passe devant sans y porter attention.

Parmi celles-ci — et non la moindre, La foule illuminée devant la tour BNC. « On passe devant, mais on en fait rarement le tour, fait remarquer Flavie. Par contre, elle est l’oeuvre d’art public la plus connue et la plus photographiée de Montréal. »

L’oeuvre du sculpteur franco-britannique Raymond Mason s’étire sur 8,60 m de long. Elle est large de 3,20 m et haute de 3,24 m et présente 64 personnages de tous les âges, visages, ethnies et conditions allant de la joie, à la peur, à la douleur.

« Les personnages de la La foule illuminée forment une société serrée avec ses couples, ses jeunes, ses vieux, ses rires, ses peurs, ses gens d’affaires, ses fans de sports, ses étudiants, ses différences, ses caractères, sa foule compacte, précise Flavie. Un clin d’oeil à l’humanité, avec ces joies et ses tristesses, et à la diversité dans une ville. »

Besoin de vous asseoir quelques minutes ? Face à La foule illuminée, de l’autre côté de Mc Gill College, se trouve Le banc du secret de Léa Vivot. Un garçon tenant une pomme bien rouge dans la main chuchote un secret à l’oreille d’une jeune fille. Que peut-il bien lui dire ? Il y a une place pour deux autres personnes sur ce banc.