La vague du «glamping»

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le «glamping» s’étend de plus en plus dans la province avec le développement de concepts de prêt-à-camper dans les différents parcs. Ces petites cabanes sont généralement fabriquées en bois et en toile.
Photo: Huttopia et SEPAQ Le «glamping» s’étend de plus en plus dans la province avec le développement de concepts de prêt-à-camper dans les différents parcs. Ces petites cabanes sont généralement fabriquées en bois et en toile.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Passer un moment en nature sans s’éreinter à transporter des tonnes de matériel ni perdre du temps à monter une tente, où le confort n’est jamais vraiment au rendez-vous. Simplement déposer ses effets personnels, puis partir à l’aventure en forêt avant de faire une petite sortie en kayak au coucher du soleil. Revenir au campement pour prendre l’apéro et cuisiner un bon souper. Les joies du camping sans ses désagréments. Un rêve ? Non, c’est exactement ce que propose le glamping, une contraction des mots « glamour » et « camping ». Le concept gagne en popularité au Québec.

« Les gens veulent profiter de la nature, tout en conservant leur confort, alors le glamping est vraiment une tendance forte dans l’industrie du tourisme et du plein air », affirme Mélanie Pageau, conseillère en communication à la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ).

Le glamping s’étend de plus en plus dans la province avec le développement de concepts de prêt-à-camper dans les différents parcs. Ces petites cabanes sont généralement fabriquées en bois et en toile, en plus de comporter des lits et de contenir le nécessaire de cuisine.

Les hébergements de prêt-à-camper ont fait leur arrivée dans le réseau de la SEPAQ il y a 10 ans, avec les tentes de l’entreprise française Huttopia.

« Nous savions que la tendance s’en venait, affirme Mme Pageau. Le glamping était déjà populaire en Europe, surtout en France, où il y avait des villages vacances de tentes Huttopia. Le concept de prêt-à-camper nous semblait fort intéressant pour répondre aux besoins des Québécois en quête de contact avec la nature alors que quatre Québécois sur cinq vivent en milieu urbain et que les enfants passent beaucoup moins de temps à l’extérieur qu’il y a 25 ans. »

De plus en plus de prêt-à-camper

Depuis, la popularité du prêt-à-camper ne se dément pas et il continue de se développer.

Parcs Canada a déployé en 2013 ses tentes oTENTik, à mi-chemin entre la tente et le chalet rustique, qui peuvent accueillir jusqu’à six personnes. Huttopia a ouvert un site au pied du mont Sutton en 2015 qui propose différents types d’hébergements de prêt-à-camper, en plus d’une piscine creusée et d’un bistro. L’entreprise a aussi ouvert l’an dernier un site à proximité des montagnes Blanches, aux États-Unis. À la frontière du New Hampshire et du Maine, le site a connu un tel engouement que 36 nouvelles tentes Trappeur, avec salle de bain complète, ont été ajoutées cette année.

La SEPAQ déploie maintenant de son côté son propre concept de prêt-à-camper, baptisé Étoile. Sa forme cubique permet de loger six personnes. Les 61 nouvelles cabanes sont situées dans les parcs nationaux de Mont-Tremblant, d’Oka, du Mont-Orford, de la Pointe-Taillon, d’Opémican, d’Aiguebelle, du Bic et dans la réserve faunique des Laurentides.

Meilleure accessibilité

L’engouement pour les formules de prêt-à-camper s’explique par leur accessibilité. Lorsqu’Alain McKenna, rédacteur en chef du magazine Géo Plein Air, a commencé tout jeune à faire du camping avec son père, il devait « mériter » les paysages spectaculaires que la nature lui offrait.

« S’y rendre était toujours un effort, se souvient Alain McKenna. On marchait des kilomètres avec un sac à dos renforcé de barres de métal et les poignées de la glacière qui pesait des tonnes finissaient toujours par nous couper les doigts ! Tant mieux si le prêt-à-camper propose une belle expérience de plein air en éliminant les irritants. C’est dans l’air du temps. Par contre, plus il y a d’accessibilité à des sites de plein air, plus la protection du milieu est difficile. »

Les hébergements en prêt-à-camper réussissent effectivement à convertir de plus en plus de gens aux joies du plein air. Par exemple, à Parcs Canada, les tentes oTENTik ont grandement changé l’expérience offerte par la Réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan sur la Côte-Nord. D’abord, ces abris sont chauffés. Un élément qui change radicalement le niveau de confort d’un séjour sur ces îles garnies de spectaculaires monolithes situées en face de Havre-Saint-Pierre, à plus de 1000 kilomètres de Montréal.

Photo: Huttopia et Sépaq L’engouement pour les formules de prêt-à-camper s’explique par leur accessibilité. 

L’arrivée des tentes oTENTik a aussi incité de nombreux Minganois à fréquenter davantage l’archipel de Mingan. « Avant, les gens de la région passaient en moyenne quelques heures sur l’île Quarry, mais depuis l’installation des tentes oTENTik, la durée du séjour a augmenté », affirme Olivia Jomphe, gestionnaire des relations externes à la Réserve de parc national de l’Archipel-de-Mingan.

Les Minganois représentent 50 % des visiteurs de l’archipel et on leur doit également la moitié du taux d’occupation des tentes oTENTik, qu’ils louent principalement les fins de semaine.

« C’est une expérience de camping unique dans le confort, en pleine nature, et les locaux en profitent », ajoute Olivia Jomphe.

Différentes clientèles

Le glamping séduit bien sûr les jeunes familles. « Le prêt-à-camper est une formule pratique et conviviale qui permet de vivre le moment présent en évitant la portion logistique liée à l’achat, à la manipulation et à l’entretien du matériel de camping, comme la tente, le réchaud et la vaisselle », énumère Mélanie Pageau.

De plus, en cas de pluie, la journée y est bien moins longue qu’à l’étroit sous une tente. Et c’est plus abordable qu’un chalet.

En 2017, 70 % de la clientèle du prêt-à-camper dans le réseau SEPAQ était des familles. Alain McKenna a même tenté l’expérience du prêt-à-pêcher l’an dernier, avec sa famille. « Mes enfants ont dit que c’était leur meilleure expérience à vie ! C’est magique d’arriver et que tout soit sur place, même les cannes à pêche. Il ne nous restait qu’à pêcher, à apprêter le poisson et à le manger ! »

Les préretraités et les retraités sont aussi une clientèle cible du prêt-à-camper. « On voit des gens qui ont toujours fait beaucoup de plein air et qui, rendus à un moment dans leur vie, ont envie d’un peu plus de confort et optent pour un prêt-à-camper avec spa, par exemple, pour vraiment relaxer après leur randonnée, raconte Alain McKenna. Ils repartent ensuite mieux reposés le lendemain. »

Il n’y a pas si longtemps, l’offre d’hébergement en plein air se limitait généralement à l’espace de stationnement pour le véhicule récréatif, à la location d’un chalet et au site de camping. Les produits se sont grandement diversifiés récemment pour les gens en manque de contact avec la nature.

« Il reste juste à inventer maintenant un chasse-moustiques vraiment efficace ! » lance Alain McKenna.