Simplicité volontaire en plein air

L’équipement de plein air s’est considérablement diversifié, incitant le consommateur à acheter une panoplie de produits selon ses activités.
Photo: Hot Heiko Wittenborn Tourisme Québec L’équipement de plein air s’est considérablement diversifié, incitant le consommateur à acheter une panoplie de produits selon ses activités.

Black Friday 2011 : une pleine page publiée dans The New York Times montre la photo d’une veste de plein air Patagonia accompagnée du slogan : « Don’t buy this jacket ! » Provocation de publicitaire ou simple démagogie marketing ?

D’un autre que Patagonia, on pourrait s’attendre à tout. Mais ce fabricant de vêtements techniques, qui innove depuis les années 1970, est connu pour son approche durable et environnementale autant pour la fabrication de ses produits que pour leur mise en marché.

C’est le fondateur de l’entreprise américaine, Yvon Chouinard, qui a, le tout premier, introduit les fibres écologiques, notamment le coton bio, dans la composition de ses vêtements. Et ce, bien avant que les autres se mettent à penser à des stratégies pour réduire l’impact de notre empreinte sur l’environnement quand vient le temps de nous équiper en plein air.

Alors, pourquoi ce drôle de slogan ? Parce qu’avec le nouveau millénaire, l’équipement de plein air — accessoires et vêtements — s’est considérablement diversifié, incitant le consommateur lambda à acheter une panoplie de produits déclinés selon ses différentes activités. (Le pleinairiste des années 2000 est un touche-à-tout !)

Rien que pour les souliers, il a besoin d’une paire pour la randonnée, d’une autre pour la course à pied, encore d’une pour le vélo de route, puis d’une autre encore pour le vélo de montagne. Sans parler des activités nautiques !

Notre veste imper-respirante type Gore-Tex, qui servait autrefois à nous protéger de la pluie et du vent, présente désormais des spécificités (coupe, renforts, poches) en fonction de l’activité pratiquée. Et que dire des couleurs « tendance » qui finissent par être démodées après trois ans !

Certes, l’ingéniosité de l’industrie spécialisée n’a guère de limites pour nous inciter à acheter encore et encore. L’obsolescence programmée inonde aussi nos accessoires de cuisine mobile ou nos lampes frontales ; les modèles de base ne durent pas plus d’un an ou deux, foi de pleinairiste !

Sans compter les accessoires à usage unique, comme les cartouches d’air comprimé jetables pour les pneus de vélo ! Alors, comment résister à cette tendance d’hyperconsommation organisée ? Quelques solutions existent.

Photo: Cape Cod 2008 Investir dans une embarcation, par exemple, ne vaut que si on est sûr de pratiquer souvent l’activité.

Les réseaux de petites annonces spécialisées offrent des catégories « sport et entraînement » où on peut trouver du matériel d’occasion grand public type skis ou raquettes, embarcations et, même, tentes de camping. Bien sûr, la qualité de ces produits n’est nullement garantie, mais on peut faire de belles trouvailles.

Patagonia innove aussi avec sa plateforme Worn Wear, où on peut vendre un vêtement de la marque usagé, en contrepartie d’un bon rabais pour le remplacer par du neuf. Le fabricant s’engage à le remettre à neuf avant de le vendre sur la plateforme.

Acheter à deux ou trois ?

Investir dans une embarcation ou un équipement de plongée sous-marine ne vaut que si on est sûr de pratiquer souvent l’activité. Dans un premier temps, avant de débourser des sommes conséquentes, pourquoi ne pas acheter à deux ou trois ?

Bien sûr, cette option doit s’accompagner d’un protocole d’entretien rigoureusement respecté. Aussi, Mountain Equipment Coop propose le Grand Marché MEC, une plateforme d’échange et de partage d’équipement entre particuliers.

Si vous savez que vous ne pratiquerez un sport qu’une à deux fois durant l’été, cela ne vaut peut-être pas le coup de s’équiper en grand ! Les principales boutiques spécialisées proposent un service de location du matériel : canots, kayaks, planches à pagaie, ensemble d’escalade, etc.

À La Cordée, on loue surtout du matériel nautique (planche à pagaie notamment), mais les modalités de location sont à l’étude depuis le rachat de la Vie sportive par La Cordée.

Le cégep Édouard-Montpetit, qui organise des sorties régulières en plein air pour les étudiants, possède la plus importante boutique de location de matériel spécialisé au Québec. On peut louer des sacs à dos (8 $ par jour), matelas de sol, sacs de couchage, canots (30 $), vélos de cyclotourisme (25 $) et, même des bottes de randonnée ! Aucun dépôt supplémentaire. Des frais seront facturés en cas de perte ou de dommage causé à l’équipement.

Pour la location à long terme, le service de location d’équipement (ski alpin, ski de fond, planche à neige ou raquettes) durant une saison entière est la meilleure solution surtout pour équiper les enfants. D’année en année, on peut ainsi renouveler leur matériel sans frais supplémentaires, en s’assurant qu’ils profitent des meilleurs choix offerts sur le marché.

Jusqu’au bout de l’usage

On peut aussi faire jouer la garantie du fabricant. Ce n’est pas seulement un argument marketing, c’est aussi l’engagement de réparer ou de remplacer un équipement défectueux. Bien sûr, on ne doit pas s’attendre à faire remplacer un sac à dos ou un sac de couchage qui a servi durant de longues années… mais plutôt celui qui a subi un dommage prématuré (bris, déchirure) durant la première année.

L’altération d’une fermeture éclair ou d’une couture scellée sur un imper-respirant, par exemple, justifie un recours à la garantie. Mieux vaut contacter d’abord le distributeur où on a acheté le produit pour que la demande soit acheminée auprès du fabricant. Si celui-ci ne répond pas, publiez donc un message sur sa page Facebook… Cela permet souvent d’accélérer les choses.

Autrefois, on gardait ses bottes de marche durant dix ans au moins. Aujourd’hui, on les jette dès les premiers signes d’usure. Un bon cordonnier peut aisément remplacer une semelle usée ou réparer une couture déchirée.

Certains ateliers spécialisés, comme l’Atelier Micho, à Montréal, réparent tout : de la tente de camping aux vêtements techniques en passant par les attelages divers et même les voiles de deltaplane ou de parachute !

« Depuis quelques années, les gens sont plus conscients de leur consommation. Parfois, ils préfèrent faire réparer par conscience écologique presque pour le prix d’un équipement neuf », explique Alexandre Gagnon, copropriétaire de l’Atelier Micho.

Même chose à Québec avec les Ateliers Forest, qui réparent les divers équipements de sport et de plein air.

Pour faire réparer les souliers ou les bottes, Carinthia est la référence montréalaise.