Les secrets du quartier Bonsecours

Malgré son riche passé et son présent dynamique, le quartier n’avait jamais bénéficié d’un tel parcours. Sur la photo, le Marché Bonsecours, qui figure parmi les sites patrimoniaux du Vieux-Montréal.
Photo: Michael Sévigny Malgré son riche passé et son présent dynamique, le quartier n’avait jamais bénéficié d’un tel parcours. Sur la photo, le Marché Bonsecours, qui figure parmi les sites patrimoniaux du Vieux-Montréal.

Premier faubourg de Montréal, site de pèlerinage, cité administrative ou enclave touristique, le quartier Bonsecours a des identités multiples. Le musée Marguerite-Bourgeoys offre de mieux les connaître, toutes. Un samedi aux bons soins de la guide, ça vous dit ?

La marche a tout de la traditionnelle visite touristique. Un guide à sa tête, le groupe s’arrête devant les points d’intérêt. Ici, un imposant bâtiment de style néoclassique ; là, une vue panoramique de la ville ; et par là, des traces au sol d’un aménagement aujourd’hui disparu.

Le tour guidé du quartier Bonsecours, comme d’autres, parle d’architecture et d’histoire, non sans fermer les yeux sur l’état actuel des lieux.

Malgré son riche passé et son présent dynamique, le quartier n’avait jamais bénéficié d’un tel parcours. Ce secteur est du Vieux-Montréal renferme pourtant de précieux sites. La place Jacques-Cartier, l’hôtel de ville et le Marché Bonsecours s’y trouvent, de même que des musées et des résidences historiques, comme celle de Louis-Joseph Papineau.

Photo: Musée Marguerite-Bourgeoys

C’est le musée Marguerite-Bourgeoys (MMB) qui est à l’origine de ce tour offert les samedis de mai et de juin — avant d’être reconduit à l’automne. Le MMB revêt une âme de pionnier : entre ses murs, et dans ses sous-sols, se terrent 2400 ans d’histoire, dont les premières traces de foyers amérindiens ou la première palissade à l’époque de la Nouvelle-France.

Il abrite aussi la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, « l’embryon et la relique » du quartier, selon la guide Marie-Hélène Lemay.

« Le quartier Bonsecours est le premier faubourg de Montréal, signale Stéphan Martel, directeur par intérim du MMB. Quand la chapelle a ouvert en 1678, c’était en dehors de la ville. Il n’y avait pas d’habitations. Elle a joué le rôle de pôle. C’est ça qui a donné naissance au quartier à la fin du XVIIe siècle. »

La chapelle, où l’on officie encore, serait d’ailleurs l’un des seuls endroits du Vieux-Montréal dont la fonction initiale demeure. La visite pédestre, qui débute au Marché Bonsecours et qui se termine au musée après une boucle d’un kilomètre, risque de coïncider d’ailleurs avec une messe.

Non religieux

Les origines du quartier sont indéniablement liées à la foi. Fondatrice de la Congrégation Notre-Dame et donc de la chapelle, Marguerite Bourgeoys (1620-1700) était une religieuse, aujourd’hui sainte. Mais le tour se veut non religieux, dit Stéphan Martel, c’est ce qui fait son originalité.

« On a déjà eu des visites guidées du type « sur les pas » de Marguerite Bourgeoys ou de Jeanne Le Ber, orientées vers la pastorale, pour des touristes religieux, des pèlerins, des croyants. Celle de 2018 s’adresse au grand public et pas seulement à ceux qui sont en quête de la foi. »

Le parcours conçu par Marie-Hélène Lemay, diplômée de l’Université McGill en architecture et de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec, pointe plus d’un thème. Place Vauquelin, la vue au loin des vestiges des fortifications permet d’évoquer des temps belliqueux.

Devant le Château Ramezay, rare bâtiment du Régime français à avoir survécu, c’est de la période de la cité administrative qu’il est question.

L’arrêt devant le complexe Chaussegros-de-Léry amène le sujet de l’architecture postmoderne et sert d’hommage à Dan Hanganu, architecte décédé en 2017. Sinon, les conflits entre les deux communautés linguistiques font surface plus d’une fois, mais au pied de la colonne Nelson, ce sera l’occasion de pointer un rare et éphémère rapprochement.

Érigé en 1809, le monument honore l’amiral Horatio Nelson, célèbre amiral qui a vaincu Napoléon. Les Sulpiciens, alors informés du régime napoléonien auquel ils n’adhéraient pas, ont contribué à son financement. La colonne ne sera pas longtemps aimée par les francophones, mais elle est encore là, sur pied.

Thé en sus

Munie de documents, Marie-Hélène Lemay n’hésite jamais à sortir du schéma uniquement montréalais. L’opulence de l’hôtel de ville, aime-t-elle démontrer, photo à l’appui, n’est pas venue de nulle part.

Édifice de style Second Empire, il n’est pas une copie de châteaux français, notamment de l’architecture de François Mansart. Il ne fait que reproduire une vague du XIXe siècle. Des mairies en France inspirées de Mansart, rappelle la guide, il en existe en bon nombre.

Place Jacques-Cartier, c’est vers le sol que pointe Marie-Hélène Lemay. On y retrouve là un marquage reproduisant les limites du château de Vaudreuil.

La somptueuse demeure bâtie au XVIIIe siècle deviendra un temps le Collège de Montréal, premier établissement du genre, avant de disparaître dans les flammes en 1803. Encore là, la guide sort de son sac plans et photos pour alimenter la discussion.

Le tour du quartier Bonsecours a bénéficié du nouveau Programme d’interprétation animée du Vieux-Montréal et des 10 000 $ accordés par la Ville de Montréal.

Cette sortie hors les murs du MMB, qui comprend la visite du musée, se termine par une… dégustation de thé.

Tour guidé du quartier Bonsecours

Les samedis jusqu’au 9 juin, à 13 h