Sans traces et sans tracas: découvrir et laisser découvrir la nature grâce à sept principes faciles

Le Sans trace est une «religion» professée par les rangers des parcs nationaux américains et que tout pleinairiste aguerri a appris à pratiquer dans ses activités.
Photo: Unsplash Le Sans trace est une «religion» professée par les rangers des parcs nationaux américains et que tout pleinairiste aguerri a appris à pratiquer dans ses activités.

Décembre 2015, Grand Canyon National Park. J’ai la chance de participer à une expédition privée de 25 jours sur le fleuve Colorado en raft en compagnie de 15 pagayeurs. Le principe sacro-saint de cette aventure : l’autonomie. La règle d’or : le « sans traces ».

Une « religion » professée par les rangers des parcs nationaux américains et que tout pleinairiste aguerria appris à pratiquer lors de ses activités. Chaque matin, avant de reprendre notre itinéraire fluvial, chacun de nous examine les moindres recoins de notre campement pour dénicher les traces visibles de notre passage. Les restes de table sont enfermés dans des boîtes hermétiques, de même que les particules de nourriture résiduelles récoltées après trois filtrages successifs de l’eau de vaisselle. D’autres boîtes, estampillées « poops », contiennent nos « restes organiques ».

Tout ça voyage avec nous à bord des bateaux durant 25 jours. À chaque départ, nous allons même jusqu’à balayer du pied le sable pour unifier sa surface et donner ainsi, aux prochains arrivants, l’impression que le site n’a pas été visité depuis longtemps.

Extrême ? Pas tant que ça. Rapporter ses « besoins » et filtrer son eau de vaisselle peut paraître un peu contraignant en théorie. Dès lors qu’on intègre ces gestes simples dans ses habitudes, ceux-ci s’imposent comme des évidences.

Bienvenue dans le Sans trace, ou Leave no Trace, l’école de conduite en plein air née dans les années 1990 dans les parcs nationaux américains. Victimes de leur succès, certains espaces naturels souffraient des effets de la surfréquentation. Alors, plutôt que d’en interdire l’accès, on s’est mis à réfléchir sur des moyens d’atténuer l’impact des visiteurs. Car un campeur, un randonneur laissent peu de traces sur un territoire ; c’est leur nombre qui change la donne.

La Loi sur les parcs couvre l’ensemble des principes du Sans trace, ils font partie de notre cadre réglementaire. Certaines mesures, comme la fermeture d’une paroi d’escalade pour permettre la nidification du faucon pèlerin, sont régulièrement adoptées.

Voici les sept grands principes élaborés autour de sept composantes de la vie en plein air...

Savoir où on met les pieds. Un tracas en ville, c’est un tracas. En plein air, ça peut ruiner une aventure… Mieux vaut alors se préparer en conséquence en s’informant sur le milieu visité, les conditions météo, les règlements à respecter, etc. Certains choix sont à privilégier pour minimiser son impact dans la nature : un minimum d’emballages est à prévoir, notamment, pour les aliments consommés sur place.

Rester dans les clous. L’exploration des grands espaces naturels, on adore ça, mais il vaut mieux ne pas trop s’écarter des sentiers, surtout dans les zones fréquentées, si on veut éviter de laisser sur le milieu des dommages irréversibles. Et on dresse la tente dans les lieux désignés, bien sûr.

Apporter et rapporter ! Vous ne jetez pas vos ordures n’importe où en ville ? Pourquoi le feriez-vous dans la nature ? Qu’importe que ce soit biodégradable ou non… La gestion des déchets est cruciale en plein air. Si des toilettes sèches ne sont pas disponibles sur place, on creuse un trou (15 à 20 cm) de profondeur, et on brûle son papier hygiénique. Avez-vous vraiment envie de tomber sur une grande latrine à ciel ouvert ?

Aucun changement paysager ! Construire des barrages sur les cours d’eau, c’est pour les castors ! (Et pour Hydro-Québec). On évite donc de transformer le milieu en ajoutant des barrages, des tranchées ou en prélevant des roches ou des plantes. Mais on a le droit de prendre des… photos !

Le feu, oui… mais sous conditions. Faire griller des guimauves sur le feu de bois est un incontournable en camping ! Mais le feu n’est pas toujours autorisé. Il vaut mieux alors se tourner vers un réchaud pour cuisiner ses aliments (aujourd’hui, on trouve des modèles ultracompacts et très performants). Si le feu est permis, on attend que les braises refroidissent avant de disperser les cendres quand on quitte le site.

La nature n’est pas un zoo. Observer un chevreuil ou un geai bleu est un cadeau en plein air, profitons-en tant que ça passe ! Mais ceux-ci n’ont pas besoin de nous pour se nourrir… Laissons-les dans leur habitat à distance sans intervenir dans leurs habitudes.

L’autre (et vous) mérite le meilleur. Vous vous passionnez pour le dernier CD d’Alexandre Poulin ? Vos voisins de camping ne sont peut-être pas aussi fans… Et le silence est un bienfait recherché dans la nature. Là, comme en ville, tout va mieux avec un peu de civisme !

Au Québec, les principes du Sans trace sont adoptés depuis une quinzaine d’années par la plupart des guides de plein air et de tourisme d’aventure, une mesure approuvée par Aventure écotourisme Québec. Une dizaine de maîtres formateurs offrent ainsi des formations sur le terrain que les guides pourront, par la suite, transférer à leurs clients. « Les élèves et les scouts sont aussi initiés régulièrement grâce à des ateliers de sensibilisation », ajoute Maria Valdés, coordonnatrice à Sans trace Canada. En tout, 150 pleinairistes québécois sont ainsi formés à ce programme chaque année. »

Pourtant, on déplore sur les sites très fréquentés des parcs nationaux, par exemple, les marques d’un comportement au mieux inconscient, au pire franchement délinquant. « La Loi sur les parcs couvre l’ensemble des principes du Sans trace, ils font partie de notre cadre réglementaire, précise Simon Boivin, à la SEPAQ. Certaines mesures, comme la fermeture d’une paroi d’escalade pour permettre la nidification du faucon pèlerin, par exemple, sont régulièrement adoptées. »

Pour l’utilisateur du territoire, le respect des principes relève la plupart du temps du gros bon sens. Et aussi d’une certaine attention portée aux autres.

Car ce programme est surtout une manière de se responsabiliser à l’égard du milieu naturel dans lequel on aime jouer. « Le Sans trace n’est pas une méthode directive du genre “Fais pas ci, fais pas ça…”, explique Sylvain Marcoux, président du conseil d’administration de Sans trace Canada. Il encourage, au contraire, l’adoption spontanée de bonnes pratiques pour vivre une expérience vraiment réussie en plein air. »

Miser sur la responsabilisation du public plutôt que sur la contrainte, c’est la grande force de ces principes de conduite ; le Sans trace s’apparente en effet plus à une « école » de bonnes pratiques qu’à une réglementation passible de sanctions. Et sept fois plutôt qu’une.