Êtes-vous «techno-accro» même dehors?

Le téléphone intelligent, c’est le couteau suisse du XXIe siècle; il est moins tranchant, mais rend autant, sinon plus de services à l’amateur de plein air en nous.
Photo: SEPAQ Le téléphone intelligent, c’est le couteau suisse du XXIe siècle; il est moins tranchant, mais rend autant, sinon plus de services à l’amateur de plein air en nous.

Les hautes technologies ont envahi les interstices de nos vies de technophiles, y compris là où on les attendait le moins : en pleine nature. Il y a encore quelques années, on s’amusait de voir arriver sur le marché quelques applications spécialisées pour guider nos activités de plein air. Aujourd’hui, elles sont légion. Vous cherchez une appli pour identifier le chant des oiseaux de la forêt pluviale de l’Amérique centrale ? Il y a fort à parier qu’il en existe au moins une sur le marché.

Moi, mes souliers… et mon cellulaire !

Le téléphone intelligent, c’est le couteau suisse du XXIe siècle ; il est moins tranchant, mais rend autant, sinon plus de services à l’amateur de plein air en nous. Météo, GPS, guide de survie, premiers soins, cuisine en pleine nature, cartes des sentiers pédestres, des réseaux canotables et des pistes cyclables : en un clic, on a accès à une information encyclopédique qui peut s’avérer très utile quand vient le temps de se déplacer. « Nous sommes en quelque sorte l’iTunes des cartes géo-référencées pour la randonnée, le vélo, le canot, le kayak, le ski ou la raquette », explique Benoit Racine, président-directeur général d’Ondago, une application mobile interactive québécoise qui donne accès à 225 cartes au Québec, au Nouveau-Brunswick et aux États-Unis. Le principe : télécharger l’application sur son appareil, puis la carte qu’on veut utiliser en mode hors ligne, grâce au réseau GPS.

Pour la sécurité, ce type d’outil s’avère d’autant plus précieux en territoire éloigné. « La dernière fois que je suis parti avec des amis pour deux jours de camping dans le bois, le Guide de premiers soins que j’avais téléchargé m’a beaucoup rassuré », raconte Jean-François Carpentier, un pleinairiste pur et dur. « Même si je possédais mon brevet de secouriste, ça me sécurisait de savoir que je pouvais vérifier les gestes à poser en tout temps. » En ski hors piste, par exemple, une application qui aide à prévenir les risques d’avalanche peut même s’avérer parfaitement indispensable.

D’autres apportent un complément didactique à une simple sortie : observation du ciel étoilé (Sky Map), identification des plantes sauvages (PlantNet), des champignons ou des arbres, ou encore des empreintes au sol (Clés de forêt), la liste de ces outils de référence est illimitée. Chez Nature Mobile, par exemple, on propose des applications pour reconnaître les oiseaux, les poissons, les cervidés, mais aussi pour réaliser des noeuds marins ou utiliser les plantes médicinales. Le plus beau dans tout ça ? Leur accessibilité : quand elles ne sont pas gratuites, ces applications ne coûtent que quelques dollars à télécharger depuis Apple Store ou Google Play.

Qui dit mobile, dit fragile

La popularité de ces outils ne doit pas, pour autant, faire oublier leurs limites technologiques, comme la faible autonomie énergétique, par exemple. Utilisé sur le mode GPS et appareil photo, notamment, un téléphone portable ne fonctionne pas au-delà de dix heures. Une pile de recharge est à prévoir et, si l’escapade excède deux jours, le recours à un panneau solaire s’impose. Encore faut-il que le soleil fasse partie de l’expédition…

D’autre part, la fonctionnalité d’un téléphone ou d’une tablette doit être soumise à une protection adaptée, car ces instruments sont particulièrement fragiles. Présence de l’eau ou de l’humidité, risque de chute ou de choc : durant nos activités, nos appareils peuvent être malmenés au point de ne plus répondre aux commandes. Sans parler du froid, un facteur imparable qui accroît la consommation d’énergie de manière fulgurante et qui peut venir à bout des appareils les plus sophistiqués. Pour diminuer les risques liés à l’environnement extérieur, un boîtier étanche et hyperrésistant est incontournable.

Les limites de l’utilité

Mais attention : dans certains cas, le recours aux applications peut présenter des risques. Cette fragilité des appareils mobiles, notamment, doit être prise très au sérieux dans le cas d’une échappée en région sauvage, là où la géolocalisation est une condition majeure à la sécurité. Mieux vaut alors pouvoir se tourner vers les instruments traditionnels qui ont fait leurs preuves : les bonnes vieilles cartes et la boussole. À condition qu’on sache s’en servir.

De même, certaines applications ne devraient être considérées qu’à titre consultatif et non comme une référence absolue. Si votre appli vous induit en erreur sur le nom exact du papillon qui virevolte devant vous, qu’en est-il de l’espèce de champignon que vous êtes en train de ramasser ? Comestible ou extrêmement toxique ? Dans ces cas-là, la plus grande prudence s’impose. C’est ce que rapporte un récent article publié dans le magazine de vulgarisation scientifique Science Post : celui-ci met en garde contre l’utilisation de l’application Mushroom pour identifier les différents champignons grâce à la reconnaissance d’images. Ce modèle peut, dans certains cas, mener à des erreurs fatales durant la cueillette.

Déconnecter pour se reconnecter

Reste que les pleinairistes sont de plus en plus séduits par ces outils, surtout dans la tranche d’âge des 20-30 ans. Pour eux, manier un téléphone intelligent dans la nature peut même être un incitatif à l’activité physique, comme c’est le cas des montres d’entraînement pour les joggeurs, par exemple. En 2011, la SEPAQ a d’ailleurs lancé une application, L’Explorateur Parc Parcours, dans le but d’attirer la jeune clientèle, notamment les enfants. Disponible dans une dizaine de parcs, cette appli permet de se préparer à sa visite et de consulter, sur place, l’information globale sur les choses à voir et à faire dans le parc. Idem chez Parcs Canada, qui propose plusieurs applications, notamment Explora. Dans certaines zones des parcs, on a même accès à Internet.

Mais ces téléphones et autres tablettes dans le milieu naturel ont-ils vraiment leur place ? Ou n’est-ce, encore là, qu’une extension de leur tentaculaire emprise sur nos habitudes de vie ? Le plein air n’a-t-il pas pour mission, justement, de nous faire décrocher des écrans ? C’est ce que préconisent certains camps de vacances en plein air, dont le Camp de vacances Kéno, dans la région de Portneuf : « Nous prônons le retour aux sources, le décrochage de la technologie, pour en ressentir l’impact positif, explique Audréane Lafond, chez Kéno. Les jeunes sont invités à ne pas apporter leur téléphone pour vivre une expérience immersive réussie. » Une invitation non coercitive qui rend sûrement l’expérience encore plus profitable.