Nos bâtisseuses en mémoire

Au fil de l’histoire, les communautés de religieuses ont laissé leur empreinte indélébile sur la ville, notamment en art et en architecture.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Au fil de l’histoire, les communautés de religieuses ont laissé leur empreinte indélébile sur la ville, notamment en art et en architecture.

De Marguerite Bourgeoys à Jeanne Mance, sans oublier Marguerite d’Youville, les femmes des communautés religieuses ont joué un rôle important dans la fondation de Montréal. À l’occasion du 375e anniversaire de la ville, la Maison Saint-Gabriel fait un saut dans le temps pour rappeler leurs contributions et présenter l’étendue de l’héritage qu’elles ont laissé derrière elles.

Jusqu’au 22 décembre, la Maison Saint-Gabriel propose à ses visiteurs d’ici et d’ailleurs de replonger dans l’histoire des communautés religieuses féminines des derniers siècles, en découvrant l’exposition 375 ans au coeur de l’action !.

Oeuvres d’art, coiffes, uniformes d’école, l’exposition rassemble des objets variés de l’époque ainsi que de nombreux documents d’archives pour permettre de mieux comprendre leur quotidien.

« Il faut expliquer leur histoire. Si on ne le fait pas, nous, qui va le faire ? » s’interroge la directrice générale du musée et site historique, Madeleine Juneau, pour qui les célébrations ne pouvaient se passer d’un retour sur l’existence de ces pionnières.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Louise Beaudoin, présidente d’honneur de l’exposition, et Madeleine Juneau, directrice générale du musée, sont toutes deux fascinées par la vision d’éducation de Marguerite Bourgeoys.

Désormais moins présents dans le quotidien des Montréalais, ces groupes de religieuses ont tendance à être mis de côté lorsqu’on évoque l’histoire de la métropole, croit Mme Juneau. « Les jeunes ne savent même plus ce qu’est une soeur, certains n’en ont jamais vu », constate-t-elle avec une petite pointe d’étonnement dans la voix.

Dans la communauté

« Ce n’est pas juste une question de religion, pourtant », explique-t-elle en rappelant que ces femmes ont réussi à faire leur place dans plusieurs domaines autrefois réservés aux hommes. Elles ont en effet été infirmières, enseignantes, missionnaires, architectes, musiciennes, ou encore même scientifiques. « On l’oublie, mais elles ont fondé les premiers hôpitaux, les premières écoles. Notre système social ne serait pas aujourd’hui ce qu’il est sans elles », insiste Mme Juneau.

On l’oublie, mais [les religieuses] ont fondé les premiers hôpitaux, les premières écoles. Notre système social ne serait pas aujourd’hui ce qu’il est sans elles.

 

Et cet héritage va encore plus loin, d’après elle. Les religieuses ont laissé leur empreinte partout dans la ville, notamment à travers son architecture. La directrice du musée rappelle que l’école Vincent-d’Indy a été fondée par une soeur de la congrégation des Soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie. Le collège Dawson était quant à lui la maison mère de la congrégation de Notre-Dame de Montréal. Sans oublier l’Accueil Bonneau, créé en 1877 grâce à la contribution des Soeurs grises, dont sainte Marguerite d’Youville. « Le refuge est encore là après tout ce temps, et il aide de nombreuses personnes, ce n’est pas rien », ajoute-t-elle.

Une visionnaire

C’est toutefois le parcours de Marguerite Bourgeoys qui l’a le plus marquée. « Elle avait un grand projet, défendre l’école gratuite pour les filles, et elle l’a mené jusqu’au bout, explique Mme Juneau. C’était une visionnaire, une femme inspirante. »

Une opinion que partage entièrement l’ancienne politicienne québécoise Louise Beaudoin, qui est aussi la présidente d’honneur de l’exposition. Elle rappelle que la mission de Marguerite Bourgeoys était considérée comme une idée moderne au XVIIe siècle. « L’éducation des filles n’était pas une priorité en France, mais elle s’est battue ici pour enseigner aux petites filles, aux autochtones et aux Amérindiennes aussi. Ça s’inscrivait dans ce qu’on appellerait aujourd’hui l’interculturalisme. »

Cette historienne de formation se réjouit de voir toute une exposition dédiée aux contributions des communautés religieuses féminines. À ses yeux, il était primordial que des activités historiques puissent aussi souligner les célébrations du 375e de Montréal. Comprendre le passé de la métropole avant de penser aux grandes orientations qu’elle devrait prendre était nécessaire d’après elle. « C’est un devoir de mémoire. Il fallait prendre cette pause dans le présent pour repenser à notre histoire et à notre réalité », soutient-elle.

375 ans au coeur de l’action!

À la Maison Saint-Gabriel, jusqu’au 22 décembre, du mardi au dimanche, de 13 h à 17 h.