Un pèlerinage pour skieurs

Les «pistes», simplement délimitées par d’énormes rochers, sont toutes très raides et peuvent devenir extrêmement rapides quand la neige est de type gros sel, un moins quand on a affaire à de la «purée de pommes de terre».
Photo: Claude Lévesque Les «pistes», simplement délimitées par d’énormes rochers, sont toutes très raides et peuvent devenir extrêmement rapides quand la neige est de type gros sel, un moins quand on a affaire à de la «purée de pommes de terre».

Il faut souffrir un peu si on veut admirer Tuckerman Ravine dans toute sa splendeur. Les deux heures et demie d’efforts requis pour atteindre ce cirque glaciaire sont pleinement récompensées, tant par le coup d’oeil que par l’idée de skier quand le printemps a fait place à l’été dans la vallée en contrebas.

On a l’impression de découvrir un coin des Rocheuses égaré dans les Appalaches, même si ce faux glacier d’une blancheur éblouissante rend l’âme fin juillet pour renaître vers octobre. Entre la mi-avril et la mi-juin, les fanatiques convergent par milliers sur le versant oriental du mont Washington, dans le New Hampshire. Tuckerman Ravine prend alors l’allure d’un lieu de pèlerinage.

Cette année, l’enneigement dans les montagnes Blanches dépasse tout ce qu’on a pu voir depuis des lustres. La saison s’annonce donc prometteuse.

D’accord, il faut être un peu maniaque pour se taper quatre kilomètres de sentier et un dénivelé de 555 mètres avant de pouvoir déposer une partie de son barda dans un refuge on ne peut plus rustique. D’autant qu’il faut ensuite compter une autre demi-heure pour se hisser jusqu’au principal « domaine skiable ». Le « ravin », que ne dessert aucune remontée mécanique, est fréquenté par des adeptes du sport extrême, des écolos d’âge respectable et de la jeune génération, des familles et plusieurs chiens.

Les « pistes », simplement délimitées par d’énormes rochers, sont toutes très raides et peuvent devenir extrêmement rapides quand la neige est de type gros sel, un peu moins quand on a affaire à de la purée de pommes de terre.

Il y a deux ans, il était encore possible, à la mi-mai, de skier du sommet de la montagne (1971 mètres) jusqu’au pied du « ravin », et même de dévaler ensuite une bonne partie de la piste qui descend jusqu’à la route à travers la forêt.

L’an dernier, il restait moins de neige à la mi-avril qu’en mai de l’année précédente. La faute à ce coquin d’El Niño. À mon arrivée à l’accueil, j’ai même demandé s’il était encore possible de skier. La préposée m’a répondu : « Bien sûr que oui, à condition de choisir ses endroits. »

Le matin même, elle était allée faire quelques descentes sur sa planche avant de regagner la vallée pour travailler ! La jeune femme a dit cela en toute simplicité, sans la moindre vantardise.

Le mont Washington est situé à moins de quatre heures de route de Montréal. On y entend l’accent québécois. Mais nos voisins du Sud sont quand même les plus nombreux à s’y rendre, comme ce sympathique couple venu de Syracuse, dans l’État de New York, qui se tape une journée de voiture, dans chaque direction, presque chaque printemps.

On déplore chaque année plusieurs décès sur la montagne. En hiver, le danger vient des avalanches, qui peuvent être massives. Au printemps, comme l’indiquent les panneaux installés à l’entrée de la piste, des blocs de glace et de neige « gros comme des automobiles » peuvent se détacher de la paroi du ravin.

Il faut aussi se méfier des crevasses. Il y a deux ans, j’ai vu des secouristes s’affairer pendant des heures pour sauver un jeune homme qui était tombé dans un de ces trous, dans lequel coulait une eau glacée et dont il n’arrivait pas à sortir. On est intervenu à temps et on m’a dit qu’il prenait sa mésaventure en riant.

La région des montagnes Blanches compte de nombreuses auberges, grandes et petites, mais la plupart sont fermées au printemps, considéré comme la basse saison.

Si on ne veut pas commencer l’ascension sitôt descendu de voiture, une solution intéressante consiste à passer la nuit au John Dodge Lodge, un établissement exploité par l’Appalachian Mountain Club. Ce n’est pas le grand luxe, mais on y trouve un certain confort et une belle bibliothèque remplie de bouquins sur les montagnes.