Apprentis détectives

«Spontanément, les gens pensent aux empreintes digitales ou à l’analyse de l’ADN, avance François-Nicolas Pelletier, responsable des contenus scientifiques. Mais il y a une foule d’autres disciplines scientifiques, dont la botanique judiciaire, la toxicologie et l’entomologie, qui permettent aux enquêteurs de tirer des conclusions.»
Photo: istock «Spontanément, les gens pensent aux empreintes digitales ou à l’analyse de l’ADN, avance François-Nicolas Pelletier, responsable des contenus scientifiques. Mais il y a une foule d’autres disciplines scientifiques, dont la botanique judiciaire, la toxicologie et l’entomologie, qui permettent aux enquêteurs de tirer des conclusions.»

Qui n’a jamais rêvé de porter le chapeau des enquêteurs et pathologistes des téléséries ? Tout au long de l’été, le Centre des sciences de Montréal propose aux curieux de cumuler les preuves afin de résoudre trois enquêtes inédites.

Plongée dans la pénombre, la première salle d’exposition laisse entrevoir trois scènes de crime autour desquelles s’agglutinent les visiteurs. Ici, un corps désarticulé, étendu sur la chaussée d’une ruelle. Là, un décor désertique cache les restes d’un squelette humain. Plus loin, un salon est fracassé par une voiture.

Carton à la main, les gens s’agitent, observent les reconstitutions morbides, prennent des notes. « Ouvrez bien les yeux, faites attention aux détails, lance avec un sourire François-Nicolas Pelletier, le responsable des contenus scientifiques du Centre des sciences de Montréal (CSM). C’est en étant méticuleux que vous arriverez à élucider l’affaire. »

Jusqu’aux limites de la saison estivale, le CSM invite le public à prendre part à trois enquêtes inédites, conçues dans les décors de la populaire série policière CSI : Crime Scene Investigation. Une occasion pour les amateurs de retrouver leurs personnages préférés, mais qui ne devrait pas décourager ceux qui n’ont pas suivi l’émission de manière assidue — ou même qui ne l’ont jamais écoutée, point.

« C’est une activité clé en main, note le responsable du contenu scientifique. Ce sont des scènes de crime qui ont été inventées de toutes pièces pour l’exposition, elles ne sont pas tirées d’un épisode quelconque. Tout le monde part donc avec les mêmes informations. »

Complètement interactive, l’expo, qui dure environ une heure en tout et pour tout, permet aux visiteurs de prendre part aux différentes étapes qui mènent à l’élucidation d’un crime. « C’est vraiment le visiteur qui dirige l’enquête scientifique du début à la fin, soutient François-Nicolas Pelletier. Il est au coeur même de l’événement. »

Pour y arriver, en plus d’analyser les scènes de crime et de trouver les preuves potentielles, le public doit également passer par une série de laboratoires afin de valider les différents éléments relevés. Et ce n’est qu’à la toute fin qu’il peut vérifier son hypothèse.

Disciplines multiples

C’est l’occasion notamment de se mettre dans la peau des différents professionnels qui participent aux enquêtes, mais aussi de mettre des noms et surtout d’expérimenter des disciplines moins connues du grand public. « Spontanément, les gens pensent aux empreintes digitales ou à l’analyse de l’ADN, avance François-Nicolas Pelletier. Mais il y a une foule d’autres disciplines scientifiques qui permettent aux équipes d’enquêteurs de tirer des conclusions sur ce qui a pu se passer. Ça prend plusieurs preuves pour arriver à reconstruire un scénario de crime. »

Parmi ces méthodes moins connues qui sont à l’honneur au coeur de l’exposition, notons entre autres la botanique judiciaire, la toxicologie et l’entomologie. Cette dernière permet aux experts, par exemple, de déterminer à l’aide de l’évolution des insectes depuis combien de temps une victime est décédée.

« Même le criminel le plus endurci, qui sait comment éliminer certains éléments de preuve, ne peut pas faire grand-chose contre les insectes, explique-t-il. C’est pratiquement impossible d’avoir un contrôle là-dessus. »

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Un salon fracassé par une voiture: il faudra reconstruire le scénario! 

« Les moyens plus connus, qui sont souvent les plus anciens, sont quand même là, souligne le responsable des contenus scientifiques en jetant un regard aux installations. Mais nous voulions aussi que les gens puissent voir que la résolution de crime est en fait un formidable travail d’équipe, où la rigueur scientifique est de mise. »

En ce sens, les méthodes et outils exposés sont donc tirés de la réalité. Conçue par la firme autrichienne IMS Entertainment, en partenariat avec le Fort Worth Museum of Science and History, l’exposition, primée pour sa rigueur, a déjà fait le tour du monde depuis sa création en 2008. « Elle est allée sur presque tous les continents, poursuit-il. De l’Océanie à l’Amérique, en passant par l’Europe et l’Asie. Et partout où elle passe, les commentaires sont excellents. »

Première en français

La version présentée cet été au Centre des sciences est toutefois la première à être offerte en français. Il s’agit également d’une première au Canada. Adaptée pour le public québécois, cette nouvelle mouture a été mise sur pied avec l’aide du Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale du Québec, l’un des plus vieux du genre en Amérique du Nord.

« Pour nous, c’était important d’offrir une expérience intéressante, mais surtout près de la réalité, insiste François-Nicolas Pelletier. En ce sens, le Laboratoire nous a notamment permis de traduire l’exposition de manière à ce que les disciplines soient expliquées de la façon la plus claire possible. Après, pour les gens, ça demeure surtout une occasion unique de passer de l’autre côté de l’écran. Après tout, qui n’a jamais rêvé de participer à une enquête judiciaire après avoir éteint sa télé ? »

CSI : l’expérience, jusqu’au 4 septembre au Centre des sciences.