L’année du Coq de feu, foyer d’histoire

La boutique Shun Fat, cette étonnante cave d’Ali Baba chinoise à Montréal, regorge de décorations pour égayer les maisons pendant la période du Nouvel An.
Photo: Hélène Clément La boutique Shun Fat, cette étonnante cave d’Ali Baba chinoise à Montréal, regorge de décorations pour égayer les maisons pendant la période du Nouvel An.

Ce samedi commence la nouvelle année chinoise. Le premier mois de la nouvelle lune de la nouvelle année du calendrier luni-solaire. Pour comprendre cette importante fête du printemps, Tours Kaléidoscope propose dès demain et les deux prochains week-ends, des visites guidées du Quartier chinois à Montréal sur le thème du Nouvel An.

Rien n’arrête ces passionnés d’histoire des religions et des civilisations. Pas même une tempête de grêle, comme ce fut le cas mardi dernier. L’ambiance dans les rues du Quartier chinois n’était toutefois pas encore à la fête. Aucun signe du Coq de feu sur les murs, sauf quelques mobiles du gallinacé à crête rouge dans les fenêtres des commerces de la rue de la Gauchetière.

Peu de gens aussi à la boutique Shun Fat Trading Company, à l’angle des boulevards Saint-Laurent et René-Lévesque. Cette étonnante cave d’Ali Baba chinoise regorge de décorations pour égayer les maisons : lanternes rouges, faux pétards, cartes de voeux — ou sentences, effigies du dieu du foyer et les fameuses enveloppes rouges, les hong bao, pour donner de l’argent en cadeau.

« C’est dans les foyers, en famille, que ça se passe en ce moment, explique Yvan Drouin, guide et fondateur de l’entreprise Kaléidoscope. Pour les Chinois, cette fête du printemps se veut un nouveau départ à la nouvelle année. On en profite pour faire le grand ménage, installer des décorations, payer ses dettes, s’acheter de nouveaux vêtements, apaiser le dieu de la cuisine. »

La Chine a deux calendriers. Le grégorien, adopté en 1912 pour être en phase avec l’économie mondiale, et le luni-solaire, utilisé notamment pour l’agriculture, l’astrologie  et les fêtes traditionnelles.

 

Au programme de cette tournée : la visite d’un temple pour les dévotions, d’une herboristerie pour quelques conseils sur un départ sain en cette nouvelle année, d’un magasin de culte pour s’initier aux objets liés à la chance et aux ancêtres, et d’une épicerie pour les préparatifs.

« Le Quartier chinois est un laboratoire extraordinaire pour s’initier à l’histoire, à la culture, aux coutumes et à la gastronomie, souligne Yvan Drouin. Notre visite ne dure que deux heures, mais avec les étudiants en études asiatiques nous passons six heures, tant il y a de la matière. »

C’est dans la rue, les épiceries, les herboristeries, les magasins de babioles et les temples de ce quartier coloré de Montréal, où s’installèrent dans les années 1870 les premiers Cantonais, que l’on découvre l’histoire de la Chine. Une histoire fabuleuse qui remonte à plus de 5000 ans.

L’origine

Le Nouvel An chinois, aussi appelé Fête du printemps, serait la fête traditionnelle la plus importante pour les communautés chinoises à travers le monde. Il est aussi appelé « lunaire » parce qu’il se célèbre suivant le calendrier lunaire et solaire chinois, et non le calendrier grégorien.

« La Chine a deux calendriers, précise Yvan Drouin. Le grégorien, adopté en 1912 pour être en phase avec l’économie mondiale, et le luni-solaire, utilisé notamment pour l’agriculture, l’astrologie et les fêtes traditionnelles et religieuses telles que le Nouvel An chinois. »

Le mois lunaire du calendrier chinois commence le jour de la nouvelle lune, à minuit. L’année solaire, qui est une année tropique vraie, s’étend d’un solstice d’hiver au suivant. L’année lunaire, qui comporte 12 ou 13 mois lunaires de 29 ou 30 jours, débute au Nouvel An chinois.

Cette date, déterminée, donc, par le calendrier lunaire chinois, associe chaque année d’un cycle de 12 ans à un animal et à un de ces cinq éléments : le feu, la terre, le métal, le bois et l’eau. Le monde entrera donc le 28 janvier 2017 dans l’année du Coq de feu sous sa forme yin.

Le Nouvel An chinois remonte à des milliers d’années. Selon une légende, Nian, un monstre marin et cruel de l’Antiquité, sortait de l’eau la veille pour dévorer le bétail et les gens. Les arbres se fanaient, les feuilles s’éparpillaient et l’herbe ne poussait plus. Quand il partait, tout rentrait dans l’ordre. Mais Nian craignait le rouge, la lumière et le bruit.

Une bande de papier rouge

Pour l’éloigner des foyers, on affichait donc de chaque côté de la porte d’entrée une bande de papier rouge sur laquelle on écrivait un vers. On allumait des torches et on faisait éclater des pétards. On avait découvert la façon de chasser l’étrange animal. Depuis, toutes les familles collent des papiers rouges sur la porte, tirent des pétards, allument des bougies la nuit et restent éveillées jusqu’au lever du soleil. Le matin, on va se souhaiter la bonne année dans les familles.

« Mais, comme il est interdit de faire sauter des pétards au Canada, on vend en remplacement des mobiles de pétards simulés rouges et or surmontés d’une boîte musicale qui émet un petit son censé effrayer toutes les espèces de mauvais esprits », explique Yvan Drouin.

Un point fort

L’un des points forts de ce tour guidé : la visite du temple de l’Association Chao Chow du Québec, situé au 988, rue de Bullion, non loin de l’hôpital chinois. Ce vendredi soir, de nombreux Chinois — et qui le veut, peu importe sa couleur, sa religion et ses croyances — s’y réuniront pour réciter des mantras, faire leurs dévotions et se partager des clémentines, le fruit qui symbolise la fortune.

On allume des bâtons d’encens, la fumée censée emporter les souhaits vers l’au-delà. Puis on fait ses dévotions aux ancêtres, au dieu de la terre, à l’empereur de Jade, au dieu du foyer, à Guahnin, aux défunts, au bouddha du futur… Ici, dans ce lieu de culte, règnent des codes ancestraux que l’on tentera de démystifier au fur et à mesure de cette visite guidée colorée et fort intéressante.

Au fait, si vous êtes né sous le signe du Coq, vous êtes à l’aise avec les autres, sociable, aimable, honnête, franc et facilement adaptable à votre environnement. Bonne année 2017 !

Bonnes adresses

Tours Kaléidoscope organise des visites guidées sur le Nouvel An chinois et partage ses meilleures adresses les samedis 28 janvier, 4 et 11 février, ainsi que les dimanches 29 janvier, 5 et 12 février 2017. Un repas traditionnel du Nouvel An est proposé en option à la fin des visites.

Renseignements : 514 277-6990