Montréal, ville de congrès pour son 375e

Boris Proulx Collaboration spéciale
L’engouement suscité par Montréal pour le tourisme d’affaires provient notamment de sa réputation de ville attrayante, où il est possible de faire la fête.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’engouement suscité par Montréal pour le tourisme d’affaires provient notamment de sa réputation de ville attrayante, où il est possible de faire la fête.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme - Destinations d'affaires

Le secteur du tourisme d’affaires a connu une bonne année en 2016, tirant son épingle du jeu notamment grâce à la faiblesse du dollar. Or, à en croire les prévisions des grands joueurs du milieu touristique, la métropole québécoise hébergera encore plus de congrès l’an prochain, année du 375e anniversaire de Montréal. Déjà, le calendrier des hôtels montréalais est bien rempli, au moment même où la ville risque d’être envahie de touristes attirés par les festivités de cet anniversaire spécial.

Déjà, depuis les dernières années, le taux de change favorable a donné un sérieux coup de pouce au secteur du tourisme d’affaires. Montréal devient ainsi une destination moins chère pour les congressistes du nord-est du continent, qui font le déplacement en voiture. Si les Américains sont plus nombreux à traverser la frontière, les Canadiens restent plus souvent au pays. « L’autre effet positif du taux de change, plus difficile à calculer, est le passage des Canadiens qui ne vont pas à l’extérieur, précise Eve Paré, présidente-directrice générale de l’Association des hôtels du Grand Montréal. Vous allez voir beaucoup de plaques des gens de l’Ontario, des Maritimes. Ce sont des gens qui restent au pays au lieu de le quitter pour les États-Unis. »

Selon les données de l’association, qui regroupe 81 établissements montréalais de trois étoiles et plus, plusieurs grands hôtels ont affiché complet en septembre cette année. Pour la première semaine d’octobre, le taux d’occupation des chambres au centre-ville est évalué à 91 %, en incluant les dimanches, journée habituellement plus tranquille.

La métropole québécoise s’est d’ailleurs hissée au sommet de plusieurs classements internationaux en matière d’organisation de congrès ces dernières années, précise Yves Lalumière, président-directeur général de Tourisme Montréal. « Il y a un “buzz” sur Montréal, qui devient une ville en émergence en matière de congrès internationaux. »


Une ville attrayante

L’engouement suscité par Montréal pour le tourisme d’affaires provient notamment de sa réputation de ville attrayante, où il est possible de faire la fête. « Les organisateurs doivent divertir les congressistes. Le fait qu’il y a plusieurs événements gratuits à Montréal est donc très bon pour les congrès. Notre message est que c’est aussi une ville conviviale, avec un climat très créatif pour les affaires », indique M. Lalumière.

Montréal devrait d’ailleurs « être pleine » l’an prochain, notamment de congressistes attirés par les festivités du 375e, précise le p.-d.g. de Tourisme Montréal. « C’est un élément d’attractivité important, qui nous a permis de vendre la destination deux ou trois ans à l’avance. Ce qu’on essaie de faire, c’est de garder ces visiteurs à Montréal pour qu’ils étendent leur séjour. »

Tourisme Montréal estime que près de 350 000 touristes d’affaires se déplaceront pour des congrès réservés par l’intermédiaire de leur organisme en 2017, en plus de ceux qui réservent directement auprès d’hôtels.

Plus de chambres pour le 375e

L’année 2017, celle du 375e de Montréal, s’annonce donc bien achalandée pour les hôtels. La ville aura-t-elle la capacité d’accueillir autant de gens d’affaires, en plus des touristes d’agrément, aussi attendus en grand nombre ?

« Montréal a une bonne capacité d’absorption en période de pointe », assure Eve Paré. En temps normal, la saison des congrès du printemps et d’automne est complémentaire à la saison des festivals, l’été. « Il y a un bel enchevêtrement, qui fait en sorte que tout le monde trouve sa place dans le calendrier. »

Lorsque le centre-ville affiche complet, les hôtels des quartiers périphériques, de la banlieue, les résidences étudiantes, ou même les chambres louées sur la plateforme de location Airbnb viennent bonifier l’offre d’hébergement de la métropole. À cette offre s’ajouteront, pour 2017, quatre nouveaux hôtels au centre-ville de Montréal. 730 chambres seront ainsi ajoutées aux 10 250 actuellement proposées. Cette nouvelle offre d’hébergement devrait arriver juste à temps pour les festivités du 375e.

De plus, l’hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth, qui représente à lui seul près du dixième de l’offre de chambres au centre-ville, a suspendu ses activités en juin, afin de se moderniser. Les travaux de 140 millions de dollars sont échelonnés sur un an, de sorte que près de la moitié des 1037 chambres doivent rouvrir en juin 2017. Si tout se passe comme prévu, Montréal disposera alors d’une offre d’hébergement record, juste à temps pour les festivités.

Le vent dans les voiles

Le tourisme d’affaires génère environ le quart des 3,3 milliards de dépenses touristiques annuelles à Montréal. Il s’agit d’un secteur névralgique pour l’industrie, selon Tourisme Montréal. « Un touriste d’affaires dépensera plus d’argent quand il vient ici », explique Yves Lalumière, qui évalue les dépenses de ce dernier à 400 $ par jour, en moyenne.

D’ailleurs, l’augmentation du tourisme d’affaires a eu pour conséquence d’augmenter le prix moyen d’une chambre d’hôtel, qui s’élève maintenant jusqu’à 205 $ en période de pointe, selon l’Association des hôtels du Grand Montréal. « On a eu des années difficiles, on commence enfin à se sortir la tête de l’eau. Les tarifs commencent à ressembler à ceux des autres villes canadiennes, après avoir été historiquement à la traîne, explique sa présidente-directrice générale, Eve Paré. Quand l’achalandage n’est pas là, la tendance est d’essayer d’attirer les clients avec des prix plus alléchants. »

L’industrie hôtelière se réjouit de la hausse prévue pour l’an prochain, mais se demande si l’engouement de 2017 sera durable. La demande après 2017 sera-t-elle assez soutenue pour cette nouvelle offre d’hébergement ? « On veut faire du 375e un tremplin pour les prochaines années », promet Yves Lalumière. Tourisme Montréal a d’ailleurs élaboré une stratégie pour améliorer la collaboration future entre les planificateurs de congrès et les entreprises qui les hébergent. La stratégie, intitulée Montréal, là pour vous (« Montréal Works for You »), vise à « offrir aux partenaires la garantie que le congrès fonctionne et que l’expérience soit maximisée », explique le p.-d.g.

Pour attirer d’encore plus gros événements, toutefois, Tourisme Montréal espère voir l’agrandissement du Palais des congrès, un projet qui pourrait recevoir le feu vert, justement, l’année du 375e de Montréal.

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