Magie lumineuse

Une vue du Jardin japonais
Photo: Claude Lafond Une vue du Jardin japonais

C’est aujourd’hui, au Jardin botanique de Montréal, que débute l’événement Jardins de lumière. Dès le couchant, les Jardins de Chine et japonais brilleront de leurs mille feux, et ce, jusqu’au 31 octobre. De la Cité interdite sur le lac de Rêve à la lueur des tiges de bambou le long des sentiers berceurs du Jardin japonais, deux mondes, deux ambiances. Entre yin et yang.

Côté festif et vif, le Jardin de Chine. Côté zen et intime, le Jardin japonais. Il faut quelques minutes entre les deux mondes pour reprendre ses esprits. La transition s’opère sur le sentier qui relie les deux jardins via une tortille ponctuée de 16 nids d’oiseaux plus grands que nature.

« Avec les travaux de réfection au Jardin de Chine, il a fallu repenser le circuit de visite pour Jardins de lumière, explique Émilie Cadieux, agente culturelle au Jardin botanique. On a voulu bonifier l’événement pour faire d’une adversité une occasion. »

D’où l’ajout de superbes nids d’oiseau le long du sentier qui relie les trois jardins culturels : chinois, japonais et amérindien. Ces oeuvres ont été créées par l’artiste en arts visuels Lyne Beaulieu à partir d’éléments naturels dénichés au Jardin botanique.

Parmi ces réalisations, on retrouve les nids de trois oiseaux qui symbolisent la réunion des trois civilisations : le pygargue royal pour le Jardin des Premières Nations, la chouette de l’Oural pour le Jardin japonais et la grue à tête rouge pour le Jardin de Chine. Nids suspendus, airés dans l’arbre ou au sol, ouvrez les yeux ! Mais ne cherchez ni les oeufs ni les oiseaux, ce n’est pas le but.

La Cité interdite

Si Jardins de lumière fête ses cinq ans, la Magie des lanternes au Jardin de Chine en est à sa 24e édition. Depuis 1993, l’événement a attiré cinq millions de visiteurs.

La fée derrière cette fête de la lumière est la conceptrice artistique My Quynh Duong. Depuis 2001, l’artiste sino-montréalaise, née au Vietnam de parents chinois, dessine toutes les lanternes du Jardin de Chine et coordonne le concept d’éclairage du pavillon du Jardin japonais.

Le thème de cette année : les trois palais de la cour extérieure de la Cité interdite : les pavillons de l’Harmonie suprême, de l’Harmonie parfaite et de l’Harmonie préservée. Construite entre 1406 et 1420, la Cité Interdite fut la résidence de 24 empereurs Ming et Qing, ces fils du ciel qui y trônaient dès l’âge de deux ans.

Pourquoi la Cité interdite ? « Comme le thème de 2016 à Espaces pour la vie est “Voir la nature avec des yeux d’enfant”, on a imaginé l’enfant qui joue avec un cerf-volant, explique Émilie Cadieux. De fil en aiguille est apparu l’enfant-empereur. Comment ces petits garçons vivaient-ils au quotidien dans cette cité fermée ? Tout cela a fini par chatouiller notre curiosité. »

Le visiteur assistera donc aux grands moments de la vie du souverain, depuis son intronisation jusqu’à son mariage. Du tout petit garçon à l’empereur à cheval ou en train d’étudier et à l’impératrice voilée de rouge à son mariage, tout a été imaginé pour rappeler l’époque.

« L’événement a nécessité un an de travail et l’équivalent de trois conteneurs de 40 litres de lanternes, dit My Quynh Duong. Environ 900 lanternes parsèment le Jardin de Chine, des nouvelles selon le thème en cours et d’anciennes que je reprends pour créer d’autres images. »

Ce sont donc quelque 300 nouvelles figures — balustrades, palais, régents, empereurs, impératrices, trônes… — qui ont pris le chemin de Shanghai, où des artisans du village de Suzhou fabriquent et peignent à la main, depuis 1992, leur enveloppe de nylon translucide.

« Par contre, les figures sont gonflées et illuminées à Montréal pour mieux répondre à nos besoins esthétiques et environnementaux, précise My Quynh. Nous utilisons des lumières DEL, car elles sont très écologiques. On consomme ainsi un neuvième de moins d’électricité qu’auparavant. »

Le Pavillon de l’amitié, qui accueille les expositions, rouvrira ses portes pour l’occasion, après une réfection qui a duré plusieurs mois et nécessité la venue d’une dizaine d’artisans chinois spécialisés en tuilerie pour refaire la toiture. Outre une exposition sur la Cité interdite avec bannières, photos, cartes, etc., le visiteur pourra enfiler des habits d’empereur et se prendre en photo.

De bambou et de zénitude

Puis, nous pénétrons dans le Jardin japonais. Ici, la nature, là-bas, les lanternes. On ralentit la cadence. Le décor invite à la contemplation. Une odeur de caramel embaume l’air. Sûrement un arbre katsura, ou arbre au caramel. C’est son feuillage d’automne qui émet cette odeur.

Une projection artistique anime en continu la façade du Pavillon japonais. « L’oeuvre s’inspire du sumi-e », explique Sonia Dandaneau, agente culturelle au Jardin botanique.

« Un rappel à l’encre de Chine des trois jardins qui composent le Jardin japonais : jardin sec, jardin de thé et jardin de promenade autour de l’étang. On voulait un prélude sobre et élégant à la visite nocturne où des montages en bambou ponctuent le chemin d’une lumière voilée. »

S’asseoir et regarder la lumière du jour qui change dans le jardin sec, écouter les mille bruissements musicaux dans la pinède et admirer le merveilleux travail d’imagination de créateurs issus de l’éclairage et de la musique…

Et, pour finir, prendre le thé dans le Soan, face à l’étang. Un merveilleux remède pour faire baisser la tension et repenser ses valeurs…