Le bitume comme terrain de jeu

Une fresque nocturne au festival RU de l’an dernier
Photo: Jean-François Leblanc Une fresque nocturne au festival RU de l’an dernier

Et si les rues étaient un terrain de jeu ? C’est avec cette idée en tête que l’avenue du Mont-Royal convie le public à se réapproprier l’espace urbain dans le cadre de la 21e édition de son court festival artistique, désormais connu sous le nom de RU. Tour d’horizon.

L’avenue du Mont-Royal prend ces jours-ci des allures de musée à ciel ouvert, ou est-ce plutôt celles d’une vaste arène festive ? Fresques colorées, installations éphémères et performances plus grandes que nature, d’un bout à l’autre de la rue, les artistes s’invitent jusqu’aux limites de la fin de semaine parmi les passants pressés.

Pour sa 21e édition, la Nuit blanche sur tableau noir, célébrée tous les ans en août sur le Plateau Mont-Royal depuis la fin des années 1990, fait peau neuve.

Ainsi, alors que la Nuit blanche évoquait un rêve artistique éveillé, la nouvelle mouture s’ancre davantage dans une réalité urbaine et prend les traits d’une réappropriation de l’espace. « Nous voulions inviter le public à jouer dans la rue, lance Sylvie Dugré, directrice d’Odaces Événements, l’organisme responsable de la mise en oeuvre du court festival. On a rarement la chance de le faire, mais cet espace leur appartient aussi. »

Pas question, cependant, de renier l’essence même de l’événement. « RU demeure un happening éclaté, un vaste parcours où s’entremêlent les genres artistiques », souligne-t-elle. Mélange qui sera visible sur plus de deux kilomètres, du bruyant boulevard Saint-Laurent jusqu’à la large rue d’Iberville. Pour l’occasion, l’artère troque toutefois son côté tapageur, réservé aux automobiles, contre l’ouverture aux piétons, véritables rois de la fin de semaine.

D’un bout à l’autre de l’avenue, des stations artistiques et ludiques ont ainsi été aménagées pour le plus grand plaisir des visiteurs curieux. « Quotidiennement, il y a plusieurs milliers de personnes qui transitent par Mont-Royal, précise Sylvie Dugré. Les gens ne s’arrêtent pas nécessairement, ils sont pressés. Ils circulent souvent sans prendre le temps de regarder ce qui se passe autour d’eux. Avec RU, nous voulons offrir un temps d’arrêt, une raison de se poser sans nécessairement avoir besoin de consommer, pour vivre l’espace tout simplement. »

Discussion artistique

Pour y arriver, l’équipe derrière l’événement mise sur la présence des artistes en pleine action pour captiver l’attention des passants, que ces derniers soient des connaisseurs avérés ou des curieux néophytes en quête de nouvelles sensations. Le public verra donc prendre vie les oeuvres annoncées dans la programmation, à des rythmes différents, tout au long du week-end.

Ici, une fresque colorée déployée sur le bitume à l’angle de la rue Saint-Hubert. Plus loin, les mouvements amplifiés d’une troupe de danseurs bigarrés, inspirés des souhaits formulés par les passants, le tout au rythme des performances musicales qui prendront place aux abords de la station de métro Mont-Royal.

Surtout, RU se veut l’occasion d’aller à la rencontre de l’autre, de celui qui crée, qui donne un nouveau sens à l’espace public. Car, plus qu’un simple événement culturel, le festival est une occasion pour les passants d’amorcer un dialogue avec les artistes sur place.

« Nos artistes, peu importe la discipline, sont bien avertis, précise la directrice artistique. Nous voulons que les marcheurs les interrompent, les questionnent, leur parlent. Ce sont les meilleurs médiateurs culturels que nous puissions avoir. »

Sylvie Dugré rêve d’un vaste échange où l’art et la ville seraient au coeur des discussions. « Comme spectateur, nous avons rarement l’occasion de nous entretenir directement avec les artistes, souligne-t-elle. Il y a généralement une distance et, ça, c’est quand on peut les voir ! Et même pour les artistes, c’est une occasion en or d’avoir une rétrospective en direct. »

En plus d’être un lieu de discussion, l’avenue sera aussi, tout au long de la fin de semaine, un espace d’expérimentations et de découvertes, certaines installations permettant au public de carrément s’y immerger.

C’est le cas, entre autres, des Cabinets improbables, sortes de boîtes à mystère qui prendront place sur l’artère commerciale. Déployés à deux pas de la rue Saint-Hubert, ces univers déjantés, imaginés par cinq artistes et collectifs, invitent le public à vivre une expérience décousue en plein coeur du brouhaha urbain.

« RU, c’est exactement ça, une rencontre, une expérience, une occasion pour les gens, tant les visiteurs que les artistes, de vivre quelque chose de différent, en plein coeur de la ville. »

RU, jusqu’au 28 août sur l’avenue du Mont-Royal, du boulevard Saint-Laurent à la rue d’Iberville. Activités et horaires variés.

Nos coups de coeur

Fresques nocturnes. Des univers artistiques éclatés en cours de création à découvrir jusqu’à tard dans la nuit. De 21 h à 1 h le 26 août, site Mont-Royal/Saint-Hubert.

Socalled en spectacle. Ambiance musicale déjantée, performance rocambolesque offerte par l’artiste Josh Dolgin, alias Socalled. 20 h le 26 août, site métro Mont-Royal.

In Museum V.2. La compagnie Marie Chouinard, dont le studio se trouve sur l’avenue, offre une série de performances en plein air rythmées par les bruits de la rue. Préparez vos souhaits, les artistes s’en inspireront pour créer. De 13 h 30 à 15 h le 28 août, site Mont-Royal/Saint-Hubert.
Photo: Jean-François Leblanc Une fresque nocturne au festival RU de l’an dernier