Il était un «Petit Navire» sur le canal de Lachine

Le bouillonnement de l’eau: cinq millions de litres dans le sas.
Photo: Hélène Clément Le bouillonnement de l’eau: cinq millions de litres dans le sas.

Jadis voués à la batellerie commerciale, les 14,5 kilomètres de voie navigable du canal de Lachine, entre le Vieux-Montréal et le lac Saint-Louis, s’ouvrent au tourisme. Une autre façon de voir Montréal. Respectueuse de l’environnement et riche en surprises.

« Enfant, je me souviens du canal de Lachine comme d’un endroit sale qui sentait mauvais », explique Oliver Jones dans une vidéocapsule conçue par Parcs Canada et que l’on peut visionner sur son site Web. Le musicien de jazz, né en 1934 dans le quartier Petite-Bourgogne, y raconte ses souvenirs assis dans une chaise Adirondack rouge, en bordure du canal.

« C’est une nouveauté cette année, ces capsules mettant en vedette des personnalités qui racontent leurs souvenirs d’enfance sur le canal de Lachine », précise Isabelle Savoie, gestionnaire, Voies navigables au Québec à Parcs Canada (PC).

Enfant, je me souviens du canal de Lachine com­me d’un endroit sale qui sentait mauvais

 

« Les chaises rouges aussi, placées également le long des autres canaux historiques et sites du pays gérés par PC. Elles sont placées à des endroits évocateurs, devant des points de vue inspirants. On suggère d’ailleurs à qui s’y installe pour admirer le paysage de partager l’instant avec le mot-clic #SeRapprocher. »

Si, en 1959, le canal de Lachine était considéré comme la première zone industrielle en importance au Canada, l’ouverture de la Voie maritime du Saint-Laurent a vite changé les choses. Ses écluses plus longues, plus larges et plus profondes permettaient à des vaisseaux de tonnage plus important de transiter par le Saint-Laurent, de l’Atlantique jusqu’aux Grands Lacs.

Moins utilisé, avec des infrastructures abîmées nécessitant une rapide revitalisation, le canal de Lachine entre en déclin. Il fermera officiellement à la batellerie commerciale en 1970.

Mais tout ne s’arrête pas là ! Le gouvernement fédéral reconnaît sa valeur historique et son importance dans l’industrialisation et l’urbanisation du Canada. En 1974, après quatre ans de nettoyage et de remodelage territorial, Parcs Canada en devient l’administrateur. En 1996, le site est déclaré Lieu historique national. Et en 2002, il rouvre à la navigation de plaisance.

Depuis, le paysage se transforme et les activités se multiplient. « C’est un point de rencontre incroyable, dit Isabelle Savoie. Plus de 1,2 million de visiteurs fréquentent le canal et 1700 bateaux y sont éclusés annuellement. Et en 2009, la piste cyclable qui borde la voie d’eau a été classée au troisième rang des plus beaux circuits urbains au monde par le magazine Time. »

Croisière zéro pollution

Photo: Hélène Clément Devant le marché Atwater, la péniche «Canal Lounge» où l’on se rend pour le café ou l’apéro.

C’est à bord du Petit Navire II, une embarcation entièrement électrique, sans odeur ni bruit, que nous découvrons les écluses et les activités sur le canal. À une vitesse de croisière de 10 km/h, un règlement pour ne pas créer de vagues et de remous qui risqueraient de soulever les sédiments pollués reposant au fond de la voie d’eau.

« Un héritage industriel », précise le capitaine Sylvain Angers. Et, bien que la ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Catherine McKenna, ait annoncé en mars dernier un investissement de 170 millions de dollars pour la protection des cinq canaux historiques de Parcs Canada au Québec, la partie consacrée au canal de Lachine servira à la réfection de ses murs avant le fourbissage de ses abysses. Donc, pas pour demain la baignade !

L’embarquement a lieu au quai Jacques-Cartier, dans le Vieux-Montréal. Nous prenons place à bord du Petit Navire II, qui accueille un maximum de 28 personnes, propulsé par un moteur alimenté par 800 kilos de piles rechargeables.

Aucun bruit, donc, pour troubler les explications du capitaine, un vétéran de la navigation sur le Saint-Laurent qui, à l’âge de 17 ans, turbinait déjà sur des cargos avant de devenir directeur général du groupe AML. Et aux commandes du Petit Navire depuis 12 ans.

C’est dans une ambiance intime, avec zéro pollution, que nous découvrons le canal. Une promenade de 90 minutes qui nous conduira au marché Atwater après le passage de trois écluses.

On découvre ainsi les portes des écluses, puis le bassin Peel et ses quais où l’on déchargeait la farine, et le changement de vocation des industries, aussi, qui constituaient jadis le paysage. Comme la tour à grenailles de la Stelco où l’on fabriquait des munitions de plomb en laissant tomber des gouttelettes du métal d’une hauteur de 30 mètres, qui arrivaient bien rondes dans un bassin d’eau.

La balade se termine au quai du marché Atwater. Ici, le canal prend l’apparence d’une base de plein air. Aventures H2O propose une série d’activités sur l’eau : kayak, rabaska, bateau électrique, canot, pédalo… Et Ma Bicyclette loue et répare des vélos.

Notre coup de coeur : la nouvelle péniche Canal Lounge, un café-bar amarré au quai du marché Atwater, où l’on propose, entre 17 h et 23 h, cafés, cocktails et vins.