Visite dans l’hétéroclite

Une installation faite d’une douzaine de globes. Terrestres, célestes, mécaniques, miniatures, en ivoire, en laiton… L’effet de surprise est immédiat.
Photo: Bruno Guérin Une installation faite d’une douzaine de globes. Terrestres, célestes, mécaniques, miniatures, en ivoire, en laiton… L’effet de surprise est immédiat.

En hommage à tous les curieux du passé et du présent, l’exposition «Curiosités» exhibe des objets anciens, rares et inusités, sélectionnés par l’artiste Jérôme Fortin, et invite à voir la poésie dans un foisonnement bigarré.

Aux XVIIIe et XIXe  siècles, on entrait au cabinet de curiosités à la recherche de la rareté, de l’étonnement, de l’inconnu. N’y accédait pas qui voulait. Seulement les curieux issus d’une communauté sélecte avaient droit à une invitation.

On y trouvait souvent des livres anciens, des animaux empaillés, des instruments scientifiques, des objets de rites venus d’ailleurs.

C’est l’impression que le Musée Stewart a voulu reproduire dans cette nouvelle exposition construite à partir de sa collection maison.

Photo: Musée Stewart «Hydra», monstre à sept têtes, eau-forte, Pieter Tanjé, Pays-Bas, milieu du XVIIIe siècle.

Si la valeur historique a eu un impact certain dans la sélection des pièces exposées, c’est d’abord le facteur d’étonnement qui a guidé le choix du commissaire invité, l’artiste en arts visuels Jérôme Fortin, à travers les quelque 25 000 objets qui composent les collections. « J’y suis allé selon mon émerveillement, ma curiosité, explique-t-il. Les collections sont d’une grande diversité et j’ai suivi mes coups de coeur. »

Le résultat de sa sélection prend la forme de 17 « chambres » de cabinet, où les objets sont rassemblés en série selon un thème. Ainsi, derrière la première porte, le visiteur découvre une installation faite d’une douzaine de globes. Terrestres, célestes, mécaniques, miniatures, en ivoire, en laiton… L’effet de surprise est immédiat.

Un autre compartiment présente une quarantaine de clés et de cadenas anciens, en fer et en fonte, à la forme et aux détails charmants. Si chaque morceau a quelque chose de spécial, c’est la répétition du motif qui fascine, à la manière d’une imposante tapisserie faite de magnifiques détails, seulement ceux-ci sont de métal.

Le concept de série

« La conception de ce projet est inspirée de ma pratique d’artiste, ajoute Jérôme Fortin. Je travaille beaucoup sur le concept de série dans mes oeuvres. J’aime prendre des objets ordinaires et en faire des objets curieux. Ici, je ne pouvais pas modifier les pièces, qui sont des objets rares et anciens. Mais en les assemblant en séries, en fonction de leur forme, de leur matière ou de leur utilité, on crée la beauté autrement. »

Au fur et à mesure que les portes s’ouvrent, découvrant les trésors de l’exposition, on se familiarise avec des cornets à poudre, des chandeliers en fer forgé, toute une variété de cadrans solaires, des gravures présentant des personnages mythiques et une étrange réunion de personnages inanimés, de tailles et de couleurs diverses. Une vraie foule de « bonshommes » qui invitent le curieux dans l’histoire.

Les artefacts les plus anciens datent de la fin du XVIe siècle et les plus récents, du milieu du XXe. Si les puristes crieront au blasphème devant ces mélanges anachroniques entre les époques, on se plaît à penser, devant ces tableaux fournis, que parfois, le temps passe mais les choses ne changent pas tant que ça.

Un regard d’historien

Pour l’aider à créer la constance dans la multitude, le commissaire a pu compter sur le support de Sylvie Dauphin, conservatrice et chef des collections du musée.

Elle voit Curiosités comme un double hommage. À la fois à la beauté des objets anciens et aux collectionneurs, ces personnes un peu obsédées qui font de leur vie une quête de la rareté.

David M. Stewart, l’homme d’affaires qui a fondé le musée du même nom il y a de cela 60 ans, faisait partie de cette catégorie.

Lorsque le musée a été créé en 1955, le Montréalais d’origine écossaise, épris d’histoire canadienne, avait déjà accumulé des tonnes d’objets de valeur patrimoniale diverse.

« J’ai tenté de me mettre dans la peau d’un curieux de l’époque, tout en apportant le contenu historique qui caractérise notre musée », se rappelle Sylvie Dauphin.

C’est ainsi que le fondateur a été mis en valeur et l’exposition nous informe sur la façon dont ont été acquis nombre d’artefacts. Une façon, d’ailleurs, de célébrer le soixantenaire de l’institution muséale de l’île Sainte-Hélène.

Avec ses portes ouvertes sur d’improbables rencontres, Curiosités est une plongée ludique dans notre histoire.

Curiosités. La collection du Musée Stewart mise en scène par Jérôme Fortin

Jusqu’au 12 mars 2017