L’événement qui donne des ailes

Le papillon Grand Planeur. Sa chrysalide est de couleur jaune.
Photo: Hélène Clément Le papillon Grand Planeur. Sa chrysalide est de couleur jaune.

Pour la 19e édition de Papillons en liberté, les lépidoptères aux multiples formes et couleurs partagent la vedette avec les chenilles. Par contre, si les invités ailés vibrionnent partout dans la grande serre du Jardin botanique de Montréal, les chenilles, elles, se font plus discrètes. Car, pour poursuivre leur métamorphose à l’abri des prédateurs, les coquines se cachent. Souvent sur une branche ou sous une feuille d’une plante hôte dont elles raffolent. À vos loupes !

Des chenilles à la fois étonnantes de beauté et étranges d’allure. Une mascarade allant de la feuille à la brindille, de la mousse au lichen jusqu’à la fiente d’oiseau. Des chenilles vertes, jaunes, bleues, à pois ou à rayures, à épines ou à poils. Mimétisme trompeur pour sauver sa peau.

« Les poils les rendent difficiles à avaler pour leurs prédateurs et permettent d’amortir l’impact en cas de chute, explique la guide Lydia. Certaines émettent une odeur répulsive, d’autres affichent de faux yeux sur le thorax, masquage au faciès d’un petit serpent, comme le porte-queue écarlate, l’une des trois chenilles vedettes. »

Photo: Carole Robitaille La chrysalide du monarque au début de la métamorphose.

En plus des 75 espèces de papillons présentées durant cet événement organisé par l’Insectarium, le visiteur peut observer à différents stades d’évolution une dizaine d’espèces de chenilles qui mueront, et peut-être sous ses yeux, en chrysalides, puis en jolis lépidoptères.

Les jeunes sont invités à se procurer une loupe auprès d’un petit poste qui leur est dédié, au-dessus de la grande serre. Un guide répond aux questions, orne les bras d’un tatouage délébile d’une petite chenille et les enfants poursuivent leur chemin, loupe dans une main et feuille d’information dans l’autre. Commence l’aventure de l’identification de l’espèce.

Par endroits, le scientifique en herbe peut soulever avec délicatesse une feuille afin de dénicher la chenille, qui, par l’effet du mimétisme, donne du fil à retordre à l’inquisiteur.

Photo: André Sarrazin La chenille du monarque africain

Vie de chenille

C’est dans une structure en forme de chenille géante, plantée au centre de la serre, qu’on peut observer les chenilles et mieux saisir les relations intimes qu’elles cultivent avec les plantes hôtes dont elles se nourrissent : bananier, goyavier, passiflore, lime de Tahiti, asclépiade…

Si la larve à l’allure d’un pinceau aux poils colorés du morpho bleu est bien visible, on ne remarque pas celle du papillon chouette, qui ressemble plus à la nervure d’une feuille de bananier qu’à une chenille. Pas surprenant que ses prédateurs passent leur chemin sans la remarquer.

Des présentations, aux heures, permettent de parfaire ses connaissances. La chenille compte 4000 muscles, alors que le corps humain en liste 629 ; elle ne posséderait pas le sens de l’ouïe, verrait à peine et se servirait de ses yeux pour distinguer l’ombre de la lumière.

Photo: Hélène Clément Le papillon Grand Planeur. Sa chrysalide est de couleur jaune.

Elle peut engloutir une quantité phénoménale de feuilles pour accumuler de l’énergie, jusqu’à 27 000 fois son poids, et elle augmente sa masse corporelle de plus de 2700 fois en quelques semaines.

En début de parcours, dans une cage d’émergence en verre, des chrysalides de différentes grosseurs sont installées en rang, prêtes à éclore à tout moment.

On dirait de petits bijoux dorés. Seuls les visiteurs patients — ou les plus chanceux — pourront assister à la naissance d’un papillon.

Quant aux magnifiques papillons, ils vibrionnent dans la lumière du jour au-dessus de nos têtes, se posent sur une épaule, un bras, une main. Pas de panique ! Ils butinent d’une plante nectarifère à l’autre — jacinthes, lantanas, pentas, rhaphiolépis… —, d’un plateau de fruits à l’autre, que les employés du Jardin botanique remplacent régulièrement.

Sur le moment idéal de la visite, les organisateurs conseillent une matinée ensoleillée ou une fin de journée, alors que les papillons se perchent sur les arbres pour se mettre en position de repos pour la nuit.

Peut-être apercevrez-vous, butinant d’un lantana à l’autre, le papillon ailes de verre, l’un des favoris des photographes. Ou le papillon chouette qui vole au crépuscule.

Ici, dans la serre tropicale, en compagnie des papillons, la bonne humeur est au rendez-vous. Et le printemps semble tout près. Il y a dans l’air une légèreté, quelque chose de magique !

Renseignements calendrier.espacepourlavie.ca/papillons-en-liberte.


Quelques chiffres au vol

Papillons présents dans les serres : de 1500 à 2000.

Papillons relâchés quotidiennement dans le public : environ 100.

Papillons relâchés durant tout l’événement : entre 15 000 et 20 000.

Nombre d’espèces présentées : environ 75.

Nombre d’espèces observées lors d’une visite : une cinquantaine.

Température dans les serres : 24 à 29 °C.
1 commentaire
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 4 mars 2016 08 h 45

    Les mécanismes de protection des papillons

    Les chenilles d'un bon nombre d'espèces de papillons se nourrisent de plantes toxiques auxquelles elles sont 'immunisées'. Elles accumulent ces poisons (passées au papillon), ce qui les rend impropres à la consommation. Voilà pourquoi elles affichent des couleurs vives sans craindre d'attirer l'attention des prédateurs.

    D'autres papillons n'ont pas une telle diète. Elles sont donc commestibles et seraient donc des proies faciles si elles n'avaient pas eu la bonne idée, par mimétisme, de ressembler à leurs consoeurs toxiques.