Skier sur le toit de la Gaspésie

Au deuxième jour de la TDLG, on débouche subitement sur un autre univers. Un océan de sommets dénudés, enneigés, qui se rejoignent par des crêtes. Une vue à 360 degrés sur quelques-uns des 25 sommets de plus de 1000 mètres du parc de la Gaspésie.
Photo: Isha Bottin Au deuxième jour de la TDLG, on débouche subitement sur un autre univers. Un océan de sommets dénudés, enneigés, qui se rejoignent par des crêtes. Une vue à 360 degrés sur quelques-uns des 25 sommets de plus de 1000 mètres du parc de la Gaspésie.

Yves Tessier croyait mourir cette année. Le cardiologue mordu de plein air, qui a déjà skié seul durant deux semaines dans le Grand Nord québécois et qui a accompagné des expéditions au K2, dans l’Himalaya, est atteint d’un cancer du poumon. La semaine dernière, son cancer lui a donné un répit. Yves Tessier a pris ses skis et s’est empressé de se joindre à la 14e Traversée de la Gaspésie (TDLG), à laquelle il participe depuis le tout début.

« Au début, on faisait des folies », raconte-t-il. Avec Claudine Roy, l’actuelle présidente de la TDLG, il est de ceux qui ont traversé le Québec, de Gaspé à Hull, soit quelque 2000 kilomètres en 35 jours. Après son séjour près de Pingualuit, dans le Grand Nord, les Inuits lui avaient dit qu’il faisait ce que leurs ancêtres avaient fait, bravant les intempéries, seul, en autonomie.

Aujourd’hui, le médecin a un regard plus pondéré sur le sport extrême. « Il est plus difficile de ne pas aller au sommet que d’y aller », dit-il.

La TDLG, qui propose aux skieurs et aux raquetteurs une aventure d’une semaine au coeur des terres gaspésiennes, est beaucoup plus qu’une épreuve physique. « C’est une aventure au coeur de l’humain », dit Claudine Roy.

Au fil du temps, d’ailleurs, les distances se sont « démocratisées ». La traversée de cette année compte des trajets de ski qui tournent autour de 30 kilomètres par jour, mais on peut aussi choisir d’en faire moins.

Car ce qu’on veut d’abord et avant tout, c’est faire apprécier les paysages fabuleux de la côte gaspésienne et des Chic-Chocs, ces « Rocheuses québécoises » comme les appelle Claudine Roy. Si le kilométrage est trop élevé, les gens ne prendront pas le temps de regarder, explique-t-elle.

Et il y a tant à voir.

Une brochette d’artistes

Au deuxième jour de la TDLG, après une montée de quelques kilomètres dans un sentier qu’on grimpe à la file indienne en raquettes, on débouche subitement sur un autre univers. Un océan de sommets dénudés, enneigés, qui se rejoignent par des crêtes. Une vue à 360 degrés sur quelques-uns des 25 sommets de plus de 1000 mètres du parc de la Gaspésie.

Au loin, le majestueux mont Albert avec ses plateaux, infréquentable aujourd’hui parce que trop glacé, est entouré de lambeaux de brume. Nous sommes 80 personnes ce matin à savourer ce paysage lunaire, ce secret bien gardé du Québec profond.

Sous la gouverne de Claudine Roy, la Traversée de la Gaspésie attire chaque année une brochette de personnalités artistiques. Isabel Richer en est la porte-parole ; les comédiens Sophie Faucher, Emmanuel Bilodeau et Guillaume Lemay-Thivierge l’accompagnent cette année. Le bédéiste Michel Rabagliati, auteur de la série des Paul, aborde les Chic-Chocs pour la première fois, en raquettes, « à pas de bébé », dit-il.

« J’avais fait le tour de la Gaspésie, j’avais aussi fait la côte en vélo, mais je n’étais jamais entré à l’intérieur des terres », dit-il.

Pour les Gaspésiens, c’est l’occasion de faire connaître leur pays l’hiver, durant la période creuse du tourisme.

C’est l’une des raisons pour lesquelles Denis Henry, le maire de Carleton, attend les skieurs aux endroits stratégiques avec un groupe de motoneigistes pour leur servir un bouillon de poulet ou remplir leur gourde d’eau. Ils sont une cinquantaine de bénévoles à soutenir ainsi la TDLG, à veiller à ce que des skieurs ou raquetteurs à bout de souffle puissent rentrer en motoneige. Ils s’occupent de remplacer un bâton de ski cassé, de servir un verre à la fin des parcours ou même de chanter, histoire de soutenir le moral.

La relation avec soi-même

Claudine Roy, elle-même née à Pointe-à-la-Frégate, sur la côte gaspésienne, aime tellement la Gaspésie et la ville de Gaspé, où elle vit maintenant, qu’elle y a attiré deux médecins permanents au fil des ans : son conjoint, qui est urgentologue, mais aussi l’anesthésiste Thierry Pétry, « Ti-Pet » pour les intimes. Après avoir parcouru le pôle Sud avec Bernard Voyer, l’homme s’est installé à Gaspé et s’occupe avec elle de la TDLG.

Depuis quelques années, les participants (ils étaient quelque 225 cette semaine) entament le séjour au Gîte du Mont-Albert puisque les villages gaspésiens n’ont pas toujours les infrastructures pour accueillir d’un seul coup leur population croissante.

La clientèle hivernale du parc est d’ailleurs en hausse, explique Pascal Lévesque, directeur du parc de la Gaspésie : « Il y a une augmentation de la présence dans le parc grâce au ski de haute route. » C’est une forme qui s’apparente au ski alpin mais se pratique dans la neige folle et sans remonte-pentes.

Quant aux randonneurs qui utilisent les refuges du parc, ils vieillissent, et la relève se fait attendre. À la TDLG, cette année, les participants étaient âgés de 16 à 76 ans, avec une moyenne à 52 ans.

Yves Tessier, 75 ans, fait monter la moyenne d’âge. Mais le cancer n’y a rien changé. Il vit depuis toujours sa vie comme s’il allait mourir demain, comme s’il voyait ce qu’il voit pour la dernière fois. Hier n’existe pas, demain non plus. Le plein air participe à la relation avec soi-même, dit-il, parce qu’il fait prendre conscience de ses orteils, de ses genoux, de ses bras. La nature, à force d’être regardée, devient une oeuvre d’art. L’instant présent devient une éternité.

1 commentaire
  • Gérald Tapp - Abonné 27 février 2016 13 h 50

    Nommer le mont

    L'"océan de sommets dénudés", c'est le Mont Vallières-de-Saint-Réal, helloooo...