Des efforts pour réussir une meilleure intégration

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le Camp Papillon est spécialisé dans l'accueil des jeunes avec un handicap depuis 1938.
Photo: Source Camp papillon Le Camp Papillon est spécialisé dans l'accueil des jeunes avec un handicap depuis 1938.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Tir à l’arc, kayak, parcours acrobatique, feux de camp en soirée ; le Camp Mariste, à Rawdon, propose une gamme d’activités traditionnelle à ses campeurs, logés dans des chalets. Chaque semaine, environ cinq à huit jeunes avec des besoins particuliers sur une capacité totale de 200 campeurs sont intégrés aux groupes. Ce sont souvent des enfants autistes ou trisomiques. Ils ont un accompagnateur fourni par l’organisme de services de répit Emergo.

« L’accompagnateur intervient en cas de besoin, mais les jeunes sont autonomes et complètement intégrés au groupe », explique Julien Verville, conseiller ventes, marketing et communications au Camp Mariste.

Comme ancien moniteur, il est bien placé pour savoir à quel point cette intégration donne lieu à de beaux moments.

« Les jeunes avec des besoins particuliers et les autres jouent ensemble, s’aident, font du canot, s’arrosent ; on voit vraiment des liens se créer, dit-il. C’est facile pour ces enfants différents des autres de se sentir rejetés, mais ce n’est vraiment pas ce qui se passe au camp. C’est encourageant pour eux. C’est toute la dynamique des groupes qui est influencée par ces jeunes. Il y a une magie qui se crée. C’est juste du positif. »

« Les jeunes avec des besoins particuliers doivent avoir, eux aussi, des choix d’activités le fun et formatives pour passer les vacances, renchérit Chloé Melançon-Beauséjour, coordonnatrice aux communications et marketing à l’Association des camps du Québec (ACQ). Puis, l’intégration des jeunes avec des besoins particuliers est aussi importante pour les autres jeunes. Cela leur permet d’être en contact avec des gens différents d’eux, de s’ouvrir davantage aux autres. C’est enrichissant. »

Le partenariat entre Emergo et le Camp Mariste est en place depuis 15 ans, mais auparavant, l’établissement de Lanaudière accueillait aussi des enfants avec des besoins particuliers.

« La plupart des camps font des efforts depuis longtemps pour intégrer des enfants avec des besoins particuliers, mais plusieurs étaient tout de même très peu outillés pour le faire », indique Chloé Melançon-Beauséjour.

Une trousse

Alors que les camps se retrouvaient face à de plus en plus de demandes de parents, l’ACQ a lancé l’an dernier une trousse accessible gratuitement en ligne pour accompagner le personnel des camps en matière d’intégration des jeunes.

« Les écoles ont fait de nombreux efforts pour intégrer les enfants avec des besoins particuliers et ce qu’on fait dans les camps maintenant s’inscrit en continuité, explique Mme Melançon-Beauséjour. Par contre, dans les camps, il n’y a généralement pas de professionnels comme dans les écoles, je pense par exemple à des orthopédagogues et à des psychologues. Certains camps se sentaient incapables de faire face à ces demandes d’intégration d’enfants avec des besoins particuliers. »

L’aspect légal

Les camps ont toutefois l’obligation, en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne, de faire des efforts pour tenter d’intégrer des jeunes avec des besoins particuliers. L’objectif est de faire cesser une situation de discrimination fondée sur un handicap.

Une section de la trousse porte sur les questions légales. On y explique notamment ce qui est considéré comme un handicap, ce que sont un accommodement raisonnable et une contrainte excessive.

« L’objectif est d’aider les gestionnaires de camps à comprendre les étapes à suivre lors d’une démarche d’accommodement en travaillant en collaboration avec les parents, explique Chloé Melançon-Beauséjour. Le camp doit évaluer chaque situation selon sa réalité et sa capacité à accommoder l’enfant. Parfois, ce n’est pas possible, mais il y a tout de même un travail à faire pour arriver à une décision justifiée. »

Plusieurs conditions, troubles et déficiences

La trousse souhaite aussi donner un coup de main au personnel d’animation sur le terrain. Elle comprend une trentaine de fiches descriptives de troubles, conditions et déficiences allant des allergies graves au diabète en passant par la déficience intellectuelle, la sclérose en plaques, la déficience visuelle et la dyslexie. Les fiches énumèrent des types de comportements à reconnaître chez les enfants et donnent des trucs pour mieux les intégrer.

Par exemple, pour un enfant avec un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDA/H), on suggère entre autres de lui donner un rôle précis, une mission active dans laquelle il pourra se montrer très performant.

« On ajoutera d’autres fiches de troubles et de déficiences et on les mettra à jour également au besoin, précise Chloé Melançon-Beauséjour. Par exemple si un membre nous fait part d’un truc qui a bien marché, on pourra l’ajouter à la fiche. »

Pour réaliser ces outils, l’ACQ a travaillé avec plusieurs organismes et fondations actives auprès des différentes clientèles afin de recueillir l’information la plus juste possible.

Prix d’excellence

L’ACQ a gagné un prix excellence de l’Association québécoise du loisir municipal l’automne dernier pour sa trousse.

« Ce prix a donné de la visibilité à notre trousse auprès des municipalités où les petits camps de jour ont souvent particulièrement besoin de soutien, se réjouit Chloé Melançon-Beauséjour. Des camps ont commencé à l’utiliser, mais elle n’est pas encore assez connue. On travaille en ce moment à mieux faire connaître notre trousse dans les camps. »

L’ACQ a obtenu du financement du ministère de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche pour réaliser ce projet.

Pour consulter la trousse : http://camps.qc.ca/fr/gestionnaires-de-camps/vers-une-integration-reussie

Enfants autistes, anxieux, hyperactifs : eux aussi veulent aller en colonie de vacances. Et ils le peuvent. Les efforts d’intégration se multiplient.