Apprivoiser l’hiver, entre le canot et le chocolat chaud

Avant d’être une performance sportive, le déplacement en canot à glace a longtemps été utilitaire pour circuler sur le fleuve en hiver.
Photo: yan doublet archives le devoir Avant d’être une performance sportive, le déplacement en canot à glace a longtemps été utilitaire pour circuler sur le fleuve en hiver.

S’adapter à l’hiver représente un défi qui touche pratiquement toutes les dimensions de la vie quotidienne : vêtement, habitation, production alimentaire, transport… Cette adaptation marque notre identité, notre histoire et notre patrimoine. Et si, au lieu de fuir vers le Sud, nous apprivoisions réellement notre nordicité ? Le Carnaval de Québec propose une panoplie d’activités pour nous réconcilier avec la froidure.

D’abord lié au calendrier religieux et au Mardi gras, le carnaval, cette vieille institution européenne, a pris ici une signification supplémentaire, faisant figure de trêve dans notre « lutte » contre l’hiver. Le temps de quelques glissades, de quelques parades (et, peut-être, de quelques rasades de « caribou »), nous nous réconcilions avec le froid.

À Québec, le premier véritable carnaval d’hiver a lieu en 1894, quelques semaines seulement après l’inauguration du Château Frontenac. Déjà sont présents des éléments qui deviendront emblématiques de cette grande manifestation festive : sculptures de neige et de glace, parade de chars allégoriques, bals, repas, palais de glace et activités sportives, dont les courses en canot à glace sur le fleuve Saint-Laurent.

Avant d’être une performance sportive, le déplacement en canot à glace a longtemps été utilitaire. S’inspirant des pratiques amérindiennes, les communautés insulaires ont vite adopté ce solide canot pour circuler sur le fleuve durant l’hiver. Un équipage de quelques canotiers manoeuvrait entre les glaces afin de convoyer des personnes, des marchandises et du courrier : il s’agissait du seul moyen de communication entre les côtes et les îles.

Dans les années 1860, plus de 200 canotiers assuraient ce service entre Québec et Lévis. Et même si les bateaux à vapeur ont fini par faire disparaître cette pratique, elle a perduré jusqu’aux années 1950 à certains endroits ! À la faveur de la renaissance du Carnaval d’hiver de Québec, en 1955, la course de canot à glace entre Québec et Lévis est devenue une épreuve officielle.

En 2014, cette pratique a été officiellement désignée en tant qu’élément du patrimoine immatériel du Québec, signe de son imbrication dans la culture d’ici. Des milliers de personnes se massent sur la terrasse Dufferin et aux abords du fleuve pour assister à cette intrépide compétition. Cette année, c’est le dimanche 7 février que sera éprouvée l’agilité des équipes.

En rassemblant et en mettant à l’avant-scène ces activités enracinées depuis longtemps dans la culture québécoise, le Carnaval, qui célèbre cette année sa 62e édition, remplit une fonction identitaire importante. Une forme de folklore à la sauce actuelle.

Nos « quelques arpents de neige », n’en déplaise à Voltaire, ont aussi leurs agréments. Et le chocolat chaud n’est jamais aussi savoureux qu’après une séance de plein air, à 20 degrés au-dessous de zéro, que ce soit en ski, en raquette, en patin… ou en canot à glace !