Skier haut et fort à Orford

Si le vent qui souffle en ses sommets est de nature à faire frissonner et à décoiffer, c’est aussi le cas des panoramas qui s’y dévoilent.
Photo: Gary Lawrence Si le vent qui souffle en ses sommets est de nature à faire frissonner et à décoiffer, c’est aussi le cas des panoramas qui s’y dévoilent.
Notre journaliste reprend la route cet hiver avec sa tribu pour découvrir des stations de ski où il fait bon dévaler les pentes en famille. Une série qui nous fera glisser jusqu’au printemps.


Il fallait avoir la foi, samedi dernier, pour aller skier dans les Cantons-de-l’Est : à Montréal, il pleuviotait ; dans le sud du Québec, les oracles météorologiques prédisaient de la flotte tôt ou tard en journée.

Au mont Orford, il fallait aussi se pointer le bout de la spatule peu après potron-minet : dès 9 h, les bagnoles se bousculaient au portillon des stationnements, et les skieurs s’agglutinaient par dizaines au pied des trois remontées ouvertes sur les huit disponibles. C’est qu’il fallait faire vite pour dévaler les pentes avant qu’elles ne se transforment en rivières de giboulée latente.

Il faut dire que le quatrième sommet skiable du Québec par sa hauteur se situe dans l’arrière-cour de Magog, ainsi qu’à 20 minutes de Sherbrooke et de ses 200 000 âmes, d’où la prolifération de skieurs occupant de très tôt matin cette vénérable station.

Quant aux Montréalais qui ne fréquentent pas Sutton ou qui n’ont pas de chalet à Owl’s Head, ils ont trop souvent le réflexe de s’arrêter à Bromont, 30 minutes plus tôt aux abords de l’autoroute 10. Pourtant, cette petite demi-heure additionnelle change totalement la donne.

D’abord, quand on se tient à sa base, l’impressionnant massif skiable du mont Orford en jette avec son sommet à 850 mètres, son honorable dénivelé de près de 600 mètres et ses 62 pistes. C’est presque l’équivalent de l’auguste mont Sainte-Anne, qui culmine à 803 mètres et dispose de 71 pistes sur 625 mètres de dénivelé, près de Québec.

Ensuite, si le vent qui souffle en ses sommets est de nature à faire frissonner et à décoiffer, c’est aussi le cas des panoramas qui s’y dévoilent. La palme de joliesse revient à la « 4 km », une piste familiale et panoramique qui zigzague doucement en dévoilant des points de vue éblouissants sur le lac Memphrémagog, qui serpente dans toute sa superbejusqu’au mont Owl’s Head, lequel trône au loin comme un volcan éteint strié de coulées de lave blanche.

Pour ceux qui trouvent ce tracé familial trop pépère, de chouettes sous-bois doublement diamantés s’agrippent à la « 4 km », comme la Petit Canyon, la Porc-Épic, la Chevreuil et la Passe de l’Ours, autant de bonnes raisons de faire un piqué tout en beauté vers la base de la montagne.

Mais la Grande Coulée, qui s’enroule derrière le plus haut sommet, se déverse plus en douceur jusqu’au degré zéro du massif montagneux, où convergent la plupart des pistes et d’où part la remontée hybride, avec télécabines et télésièges six-places, tous débrayables.

Si certaines pistes du domaine skiable d’Orford semblent avoir été dessinées par des ingénieurs autoroutiers en mal de tracés rectilignes, d’autres s’insinuent en courbes à travers de jolis couverts forestiers, ponctués de remparts naturels rocheux auxquels s’accrochent de belles grosses grappes de stalactites de glace. Une glace qu’on retrouve aussi sous forme de patinoire sur certaines pistes, comme la Trois-Ruisseaux, dont le cours gelé se fait carrément casse-gueule pour qui n’est pas pourvu de carres bien affûtées.

Mais les petiots et les néophytes, dans tout ça ? Les premiers peuvent être confiés aux bons soins de la garderie s’ils sont âgés de deux à huit ans, en intégrant éventuellement une leçon de ski ; les seconds ont droit à deux pistes-écoles avec trois tapis roulants, mais aussi à 34 % de pistes de niveau facile réparties sur trois sommets et quatre versants.

À droite, le mont Alfred-Desrochers est strié de pistes étroites, sinueuses, naturellement enneigées et au relief légèrement accidenté, juste assez pour mettre un peu de piquant dans les rotules.

Au centre, le mont Orford dépasse de plusieurs têtes ses voisins et nous fait passer en un tournemain de la piste verte à la double noire — attention, les couleurs des pistes sont ici parfois trompeuses, les bleues étant souvent dignes d’être noires selon la classification d’autres stations de ski du Québec.

À gauche, enfin, le mont Giroux forme un véritable Janus : sur sa face nord, des pistes faciles, classiques et propices aux leçons de ski se déroulent jusqu’à la base ; sur sa face est, des sous-bois épatants et époustouflants — quand ils sont enneigés, s’entend — donnent du fil à retordre aux skieurs, de la Lloyd-Langlois à la Nicolas-Fontaine, des pistes serties de doubles diamants.

Enfin, nul besoin d’être expertpour s’offrir le doux velours côtelé des pistes fraîchement damées le dimanche matin : il suffit de se procurer un billet « Premières traces » qui donne accès aux remontées dès 7 h jusqu’à l’ouverture officielle de la station, à 8 h 30. Une autre bonne raison d’avoir la foi et… de se lever tôt.

En vrac

S’y rendre. De Montréal (une heure du pont Champlain) ou de Sherbrooke (20 minutes), prendre l’autoroute 10 jusqu’à la sortie 115, puis suivre les indications. orford.com

 

Fiche technique. Sommet : 850 m, dénivelé : 589 m. Pistes : 62 (21 vertes, 16 bleues, 8noires, 17 doubles noires, dont au total 17 sous-bois ; 21ouvertes le 9 janvier). Remontées : 8 (3 tapis roulants, 1 télésiège double, 1 triple, 1 quadruple, 1 hybride avec gondoles 8-places et sièges 6-places). 1 parc à neige, 1 chalet, 1 garderie.

 

Sans skis. Ski de fond, raquette, randonnée pédestre et ski Vel — pour personnes à mobilité réduite — au parc national du Mont-Orford ; Spa Villegia, Centre d’arts, restos et pubs à Orford ; Spa Nordic Station, boutiques, restos, bars, pubs et cinéma à Magog.

 

Autres renseignements :

tourisme-memphremagog.com, cantonsdelest.com, maneige.com