L’Université Laval montre la voie

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
L’Université Laval est devenue la première université carboneutre au Québec.
Photo: Source Université Laval L’Université Laval est devenue la première université carboneutre au Québec.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ne pas attendre, l’urgence, c’est maintenant ! Et dans ce sens, l’Université Laval (UL) montre la voie en devenant, sans contraintes et sans loi pour l’y obliger, la première université carboneutre au Québec. Et pour y arriver, beaucoup, beaucoup de bonne volonté et le soutien de toute une communauté universitaire. C’est le cadeau de Noël que l’UL nous offre à tous.

« L’idée de départ, c’est de considérer la planète comme un ensemble de petites facettes regroupées sur une boule. Si on est en mesure de développer un processus pour atteindre la carboneutralité sur une de ces petites facettes — comme le campus de l’UL, dont la superficie s’étend sur deux kilomètres carrés —, est-ce qu’on ne pourrait pas à partir de là contaminer la planète en entier avec notre carboneutralité ? » lance Éric Bauce, vice-recteur principal et au développement, qui est convaincu que « l’UL, c’est un banc d’essai. Toutes les étapes de ce processus et toutes les innovations ont été testées sur le campus pour ensuite être exportées dans la société. On forme les décideurs de demain et, chaque année, 8000 à 10 000 étudiants s’en vont dans la société ; ce sont eux les meilleurs ambassadeurs de la carboneutralité ». On comprend ainsi comment les actions concertées de la communauté universitaire ont pu mener à une réduction de 27 % des émissions de gaz à effet de serre, les fameux GES.

Il faut remonter à 2006, à l’époque où est mise en place la philosophie de développement durable de l’UL, pour comprendre comment tout ça a commencé. Dans un premier temps, l’essentiel pour l’UL a été de susciter l’engagement de sa communauté : « Nous avons mis en place des structures de concertation qui ont fait jaillir un ensemble d’idées », rappelle Éric Bauce. Le vice-recteur ajoute que, dans la seconde étape, on s’est fixé comme but d’atteindre deux objectifs : « Le premier consiste à réduire les émissions de GES et le deuxième propose d’augmenter la captation de ces mêmes GES. »

La réduction

À l’UL, on a dû travailler très fort pour réduire les émissions de GES de 27 %, et c’est grâce à un ensemble d’approches qu’on y est parvenu. On s’est d’abord employé à changer les comportements des gens ; des gestes aussi simples que d’éteindre les lumières et les ordinateurs en quittant une pièce permettent des économies importantes. On a aussi pensé à la récupération d’énergie : « L’Université possède un gigantesque ordinateur qui a 15 000 processeurs, on l’appelle Colosse. Cet ordinateur émet beaucoup de chaleur. On récupère cette chaleur et on la réutilise pour le chauffage. » On a aussi repensé tous les systèmes de chauffage et de refroidissement : « On parle de remplacement de chaudières électriques, de programmes d’efficacité énergétique pancampus et de géothermie », explique le vice-recteur.

Le plus important, c’est que l’UL a réussi ce tour de force alors que l’Université est en croissance et qu’on y construit de nouveaux bâtiments. Éric Bauce donne comme exemple le nouvel édifice qui héberge la faculté de médecine : « On a doublé l’espace, mais on utilise exactement la même quantité d’énergie qu’avant. »

Le plus bel exemple, quand il est question de construction écoresponsable, est le stade Telus-Université Laval, un édifice tout en bois avec un système de géothermie et une ventilation naturelle grâce à des fenêtres ouvrantes : « Les normes du bâtiment doivent être adaptées pour réussir une construction en bois de cette dimension. Il faut une bonne chimie entre les architectes et les entrepreneurs. Depuis, on a à l’UL une chaire en construction écoresponsable. »

 

La captation

L’UL possédait depuis des années la forêt Montmorency située à 60 km au nord de Québec. Cette forêt expérimentale s’étendait sur une superficie de 60 km2. « On a décidé, et ça a été un long processus, d’agrandir cette forêt de façon tout à fait considérable à 412 km2. Ce qui fait qu’aujourd’hui on a la plus grande forêt universitaire expérimentale au monde. » Mais ce n’est pas parce qu’on acquiert une forêt qu’on emprisonne nécessairement plus de carbone ! Il faut aussi la transformer en puits de carbone efficace afin que sa capacité de captation soit plus importante que sa production. « Là où on va chercher du carbone, c’est en faisant des aménagements forestiers supplémentaires par rapport à ce qu’on fait normalement dans une forêt. »

Habituellement, on exploite une forêt pour sa matière ligneuse et pour la récréation. « On adapte nos techniques pour séquestrer plus de carbone. Au lieu de faire des coupes totales, on va faire du jardinage avec des coupes progressives qui vont accroître la capacité de croissance de la forêt. On va la cultiver et l’éduquer du point de vue du carbone pour qu’elle nous stocke plus de carbone », explique Éric Bauce. En plantant dans des endroits où il n’y a pas d’arbres, par exemple sur d’anciens chemins, on va ainsi augmenter le capital carbone par rapport à un aménagement standard. « On suit à long terme, par des modèles, l’évolution de ce carbone pour pouvoir le comptabiliser année après année. On sait que notre forêt va capter annuellement 13 000 tonnes supplémentaires en carbone. »

 

Avantageux, tout ça ?

Oui. Dans un contexte où le nombre d’étudiants augmente, où le campus s’agrandit et où l’on est confronté à un désinvestissement universitaire, il fallait que ce long processus soit réalisé à coût nul. « Parce qu’on veut démontrer qu’atteindre la carboneutralité, ce n’est pas une dépense, c’est un investissement, et pas seulement pour l’avenir, mais pour le présent aussi. » L’Université a donc mis sur pied des programmes d’efficacité énergétique avec des retours sur investissement de trois à quatre ans. Ces programmes génèrent des économies, celles-ci sont réutilisées en partie vers d’autres améliorations qui visent la carboneutralité, mais aussi vers des initiatives sociales. « Si c’est possible de faire ça ici, c’est que ça doit l’être un peu partout sur la planète. »

Selon Éric Bauce, pour l’instant, l’important, c’est de se fixer des objectifs de moyens plutôt que des objectifs de faits. C’est ce qu’on a fait à l’UL en s’appuyant sur une communauté et sur l’innovation. Dans un avenir rapproché, l’Université veut maintenir sa carboneutralité tout en se développant, « et pourquoi devenir carbonégatif ? Ça ne changera peut-être pas le monde, mais si on multiplie cette vision, peut-être qu’on va l’atteindre, ce fameux objectif de ne pas dépasser les deux degrés de réchauffement ».