Les artisans du bâtiment en quête de reconnaissance

Réginald Harvey Collaboration spéciale
Toute l’équipe de Pascal Perron s’affaire à la restauration du clocher du CHUM.
Photo: Jonathan St-Germain Toute l’équipe de Pascal Perron s’affaire à la restauration du clocher du CHUM.

Ce texte fait partie du cahier spécial Métiers d'art

Les artisans des métiers d’art liés à l’architecture et au bâtiment étaient en quête d’une reconnaissance professionnelle depuis le début des années 1990 ; ils ont maintenant intégré en grand nombre les rangs d’un réseau professionnel. Ces gens s’appliquent notamment à protéger et à valoriser le jeune et riche patrimoine bâti du Québec. L’un de ceux-ci, Pascal Perron, s’emploie présentement à la tâche colossale de restaurer le clocher du nouveau CHUM.

France Girard, ébéniste et chargée de projet pour les métiers d’art liés à l’architecture et au bâtiment auprès du Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ), s’est vu confier le mandat de réaliser ce regroupement d’artisans dont la liste officielle se déroule comme suit : charpentier traditionnel, menuisier d’art, sculpteur (bois, métal, pierre, plâtre), ébéniste, couvreur traditionnel, ornemaniste, mosaïste, doreur, peintre-décorateur, maçon traditionnel, plâtrier traditionnel, ferronnier d’art, métallier d’art, tailleur de pierre, artiste verrier et vitrailliste.

Elle dégage leur caractère distinctif : « Ce sont des gens des métiers d’art qui produisent souvent des objets et qui vont aussi, au fil des années, se spécialiser davantage sur le plan architectural du point de vue de la création ou de la restauration. » Après quoi, elle fait état du processus suivi, depuis 2011, pour les joindre et les doter d’un statut : « On m’a embauchée pour trouver les gens qui se livrent à ce type de pratiques et surtout pour les faire reconnaître en adaptant les normes et standards des métiers d’art. » Ils sont aujourd’hui environ 150 à être devenus membres du CMAQ et à profiter de cette reconnaissance : « Leur production est donc évaluée selon les quatre critères de la loi régissant ces métiers. »

L’apprentissage sur le tas

Pascal Perron fait partie de la confrérie des artisans dont les compétences sont aujourd’hui officiellement reconnues ; l’entreprise de ce couvreur ferblantier traditionnel ou artisan multiplie les interventions sur des bâtiments publics ou privés sous la raison sociale « Perron et fils, la force de l’art », depuis 1986. Il dirige actuellement les travaux de réfection du clocher du CHUM et de sa structure (église Saint-Sauveur).

À l’origine, l’entreprise était de nature familiale, mais il en dirige seul les activités de nos jours. Monsieur Perron, comment apprend-on un métier tel que le vôtre ? « C’est là le gros problème qu’on a. Le seul endroit où il est possible d’obtenir une formation adéquate, c’est auprès des Compagnons couvreurs du devoir, en Europe, lesquels existent depuis des centaines et des centaines d’années. Là-bas, une formation s’étend sur six ans, alors qu’ici on montre quelque peu en quoi consiste le métier durant un bloc de quelques heures ; personnellement, j’ai appris mon métier par moi-même. »

Dans la foulée, il assure que les artisans détenteurs d’un statut professionnel sont présentement en mesure d’intervenir avec plus de souplesse et d’efficacité sur le patrimoine bâti, même si des zones grises demeurent en fonction des règles qui régissent le secteur de la construction.

Il en veut pour exemple les travaux qu’il dirige en ce moment au centre-ville : « On m’a appelé à peu près à la même date l’an dernier pour savoir si j’étais capable de faire un clocher d’église hors chantier… J’ai répondu : “Oui, il n’y a pas de problème, car c’est ma spécialité.” En raison des exigences sur le plan des cartes de compétence et de diverses contraintes bureaucratiques, j’ai développé depuis des années une technique de travail qui me sert à fabriquer toutes les pièces ornementales, dont un clocher d’église, en usine. »

Une fois reconnu comme artisan professionnel, Pascal Perron fait valoir quelles sont maintenant ses prérogatives d’intervention sur le patrimoine bâti, malgré les irritants qui persistent : « En me présentant comme tel, je peux chapeauter, à ce stade-ci du projet de clocher, les gars qui sont là sur le chantier et qui détiennent des cartes de compétence de la construction ; je leur donne les directives pour installer tout ce qui a été préparé en usine et sur ce qu’ils doivent faire ; je suis en quelque sorte le chef d’orchestre qui dirige tout le monde. » Il en va de même pour l’ébéniste et pour la vitrailliste auxquels il a eu recours dans le cadre du même contrat de restauration de l’église.

La nécessité de formation des jeunes

Entrepreneur et artisan, M. Perron se montre confiant dans un avenir qui repose entre les mains d’une relève prometteuse : « C’est un projet, celui du CHUM, qui me donne l’occasion de montrer qu’on a au Québec un patrimoine extraordinaire à restaurer et qu’on a aussi pour le faire des jeunes qu’on ne connaît pas et qui ont un talent exceptionnel. »

Il salue leur travail : « Je suis âgé de 46 ans et le ferblantier avec lequel je travaille depuis plus de 20 ans a 53 ans : le développement et la conception du clocher ont été réalisés par nous deux, mais tout le pliage et tout l’assemblage des divers éléments ont été le fruit du travail de deux jeunes qui sont âgés de 25 ans. »

Il compte dans son entourage un artisan ébéniste d’expérience, et tous poursuivent le même but : « Lui aussi veut former la relève. Notre objectif en est un de formation de celle-ci et c’est pourquoi on a une jeune équipe ; la seule façon, à l’heure actuelle, de pouvoir s’assurer d’une telle relève au Québec, c’est de la former nous-mêmes ; on en est conscients et c’est ce qu’on essaie de faire. »