Une divine grand-messe épicurienne

Boudin maison au foie gras, cerises de terre confites, oignons cipolins rôtis, purée de carottes blanches, sauce périgourdine. Création du resto 47e Parallèle.
Photo: Martin Otis Boudin maison au foie gras, cerises de terre confites, oignons cipolins rôtis, purée de carottes blanches, sauce périgourdine. Création du resto 47e Parallèle.
Pour la troisième fois, les quais s’animent au son joyeux de verres qui s’entrechoquent. Bordeaux fête le vin à Québec est de retour à l’Espace 400e jusqu’au 30 août. L’événement, qui a lieu en alternance avec Bordeaux, offre une occasion rêvée de plonger dans l’univers du vin bordelais et de la gastronomie à la française. La programmation de cette année est particulièrement alléchante. De quoi faire vibrer l’ADN latin des Québécois !


Le jus de la vigne faisait partie de l’univers culturel de nos ancêtres. Après quelques essais vinicoles difficiles, les gens de la Nouvelle-France se sont tournés vers l’importation. Du rouge, du blanc, des liquoreux… Notre « carte des vins » locale était même plus fournie que celle des villes de même taille en France.

Mais, bien sûr, tous ces vins n’étaient pas d’égale qualité ni accessibles à toutes les bourses. Or les vins provenant de Bordeaux et des environs représentaient quelque 90 % de tous les vins disponibles à Québec entre 1700 et 1760 !

La Conquête britannique a introduit un goût prononcé pour l’ale, le porter et le gin auprès des habitants du Québec, qui ont progressivement délaissé le vin… pratiquement jusqu’aux années 1970.

Mais le goût pour cette boisson demeurait assez élitiste. Comment faire connaître et apprécier le vin au plus grand nombre, alors que les salons vinicoles étaient surtout fréquentés par les initiés et les professionnels de l’industrie ?

Une formule gagnante

Bordeaux fête le vin est un événement oenotouristique grand public bien établi sur les rives de la Garonne et reconnu à travers toute l’Europe. C’est que la formule est gagnante. Muni d’un passeport de dégustation, le visiteur peut aborder l’univers du vin en toute simplicité et essayer un grand nombre de crus auxquels il est habituellement difficile d’accéder.

En 2012, à l’occasion du 50e anniversaire du jumelage Bordeaux-Québec, les maires de Paris Alain Juppé et de Québec Régis Labeaume ont eu l’idée de transposer cette manifestation vinicole ici, sur les quais de la Vieille-Capitale.

Le sommelier Philippe Lapeyrie est porte-parole de l’événement depuis ses débuts. Il souligne à quel point la réponse du public l’a surpris dès la première édition.

Face à la popularité des « vins du Nouveau Monde » (Australie, Californie, Chili, etc.), qui jouissaient d’une aura d’accessibilité, le défi de faire connaître les vins de la région aquitaine semblait énorme.

Et pourtant, le Tout-Québec est tombé sous le charme bordelais, à tel point que Bordeaux fête le vin sera désormais organisé en alternance : années impaires ici, années paires en France.

Verse, verse !

Cette année, 70 négociants et vignerons ont fait le voyage jusqu’à Québec afin de présenter au public des centaines de vins (des plus accessibles jusqu’aux grands crus), regroupés sous les tentes Bordeaux, Côtes de Bordeaux, Médoc et Graves, Saint-Emilion-Pomerol-Fronsac, Sweet, Blancs secs et rosés.

La dégustation s’assortit d’un fort volet d’éducation. L’École du vin Tanguay propose quatre ateliers de dégustation en rotation jusqu’à dimanche après-midi. Le Casino du vin, ainsi que les conférences « Bordeaux 2.0 » et « Bordeaux à table », sont offerts tous les jours sur le site. Les classes de maître « Saint-Émilion Grands Crus Classés » et « Crus Classés de Graves » sont aussi disponibles sur réservation ($).

Enfin, la Grande dégustation de dimanche, à 16h, gratuite et ouverte à tous, viendra clore l’édition 2015.

Les bonnes tables

Cette année, Bordeaux fête le vin à Québec a voulu mettre l’accent sur le goût pour les bonnes tables — après tout, le repas gastronomique français est inscrit sur la Liste du patrimoine culturel de l’UNESCO ! — en accordant les vins bordelais aux meilleures saveurs québécoises.

De retour cette année, la Plaza gourmande avec sa quarantaine de producteurs régionaux permettra de se régaler sur le pouce. Lors de l’atelier Les chefs !, présenté vendredi et samedi à 18h, des participants de la populaire émission élaboreront une recette à partir d’un bordeaux, que les gens pourront ensuite goûter.

Le Pavillon des épicuriens, une nouveauté, accueille des événements gastronomiques orchestrés par le restaurant 47e Parallèle. Huit repas thématiques (dont Les cochonnailles, Les fruits de mer, La cuisine boréale et Les beaux dimanches de la rue Saint-Joseph) font découvrir les créations des meilleurs chefs de Québec.

Enfin, les vendredi et samedi à 20h, le chef étoilé bordelais Christophe Girardot et le chef québécois Joseph Sarrazin convient les dégustateurs raffinés à savourer un repas gastronomique quatre services avec accord de cinq vins de la maison Baron Philippe De Rothschild.

Un avenir prometteur

Comme le rappelle Philippe Lapeyrie, le travail des chroniqueurs en vin a permis à bon nombre de Québécois de développer leurs connaissances.

Ils vont davantage vers la qualité en buvant moins, mais mieux ; choisissent les bouteilles en tenant compte des régions, des cépages ; effectuent des voyages « découverte des vignobles » plutôt que d’aller dans le Sud ; achètent des vins millésimés pour souligner la naissance d’un enfant…

Quant aux vins de Bordeaux, ils représentent désormais 35 % des vins français vendus à la SAQ.