Le peuple du Soleil

Une maquette d’un marché public de l’ère aztèque, devant une fresque du même thème, présentée dans le cadre l’exposition «Les Aztèques, peuple du Soleil».
Photo: Caroline Bergeron Pointe-à-Callière Une maquette d’un marché public de l’ère aztèque, devant une fresque du même thème, présentée dans le cadre l’exposition «Les Aztèques, peuple du Soleil».

Ils savaient lire et écrire et jugeaient l’école obligatoire pour tous, pratiquaient la médecine et connaissaient l’astronomie. Bien avant l’arrivée des Espagnols, les Aztèques avaient conçu un système de canaux et d’agriculture qui leur permettait de naviguer sur le lac Texcoco, ce « milieu marécageux à la fois ingrat et fertile » tout en y cultivant de quoi manger.

Cinq cents après la disparition de leur civilisation aux mains des Espagnols, les Aztèques sont les grands invités du musée Pointe-à-Callière de Montréal, qui leur a dédié sa grande exposition de l’été, Les Aztèques, peuple du soleil.

Dès l’entrée dans la Maison-des-Marins du musée de la rue de la Commune, on est initié à la fois à l’extrême poésie de la culture aztèque mais aussi à son intransigeance. Les Aztèques avaient par exemple l’habitude de procéder à un sacrifice humain par jour pour satisfaire le dieu du Soleil, qui se nourrissait, croyaient-ils, du sang de ces châtiés.

Envergure

L’exposition est majestueuse. Ces oeuvres ont été prêtées par 16 musées différents, mais la majorité provient du Templo Mayor, ce musée de Mexico érigé sur le site même du centre cérémoniel construit jadis par les Aztèques.

On y trouve entre autres des fac-similés des codex aztèques, qui décrivent l’histoire et la vie quotidienne de cette civilisation disparue.

L’un d’eux témoigne d’ailleurs de la longue épopée des Aztèques à partir de la ville d’Aztlan, d’où ils sont partis, jusqu’à celle de Mexico-Tenochtitlan, devenue Mexico, qu’ils ont fondée 200 ans plus tard.

Un codex indique comment un garçon de quatre ans apprend à chercher de l’eau, alors qu’une petite fille de six ans apprend à filer.

À l’adolescence, les jeunes désobéissants sont sévèrement punis, on peut les forcer à balayer les rues la nuit ou à coucher sur un sol mouillé.

 

L’exposition permet aussi de décoder quelques-unes des glyphes utilisés par les Aztèques dans leurs codex. Les traces de pas indiquent que le peuple a voyagé longtemps, une languette s’échappant d’une bouche indique que des paroles ont été échangées.

La visite est aussi fascinante par la beauté des pièces qu’elle permet de contempler.

 

Dans l’une des salles, Mictlantecuhtli, le dieu de la Mort et seigneur de l’inframonde, affiche un sourire grimaçant alors que son foie, organe qui renferme l’esprit selon les Aztèques, pend de sa cage thoracique. Dans cette civilisation, le foie accueille les émotions, le coeur, quant à lui, abrite la conscience.

C’est cet organe qu’il fallait à tout prix offrir chaque jour au Soleil en exécutant des humains, pour qu’il poursuive sa course le lendemain.

Autre pièce maîtresse de l’exposition : une statue qui représente un guerrier aux ailes d’oiseau. Alors qu’on a longtemps pensé que ce personnage représentait un guerrier aigle, les chercheurs croient aujourd’hui qu’il représente le dieu Soleil lui-même, souvent associé à l’aigle ascendant et descendant, « qui se déplace dans le ciel en apportant vie et chaleur », lit-on dans le catalogue qui accompagne l’exposition.

Cycles

Parlons enfin du fameux calendrier aztèque et de ses particularités. Les Aztèques suivaient en fait deux calendriers, l’un divinatoire et l’autre annuel. Tous les 52 ans, les deux calendriers se rencontrent, ce qui fait qu’un cycle aztèque est de 52 ans plutôt qu’un siècle. Fait à noter, l’arrivée des Espagnols à Mexico, en 1519, correspondait justement à la fin d’un siècle aztèque, ce qui explique peut-être, en partie, pourquoi les Aztèques, impressionnés par ces guerriers qu’ils prenaient pour des dieux, ont succombé. Aussi, les Aztèques considéraient vivre sous le cinquième soleil. Selon eux, les quatre premiers soleils ont régné sur des âges détruits par des cataclysmes. Le premier âge, celui du Jaguar, est détruit par Tezcatlipoca, dieu de la Guerre. Dans le second, celui du Vent, Quetzalcoatl envoie des ouragans sur terre pour exterminer des singes malhonnêtes et immoraux. Le troisième âge, celui de la Pluie, voit le monde brûlé par la pluie de feu de Tlaloc. Le quatrième âge, celui de l’Eau, voit un déluge anéantir la planète et transformer les humains en poissons. Le cinquième âge, le nôtre, serait celui du Mouvement, selon les Aztèques, qui croient qu’il sera anéanti par les tremblements de terre…

À l’apogée de la civilisation aztèque, la ville de Mexico-Tenochtitlan comptait quelque 200 000 habitants vivant sur 15 kilomètres carrés. Et la mégalopole est aujourd’hui construite sur ce qui était autrefois, étonnamment, un lac.

Les Aztèques, grands impérialistes, recrutaient des esclaves parmi ceux qui ne pouvaient pas payer leur dette ou leurs tributs. L’exposition relate en effet comment le gouvernement exigeait la remise de milliers de couvertures, de centaines de charges de cacao ou de dizaines de peaux de jaguar à ses citoyens. C’était avant d’être à leur tour conquis par d’autres.

200 000
personnes habitaient la ville de Mexico-Tenochtitlan à l’apogée de la civilisation aztèque.

Les Aztèques, peuple du Soleil

À Pointe-à-Callière, jusqu’au 25 octobre