La robe qui habille l'histoire

Look Chanel. Styliste: Quentin Delcourt. 
Photo: Hamza Mejri Look Chanel. Styliste: Quentin Delcourt. 
Toge romaine, tunique soufie, tenue de mariée, de deuil ou de nuit, la robe traverse la mode et le temps. Le photographe Hamza Mejri en a fait le thème d’une exposition de photos à laquelle ont participé de nombreux designers d’ici.
 

C’est le vêtement dans sa plus simple expression. Une seule pièce de tissu qui peut habiller tout le corps. À travers les âges, la robe a été portée par les hommes, les femmes, les enfants et les personnes âgées, pour sortir ou pour dormir. Passionné de mode et de photographie, Hamza Mejri en a bâti une exposition photographique.

The Dress est présentée aujourd’hui, vendredi, de 17h à 19 h à l’Hôtel Alt de Griffintown à Montréal. Elle sera ensuite à l’affiche d’une galerie de Westmount, le Salon de peintures.

C’est l’exposition La petite veste noire de Karl Lagerfeld qui a inspiré Hamza Mejri. Lagerfeld avait fait porter le tailleur noir de Chanel à une brochette de grands noms de la mode et du spectacle, de Yoko Ono à Claudia Schiffer, et en a fait un livre et une exposition de photos.

La robe, pour Mejri, a ce côté indémodable. Il a puisé dans les univers africain, chinois, japonais, berbère et pakistanais pour habiller ses modèles, souvent avec des créations québécoises. Les robes sont traditionnelles, modernes ou futuristes. Les photos sont toutes en noir et blanc, chacune avec son histoire. La pièce pakistanaise est portée par un modèle hindou, la pièce chinoise par une danseuse chinoise.

« C’est la robe soufie qui a été la plus difficile à trouver. Le soufisme est une pratique qui tend à disparaître », dit l’artiste. Cette tunique brodée est portée par le percussionniste Kattam Tam, qui s’inspire du chant soufi, mais aussi de la danse du désert. Plusieurs bijoux ont été créés par Julie Bessette, qui fabrique toutes ses pièces à la main à Montréal. « J’ai dessiné les bijoux berbères et elle les a confectionnés », raconte Mejri, qui est originaire de la Tunisie. La créatrice pose d’ailleurs sur l’une des photos, un bijou de fourrure au cou.

Les créateurs québécois représentés dans cette exposition sont souvent des designers émergents qui en sont encore à leur première ou leur deuxième collection. La designer Zaïda Melo porte elle-même la robe qui illustre le thème du vent, par exemple. La designer Evelyne Faye, de White Label, pose dans sa propre robe illustrant le tango.

Hamza Mejri vit à Montréal depuis cinq ans et suit une formation de designer en même temps qu’il pratique la photographie de mode. Il lui arrive d’arborer la robe tunisienne traditionnelle jeba à l’occasion de la fête de l’eid. Dans de nombreuses civilisations, la robe est en effet portée par les hommes comme les femmes.

Et à Montréal, presque un siècle après que Chanel eut adapté le tailleur masculin à la taille féminine, l’allure androgyne est choisie par de plus en plus d’hommes, en particulier dans le milieu de la mode.

Sur les photos de Hamza Mejri, les hommes portent des robes autant traditionnelles que modernes. Le designer Luca Garlardo, de l’entreprise Diodati, se drape lui-même d’une robe noire de sa confection. Celles photographiées par Mejri mettent aussi en scène des couples, hétérosexuels et gais.

Mejri est aussi l’instigateur du réseau artmtl.com, qui veut rassembler des créateurs d’ici. Le groupe prévoit organiser un festival de la mode pour hommes dans la métropole.

« Il n’y a plus de Semaine de la mode ici depuis l’an dernier », déplore-t-il. Cet événement a en effet été remplacé pour un festival de la mode et du design.

Car il n’est pas facile d’être un designer de mode émergent à Montréal. « La concurrence est importante, en particulier celle en provenance d’Europe. »

Au Québec, peu de subventions gouvernementales soutiennent les jeunes designers, et les points de vente sont limités. Pour la plupart d’entre eux, le marché se limite aux frontières québécoises. « À part Rudsak, qui a commencé à faire des affaires à Londres », précise Mejri.

Ici, ça reste difficile pour les jeunes designers de trouver leur place.