100Lux comme dans 100 watts

La pièce de Forêt noire, une chorégraphie d’Axelle Munezero et Martine Bruneau. Les danseurs, de gauche à droite : Valérie Chartier, Martine Bruneau, Marie-Reine Kabasha, Saxon Fraser et Jean-Benoit Labrecque.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir La pièce de Forêt noire, une chorégraphie d’Axelle Munezero et Martine Bruneau. Les danseurs, de gauche à droite : Valérie Chartier, Martine Bruneau, Marie-Reine Kabasha, Saxon Fraser et Jean-Benoit Labrecque.
Comment repousser les frontières des battles, ces fameux combats de danse urbaine où toutes les prouesses s’affichent ? La réponse : 100Lux. La soirée enfile de courtes chorégraphies approfondissant un thème, une forme, une technique.​
 

Organisé depuis 2012, 100Lux sort cette année de l’ombre de sa fervente communauté pour monter sur la scène de la Cinquième salle de la Place des Arts, les 13 et 14 décembre.

Une nouvelle visibilité dont se réjouissent ses instigatrices, Axelle Munezero et Martine « Cherry » Bruneau, réunies dans le duo Forêt noire, car elle s’inscrit en ligne droite avec l’objectif de frayer dans les cercles de la danse contemporaine professionnelle.

Depuis ses débuts, le rendez-vous des b-boys et b-girls veut repousser les limites de cet art en pleine effervescence. On cherche à s’éloigner de la forme stricte des battles, où deux danseurs s’exécutent en mode libre et tentent de se surpasser l’un l’autre. Il s’agit plutôt ici de proposer un travail chorégraphique plus approfondi.

« Il y a un apport de freestyle dans 100Lux, mais on est plus dans une recherche du mouvement. On veut que les gens se mettent en danger, sortent de leur zone de confort et explorent un aspect de leur danse en particulier », explique Martine « Cherry » Bruneau. Le concept a tellement séduit la communauté que les « beaux projets » se sont accumulés jusqu’à déployer l’événement sur deux soirées plutôt qu’une.

Certains artistes ont choisi de développer la théâtralité de leur danse, plus ou moins présente habituellement dans les danses de rue.

D’autres se concentrent sur le mouvement au sol ou s’inspirent de certains styles typiques du break pour les amener ailleurs. On y verra donc émerger ici et là du popping, waacking, krump, locking, formes que Forêt noire veut répandre car c’est surtout le bboying, forme la plus connue du break, que les chorégraphes contemporains citent dans leurs oeuvres.

Depuis que les toutes premières générations de danseurs comme Victor Quijada (Rubberbandance Group), puis Ismaël Mouaraki (Destins croisés) ont quitté la communauté du hip-hop pour se hisser sur les scènes professionnelles, ils ne sont pas vraiment revenus dynamiser leur base, regrette Martine Bruneau.

« C’est pourtant ça [ce jeu d’émulation] qui nourrit les plus jeunes générations, dit-elle. Alors on a l’impression que la danse hip-hop reste trop prise dans ses fondations. » Celle qui travaillait comme designer graphique avant de se lancer tout entière dans la danse en 2010 souhaite que 100Lux serve de lieu d’émulation et d’échanges artistiques. Sa comparse Axelle Munezero, étudiante au baccalauréat en danse de l’UQAM, l’aide à faire le pont avec la scène professionnelle.

En tout, 12 chorégraphies s’étaleront sur deux soirées. On y retrouvera entre autres Alexandra « Spicey » Lande, pionnière qui enseigne le hip-hop depuis dix ans et qui a mis sur pied le festival de hip-hop Bust A Move, devenu une référence à l’échelle du pays.

Elle présente le quintette féminin Complexe R — autre nom du cerveau reptilien, responsable de nos fonctions les plus vitales de l’organisme (la respiration, l’équilibre, les battements cardiaques), en quête d’une plus grande théâtralité.

Forêt noire y livrera pour sa part Phase 1, une exploration plus abstraite et formelle des géométries possibles du waacking — style surtout basé sur la sensualité des mouvements circulaires.

Prium propose Myocarditis, pièce de groupe qui aborde le thème de l’amour à travers ses trois piliers Agapé, Philia et Éros, et exploite autrement les qualités du popping. Gregory « Krypto » Selinger récite de la poésie en dansant. Son solo When The Clock Strikes Me travaille la coexistence du mouvement et de la parole. Chorégraphe contemporain, Saxon Fraser a réuni des danseurs alliant des styles différents qu’il unifie avec le haka, danse chantée rituelle de Nouvelle-Zélande.

Que reste-t-il des fameux battles ? « La liberté d’expression et le vibe, l’émotion rattachée au hip-hop, défoulante et énergisante », résume Martine Bruneau a.k.a. Cherry.

100Lux. Artistes variés. Les 13 et 14 décembre à la Cinquième salle de la Place des Arts de Montréal.