Un Village dans la ville

Loin du tumulte de la grande Sainte-Catherine, il existe des détours plus tranquilles dans le Village comme la rue Sainte-Rose, véritable morceau de campagne au coeur de la ville.
Photo: Évelyne Deshaies pour Isabelle Quentin éditeur Loin du tumulte de la grande Sainte-Catherine, il existe des détours plus tranquilles dans le Village comme la rue Sainte-Rose, véritable morceau de campagne au coeur de la ville.

Ces jours-ci, le ciel est rose dans le Village. Les passants flânent tranquillement sur la grande Sainte-Catherine en zigzaguant entre les trottoirs sans même regarder d’un côté ou de l’autre. Au-delà de l’importante artère, des rires se font entendre derrière les arbres qui ornent les cours arrière. Outre les restaurants à la mode et la vie nocturne trépidante, c’est tout un pan de ce quartier qui se donne en cadeau aux regards attentifs.

 

Offerte depuis 2013, la collection ludique « Marcher Montréal avec un artiste » invite à la (re)découverte des secteurs emblématiques de la métropole. Après avoir fouillé le Plateau Mont-Royal et la ville souterraine, l’équipe de la maison d’édition Sgräff récidive dans le Village et les faubourgs avoisinants. Pour l’occasion, ils ont approché une de ses icônes, Mado Lamotte, qu’interprète Luc Provost depuis une vingtaine d’années.

 

C’est donc à travers ses yeux et au rythme de ses coups de coeur qu’on arpente les rues de ce secteur montréalais, un peu comme une incursion dans le quotidien de la célèbre diva. De ses cafés préférés, qu’on ne croiserait sans doute jamais par hasard, aux meilleurs clubs pour aller danser, les arrêts sont multiples.

 

Et si, sans surprise, on foule le bitume des grandes artères, ce sont les détours qui donnent aux itinéraires leur plus-value. Pas à pas, les deux balades d’une durée d’environ une heure chacune invitent les curieux à sortir des sentiers battus. « L’idée est de montrer aux gens que le Village ne se résume pas à Sainte-Catherine et Ontario », lance Luc Provost, qui fréquente le quartier depuis plus de 20 ans.

 

Des petits secrets

 

Ces incartades citadines mettent en lumière des petits secrets du Village. Des murales éparpillées aux vestiges architecturaux de l’ancien Faubourg à m’lasse, en passant par les tronçons plus tranquilles comme la rue Sainte-Rose, véritable morceau de campagne urbaine.

 

Conçu pour les touristes, vu sa vocation de guide, l’ouvrage, bilingue, offre tout de même aux Montréalais une occasion de redécouvrir leur cité via ses capsules anecdotiques et ses clins d’oeil historiques. Et pour l’interprète de Mado, ça se veut avant tout une invitation pour les « locaux » à jouer aux étrangers dans leur ville. « Quand on vit quelque part, on ne lève plus la tête, on manque ce qui se passe autour de nous, déplore-t-il. On le fait partout ailleurs, pourquoi pas chez nous ? »

 

Un quartier en mutation

 

Si le Village a longtemps été l’épicentre de la communauté homosexuelle québécoise, sa faune locale a beaucoup changé. Aujourd’hui, ce sont autant des couples gais que de jeunes familles qui y élisent domicile. « Le quartier attire les gens, précise Luc Provost. Par son emplacement, mais aussi parce qu’on y trouve un esprit communautaire rappelant les villages du Québec. »

 

C’est cette idée de présenter enfin son quartier comme un lieu « habité et habitable » qui a séduit l’artiste. Les touristes se limitant souvent à la piétonnière Sainte-Catherine, les allées avoisinantes, plus résidentielles, n’ont rien perdu de leur côté intime, chaleureux.

 

« Le Village s’est transformé, ajoute-t-il. Il ne ressemble en rien à ce que j’ai connu lorsque j’ai mis les pieds ici la première fois, à la fin des années 80. » Pour le meilleur ou pour le pire ? « Surtout le meilleur. C’était un endroit pour sortir… Aujourd’hui, c’est un espace de vie. »