Le Québec comme ça nous chante

Une vue de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire au Musée McCord.
Photo: Musée McCord Marilyn Aitken Une vue de l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire au Musée McCord.

Avec sa flamboyante expérience sensorielle, l’exposition Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire, qui démarre aujourd’hui au Musée McCord, raconte l’histoire récente du Québec par ses chansons. Ou, plutôt, laisse les chansons nous raconter l’histoire.

Dans un cube transparent se déploie le brouillon de Gens du pays sur lequel Gilles Vigneault a posé sa plume et couché son inspiration. Il y a des ratures, des hésitations dans l’écriture et des lettres tracées serré au détour d’un manque d’espace. Avec l’audioguide, on démarre ladite chanson. Frisson et émotion.

 

Nos yeux glissent sur l’ébauche de l’hymne officieux du Québec, alors que nos oreilles savourent l’oeuvre finie, polie, travaillée et peaufinée, qu’on a tous adaptée au moins une fois pour l’anniversaire d’un proche.

 

Devant chaque autre premier jet exposé, l’effet est presque aussi saisissant, que ce soit le carnet où Dédé Fortin a mis sur papier son testament poétique La comète, ou le carnet de Biz et la feuille froissée de Batlam, côte à côte, qui reconstituent les origines de la dégaine verbale de la pièce Les géants de Loco Locass.

 

On redécouvre aussitôt le poids de chaque mot, le poids d’un propos propre à son époque. « Quand on se met à écouter les textes des chansons, on se rend compte que toute notre histoire y est racontée », dit Sylvie Durand, directrice des programmes au Musée McCord.

 

« Depuis les années 1960, la chanson a été le miroir de la société. En fait, plus qu’un miroir, parce qu’il y avait vraiment une réflexion dans les deux sens », approuve la légendaire auteure et metteure en scène Mouffe, consultante pour l’exposition.

 

Une ligne du temps

 

Selon celle qui a vécu 50 ans d’effervescence culturelle, enchevêtrer les contextes politiques et sociaux avec la musique qui les a traversés allait de soi. Une ligne du temps s’étale en fin de parcours et met en parallèle les grands bouleversements, avec des extraits de spectacles qui ont cristallisé la période : de l’Osstidcho, en 1968, à Arcade Fire sur la place des Festivals en 2011, en passant par Offenbach à l’oratoire Saint-Jospeh, en 1972. Mais, avant tout, l’exposition laisse la voix des paroliers et auteurs-compositeurs exprimer leurs préoccupations, d’une Révolution tranquille où ils annonçaient le début d’un temps nouveau à un début de millénaire où ils prophétisent le destin du dernier humain de la Terre. À l’image métissée de Montréal, on traverse la scène francophone, anglophone et autochtone.

 

Avec un audioguide, certaines formules demeurent éprouvées et efficaces, quoique sans surprise, comme celle d’entendre l’oeuvre des musiciens devant leurs costumes de scène. N’empêche, on ne boude pas notre plaisir à la vue des accoutrements excentriques de Raôul Dugay, Mes Aieux, Voivod, Pierre Lapointe ou Patrick Watson.

 

Mais l’approche étonne à d’autres endroits, comme dans l’installation sur l’affirmation des Premières Nations. Devant la projection du film The Ballad of Crowfoot réalisé par l’artiste micmac Willie Dunn en 1968, on peut conserver la trame sonore originale, mais aussi mettre Tshinanu de Kashtin ou La paix des braves de Samian et Loco Locass. À tout coup, tout se tient et l’effet est coup-de-poing.

 

Un autre heureux mariage entre le son et la scénographie : devant une enfilade de guitares accrochées, la voix de leur propriétaire nous susurre dans le creux de l’oreille en quoi cet objet leur est précieux.

 

Qu’on aime ou pas le style de Daniel Bélanger, Daniel Boucher ou Jim Corcoran, leurs confidences et anecdotes font que, pendant un instant, leur instrument se découpe et se détache du lot, aussi modeste soit-il au premier coup d’oeil.

 

Si le Musée McCord n’a parfois qu’à s’asseoir sur sa vaste et riche collection pour réaliser une belle exposition, cette fois-ci il s’est cassé la tête pour dénicher des pièces rares à l’extérieur de ses murs.

 

L’interprétation de Mon pays par Monique Leyrac, filmée par la télévision polonaise lors du Festival international de la chanson de Sopot, en 1965, figure parmi ses belles trouvailles.

 

« Ce sont des images qu’on n’a jamais vues, ou presque, au Québec », note avec enthousiasme Sébastien Desrosiers, historien de l’art et recherchiste pour le Musée du rock’n’roll du Québec, aussi consultant pour l’exposition. « Enfin, on peut voir cette prestation assez émouvante de Monique Leyrac et on comprend pourquoi elle a gagné. »

 

Une portée universelle

 

À la toute fin, d’ailleurs, un espace déconnecté du temps et de l’espace rappelle la portée universelle et intemporelle de certaines chansons d’ici. À l’inauguration de l’expo, Mouffe se montrait pessimiste sur le rôle accordé aujourd’hui à la musique. « C’est devenu plus un fond sonore qu’un phare », s’est-elle désolée en entrevue.

 

On ose se réapproprier son expression : le Musée McCord se sert d’un fond sonore pour dresser un phare, l’instant d’un été du moins.

 


Musique – Le Québec de Charlebois à Arcade Fire, au Musée McCord de Montréal, jusqu’au 13 octobre 2014.

2 commentaires
  • Claude Trudel - Abonné 30 mai 2014 16 h 50

    Appréciation


    Exposition passionnante!

  • Marthe Pouliot Duval - Inscrit 30 mai 2014 17 h 54

    Belle initiative...

    Un seul regret, que le Musée de la Civilisation à Québec n'ait pas eu cet heureuse idée.