Conversations en mouvement

Les Promenades de Jane sont nées à Toronto en 2007, un an après le décès de la militante américaine Jane Jacobs, à qui ces marches doivent leur nom.
Photo: Centre d’écologie urbaine de Montréal Les Promenades de Jane sont nées à Toronto en 2007, un an après le décès de la militante américaine Jane Jacobs, à qui ces marches doivent leur nom.

Et si l’implication citoyenne commençait en marchant ? Un peu comme une invitation à s’approprier la ville, les Promenades de Jane prendront d’assaut les rues de Montréal cette fin de semaine, pour une sixième année. Jusqu’à dimanche, les citadins sont conviés à une série de parcours éparpillés aux quatre coins de l’île. Animées par des résidants de tous les quartiers, ces balades urbaines sont une manière originale de découvrir les trésors cachés qu’abritent les faubourgs montréalais.

Nées à Toronto en 2007, un an après le décès de la militante américaine Jane Jacobs, à qui ces marches doivent leur nom, les Promenades de Jane se veulent une occasion pour les citoyens de se rapprocher de leur milieu de vie et peut-être de le voir sous un autre angle. « À la base, le but était de commémorer l’héritage de Mme Jacobs, de montrer sa façon de voir la ville », explique le coordonnateur de l’événement montréalais, Tristan Bougie.

 

Depuis, l’idée a fait des petits et on retrouve aujourd’hui des centaines de balades un peu partout autour du globe. La métropole québécoise ne fait pas exception et, avec la Ville Reine, il s’agit d’une des municipalités qui en offrent le plus grand nombre.

 

« C’est exceptionnel, ce qu’on voit ici, avance Julie Rocheleau, directrice générale du Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM), qui encadre l’événement. Juste depuis l’an dernier, le nombre de marches a doublé. » Cette année, 103 citadins emboîteront le pas à des groupes d’une vingtaine de personnes et déambuleront dans les différents arrondissements tout au long du week-end.

 

En poste depuis un an et demi, Julie Rocheleau croit que les Promenades de Jane sont un bon moyen pour les « locaux » de jouer aux touristes dans leur ville. « C’est fascinant de voir qu’en voyage, on prend le temps de marcher et qu’on ne le fait presque jamais chez nous, lance-t-elle. C’est l’occasion de découvrir des trésors. Et qui mieux que les citoyens peut nous les montrer ? »

 

Pascal Jean et Gabrielle Lamontagne font partie de ces passionnés qui ont répondu, en mars, à l’appel lancé par le centre. « Ça faisait déjà quelques années que j’entendais parler des Promenades, mais l’occasion ne s’était jamais présentée », explique le détenteur d’une maîtrise en environnement.

 

Construite autour des initiatives citoyennes en agriculture urbaine dans Rosemont, Villeray et le Plateau, la balade de deux heures qu’ils animeront ensemble dimanche permettra de découvrir une série de projets qui s’inscrivent dans un désir de rendre la cité plus verte.

 

Amoureux de la ville

 

Déjà impliqué dans son quartier de résidence, Pascal Jean a voulu donner une vitrine aux acteurs du milieu. L’idée est de présenter différents projets — spontanés, autogérés, développés en cogestion avec la ville, etc. — et de laisser la parole à ceux qui les ont mis sur pied.

 

« C’est une belle façon de combattre le cynisme, lance en riant cet amoureux de la vie urbaine. Les promenades ont un potentiel rassembleur impressionnant, c’est l’occasion de se mobiliser, de faire de l’éducation populaire. Peut-être même que ça donnera des idées à d’autres qui les implanteront par la suite dans leur quartier. »

 

Le quartier au coeur de l’avenir

 

Inspirées des idées et des idéaux de Jane Jacobs, les Promenades se veulent encore un véhicule de cette manière d’aborder la ville, de la façonner à l’échelle humaine. « Elle n’avait pas de formation professionnelle en planification urbaine, précise Tristan Bougie. Mais c’était une militante qui, dans les années 60, était à contre-courant et qui voulait que l’on voie les quartiers comme des milieux de vie. »

 

Les différentes balades proposées s’articulent donc aussi autour de problématiques ancrées dans des portions d’arrondissements. Embourgeoisement dans Hochelaga-Maisonneuve, verdissement dans Villeray et itinérance dans Ville-Marie sont des thèmes qui seront déclinés aux détours des rues de la ville.

 

« La plupart des marches ont un aspect historique, précise Tristan Bougie. Mais nous incitons les organisateurs à intégrer des enjeux actuels à leur discours. »

 

Le coordonnateur se garde cependant d’intervenir directement dans l’élaboration des marches. « Nous ne sommes pas là pour dire aux gens quoi faire », insiste celui qui est aussi conseiller en aménagement au CEUM.

 

Plus que des visites guidées, les Promenades de Jane sont des « conversations en mouvement », des lieux d’échange entre les animateurs et les participants.

 

Pour Pascal Jean et Gabrielle Lamontagne, il est clair qu’ils apprendront autant qu’ils donneront. « Lorsqu’on vit dans des villes densément peuplées, les gens se côtoient dans le métro, dans l’autobus, lorsqu’ils marchent pour aller travailler, mais il n’existe pas vraiment d’espaces de dialogue, croit Julie Rocheleau. Les gens ont un peu peur de se parler, ça prend un prétexte, et les Promenades, c’en est un ! »

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