Le tricot, un tissu social

Montréal a sa première Maison tricotée entièrement vouée à l’art de la maille, rue Gilford.
Photo: Geneviève Tremblay Le Devoir Montréal a sa première Maison tricotée entièrement vouée à l’art de la maille, rue Gilford.

On avait parlé, il y a deux ans, de la boutique Effiloché où Céline Barbeau enseignait à tricoter — pas seulement de la laine : des amitiés aussi. Voilà qu’après sept ans d’un rêve sans cesse reporté, Montréal a sa première Maison tricotée entièrement vouée à l’art de la maille, depuis la semaine dernière.

 

Dans ce « lieu de vie » ayant pignon sur une petite rue du Plateau-Mont-Royal, l’ambiance est amicale, un brin feutrée, déjà inclusive. À une semaine de l’inauguration, la maman de trois enfants a beau ne plus savoir où donner de la tête, elle tombe vite au beau zen. « Le tricot, ce n’est pas que tricoter, c’est social, même tribal,confie la professeure de tricot au Service des activités culturelles de l’Université de Montréal depuis cinq ans. Il faut se poser, pouvoir y passer du temps, discuter avec les gens. »

 

C’est sur la grande table centenaire et patinée, qui trône au fond de la longue pièce, que Céline en laine — son nom de tricoteuse — et Clara donneront la dizaine de cours qui, même s’ils reprennent des notions théoriques et historiques, sont loin d’être magistraux. Une fois à l’aise avec les aiguilles et les techniques, on pourra d’ailleurs faire ses mailles tout en discutant avec les voisines (car, oui, rares encore sont les voisins).

 

Après 11 ans passés dans la laine, dont quatre à animer des « tricothés » en France, Céline Barbeau est catégorique : le tricot crée un « tissu social ». « C’est comme s’il balayait les frontières et qu’on se retrouvait dans une veillée de village, dit-elle. Tout ça n’a plus d’importance : ce sont des femmes en train de tricoter et qui papotent sur leur vie, quoi. »

 

Les novices comme les plus doués trouveront leur compte dans le calendrier de la Maison tricotée : un cours de niveau débutant sur la couverture, où l’on aborde des techniques comme le jacquard, la dentelle et la torsade, des cours spécialisés sur le bonnet, la chaussette et les mitaines, un cours sur la fibre et même une « clinique » de 15 minutes pour résoudre des problèmes de maille.

 

Dans la boutique attenante : que des fibres naturelles et des laines artisanales essentiellement québécoises et canadiennes. « Tricoter un pull en plastique [acrylique] ? Autant aller l’acheter tout fait », s’emporte Céline Barbeau, qui chérit ses laines d’artisans, comme celle de la plus vieille filature au Canada, Briggs Little, et la laine des îles Shetland, en Écosse.

 

Des «tricothés»

 

C’est un peu pour recréer le cocon intime de ses « tricothés » du vendredi après-midi, où elle recevait depuis un an et demi, dans son propre salon, une quinzaine d’habituées, que la Maison tricotée se fera aussi… salon de thé. Les tricoteuses pourront grignoter des pâtisseries maison et celles de jeunes cuisinières ayant boutique dans le voisinage - le tout en enfilant les mailles à l’envers ou à l’endroit.

 

Dernière idée folle : les soirées de contes. Elle-même conteuse et femme de théâtre, Céline Barbeau a déjà inscrit la Maison tricotée au Festival interculturel du conte du Québec, qui aura lieu en octobre - elle se produira d’ailleurs dans son nouveau repaire avec Robert Payant. Il n’y a pas à redire, l’ambiance est celle d’une grande famille.

 

« C’est ce que je voulais, mais je ne m’attendais pas à un terreau pareil où on serait la cerise sur un gâteau déjà existant », s’étonne Céline Barbeau, en nommant un à un par leur prénom ses voisins de quartier - une épicière, un coiffeur, un serrurier. Une veillée de village, qu’on disait.

À voir en vidéo