Amarrage sans frontières - Le tour du monde à Montréal

L’un des parcours immersifs d’Amarrages sans frontières visite la Petite-Italie.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir L’un des parcours immersifs d’Amarrages sans frontières visite la Petite-Italie.

Du Pakistan de Parc-Extension à la Chine du sud du centre-ville en passant par l’Italie du boulevard Saint-Laurent, il est facile de se perdre dans les méandres culturels qui composent Montréal. Qu’à cela ne tienne, l’entreprise Amarrages sans frontières propose depuis une vingtaine d’années des parcours immersifs dans la ville aux 100 visages.

 

Son drapeau en l’air, Rosa Cordi pointe avec énergie la devanture du Milano, cette épicerie italienne qui a pignon sur rue depuis une cinquantaine d’années au nord du boulevard Saint-Laurent.

 

Animatrice dans la Petite-Italie pour Amarrages sans frontières, elle raconte depuis sept ans ce quartier et la communauté qui a vu défiler son enfance. « J’ai grandi ici, lance cette fille d’immigrant en désignant une rue transversale de l’artère principale. « Au bout de la rue Mozart, après la deuxième lumière ! Plus loin, c’est l’église où mes parents se sont mariés. »

 

Ponctuée d’anecdotes personnelles et de rencontres amicales hasardeuses, la visite « italienne » proposée par l’organisme est à l’image de toutes celles déclinées dans son programme.

 

Qu’on parle de la juive, de l’ukrainienne ou de la chinoise, il s’agit toujours d’un court voyage initiatique au coeur des communautés qui ont façonné Montréal. Et, chose rare, ce sont des gens issus de ces microcosmes qui se prêtent au jeu et servent de guides.

 

Créé en 1993 entre rires et cafés, Amarrages sans frontières est né de la mise en commun de la passion de ses fondateurs pour l’histoire et la géographie : Guilda Katan et Jean-Marc Descôteaux, l’actuel directeur. « Notre but premier était d’offrir aux nouveaux arrivants des activités afin de faciliter leur intégration, explique-t-il. Or, nous avons rapidement remarqué que ce n’était pas réaliste compte tenu des priorités liées à l’immigration. »

 

Loin de se décourager, le duo décide alors d’aborder son projet à sens inverse : plutôt que d’accueillir ces Montréalais d’adoption, pourquoi ne pas amener les Québécois « de souche » à s’intéresser à ces ramifications culturelles qui donnent toutes ses couleurs à la métropole ? « Ce n’était pas très scientifique, notre affaire, se souvient Jean-Marc Descôteaux. Ça n’existait pas à l’époque, nous avons donc dû développer nos parcours de A à Z. »

 

Après un peu moins d’un an de travail, l’équipe d’Amarrages est finalement prête en septembre 1995 à offrir un premier voyage dans le Petit-Portugal montréalais. La formule, « un brin ambitieuse », dure alors quatre heures et fait un tour d’horizon des assises de cette communauté présente au Québec depuis les années 40.

 

Près de 20 ans plus tard, plus d’une vingtaine de grou pes culturels ont été représentés par Amarrages sans frontières. À l’heure actuelle, ils sont une dizaine à se partager la grille horaire de l’entreprise, qui offre des activités d’avril à juin et d’août à novembre.

 

Activités qui ont également évolué au fil du temps, de l’expérience et du public cible. « Notre formule actuelle est légèrement différente de celle du début, précise le directeur. À la base, nous pensions nous adresser aux adultes. Pourtant, ce sont les écoles qui ont toujours été les plus réceptives. » L’équipe a donc appris à s’adapter et propose aujourd’hui des activités sous deux formes distinctes.

 

La plus courte, qui dure trois heures, est une marche dans le quartier d’accueil. Dans cette optique, l’organisme remonte aux sources de la communauté choisie.

 

Par exemple, pour en savoir davantage sur les vagues d’immigration italienne, le rendez-vous est dans la Petite-Italie, et non dans Saint-Léonard ou Rivière-des-Prairies, où vit la majorité des familles italiennes aujourd’hui.

 

À noter qu’il ne s’agit pas d’un cours d’histoire, mais plutôt d’une invitation à la connaissance.

 

La seconde option, plus longue, se présente plus com me une immersion. Cette année, il est notamment possible de faire un saut dans l’univers traditionnel juif, le temps d’un shabbat en famille, ou d’être initié à la fabrication des martenitza à la manière bulgare.

 

Faire tomber les murs

 

Mettre l’accent sur les différences ne se fait pas toujours sans heurts : Jean-Marc Descôteaux l’a appris à ses dépens. « Le plus long, au début, c’était de convaincre les communautés de se laisser approcher, se rappelle l’ancien chargé de cours en tourisme. Il y avait une certaine crainte - tout à fait fondée - de voir le quartier se transformer en une sorte de zoo. »

 

Il concède toutefois qu’aujourd’hui les choses ont bien changé et que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. « J’ai quelques concurrents maintenant ! Les associations immigrantes le font elles-mêmes de façon ponctuelle. » C’est le cas de la Semaine italienne qui se déroule à la mi-août.

 

Or, si cette première barrière est maintenant quasi inexistante, les préjugés peuvent encore être tenaces. « Il y a toujours quelqu’un qui pense que tous les Italiens sont dans la mafia ou qui croit que tous les Arabes sont musulmans, note Jean-Marc Descôteaux avec un soupir. C’est peut-être utopiste, et je suis conscient qu’au final nous ne sommes qu’un grain de sel, mais le but d’Amarrages sans frontières a toujours été de faire tomber les murs que les différences créent entre les gens. »