La face cachée de Loco Locass - Biz, ex-animateur en loisirs

Martine Letarte Collaboration spéciale
À la suite de ses expériences dans les camps de vacances, Biz s’est inscrit au baccalauréat en loisirs de l’Université du Québec à Trois-Rivières.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir À la suite de ses expériences dans les camps de vacances, Biz s’est inscrit au baccalauréat en loisirs de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

On le connaît pour les textes de Loco Locass, comme auteur de romans, comme indépendantiste convaincu, mais beaucoup moins comme spécialiste des loisirs. Pourtant, Sébastien Fréchette, alias Biz, se dit encore marqué par ce domaine qu’il a étudié et dans lequel il a travaillé, avant de se laisser emporter par le rap.

Biz a été moniteur au camp Trois-Saumons, dans la région de Chaudière-Appalaches, puis responsable de la cafétéria au camp Odyssée Minogami, en Mauricie, où il accueillait les jeunes adolescents responsables du nettoyage de la cafétéria. Il a aussi été responsable des moniteurs à la Colonie des grèves de Contrecoeur. Biz a même rêvé de devenir directeur de camps de vacances.


« En quatrième et cinquième secondaires, d’un point de vue ontologique, j’étais misanthrope, raconte Biz. J’étais seul, j’écrivais dans mon sous-sol et, si je voyais une vieille dame tomber sur le trottoir, je riais. Lorsque j’ai passé l’entrevue pour devenir moniteur, la fille a décidé de me donner une chance et, lorsque je me suis mis à m’occuper des enfants, je suis sorti de ma bulle d’ego négative et je me suis mis à “ tripper ”. J’ai connu un de mes meilleurs amis au camp. Ensuite, lorsque je suis entré au cégep, j’étais métamorphosé. On peut le voir sur mes cartes d’autobus de la ville de Québec : j’étais devenu bronzé, souriant, resplendissant. Avec le camp, je suis devenu humaniste et, si je voyais une dame tomber sur le trottoir, je ne riais plus, j’allais l’aider.»


Dans les camps de vacances, Biz, né en 1974, a reçu des jeunes issus d’un milieu défavorisé et d’autres avec un handicap. « J’ai découvert toutes sortes de monde, et, d’ailleurs, par la suite, dans un cours de philo au cégep, on a parlé de la pertinence d’avoir dans la société des gens moins bons, des gens à qui il manque des morceaux, et je me suis levé en classe pour dire que ces gens étaient des humains totalement “ trippants ” et totalement pertinents. Je me souvenais d’une hutte au camp où il y avait des gens en fauteuil roulant, des autistes et un moniteur à qui il manquait un bras, et c’était une hutte “ hypertrippante ”, remplie d’énergie positive. »


Études universitaires


À la suite de ses expériences dans les camps de vacances, Biz s’est inscrit au baccalauréat en loisirs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR). Tout un univers s’est alors ouvert à lui. « Le bac était très multidisciplinaire et j’y ai étudié le phénomène du loisir d’un point de vue historique, dans le contexte du développement des temps libres dans le monde occidental », raconte Biz.


La notion de loisirs telle qu’on la connaît aujourd’hui est apparue au milieu du XIXe siècle dans les villes canadiennes. L’industrialisation a transformé le rapport au temps et des horaires de travail fixes sont apparus dans les usines. « Lorsque les gens commencent à avoir des congés, ils se demandent ce qu’ils feront de ces journées, explique Biz. Ils vont à la messe, mais ensuite ils vont voir des amis, la famille, ils s’amusent. L’Église s’est aperçue rapidement qu’il y avait de bons et de mauvais loisirs, comme prendre une brosse et aller voir les filles. L’Église s’est donc mise à prendre le contrôle du temps de loisir et on a vu apparaître les jeunesses catholiques et les camps de vacances. Les religieux voulaient s’assurer que les croyants occupaient leurs temps de loisir de la bonne façon. »


Les loisirs ont aussi leur utilité en Occident alors que chacun se définit par rapport à son travail. « Quelqu’un qui ne travaille pas peut se réhabiliter socialement et se réaliser à travers ses loisirs », explique Biz.


Attrapé par le rap


L’investissement dans les loisirs devient même incontournable, alors que les pistes cyclables, les piscines et les maisons de jeunes, par exemple, deviennent des services publics.


Biz s’est intéressé particulièrement aux politiques culturelles des villes. Même s’il était seulement au baccalauréat, il a convaincu un professeur, Michel de la Durantaye, de le prendre sous son aile pour comparer les politiques culturelles des villes. « Nous avons développé une grille d’analyse et je suis allé faire une présentation pancanadienne à Ottawa. Ç’a été mon moment de gloire de recherche en loisirs ! »


Il a aussi fait un stage convoité de huit mois au service des loisirs de la Ville de Québec. « Ç’a connecté pendant le stage et j’aurais pu continuer dans cette voie », affirme Biz.


Il a d’ailleurs poursuivi ses études et complété sa scolarité de maîtrise, mais, alors qu’il devait rédiger son mémoire, il écrivait davantage de textes de rap. « J’ai eu un choix à faire et je suis passé de l’autre côté du miroir. Aujourd’hui, plutôt que d’étudier les politiques culturelles des villes, je bénéficie de ces politiques. »


C’est vers la fin du cégep, à Québec, que Biz s’est mis au rap avec son ami Batlam (Sébastien Ricard).


« Mes amis venaient me voir lorsque j’étudiais à l’UQTR, et, d’ailleurs, c’est au Festival de poésie de Trois-Rivières que nous avons testé nos textes pour la première fois, dans un café où il y avait un micro ouvert, et ç’a bien marché. »


Il a choisi le rap, mais Biz affirme que ses études multidisciplinaires en loisirs lui ont appris à apprendre. « C’est important et je le dis aux jeunes lorsque je donne des conférences dans des écoles secondaires, parce qu’aujourd’hui les gens n’occupent plus le même emploi pendant 25 ans, donc il faut s’armer le plus possible. L’école, si on y va avec l’impression qu’on est un prisonnier qui fait du temps, ça peut être long et “ plate ”, mais ce sera différent si on rattache l’école à ses passions. Pour moi, le français est au coeur de l’écriture des textes de rap. Les cours d’histoire, de science politique, de sociologie me sont aussi très utiles. Même les notions de budget que j’ai apprises dans les cours d’économie au secondaire me servent aujourd’hui pour tenir les livres de Loco Locass. »


Pour Biz, il est maintenant temps de redonner aux camps. Comme membre de la corporation des camps Odyssée, responsable du développement et de la gestion de l’organisation, il s’assurera que d’autres enfants seront, à leur tour, transformés par leurs expériences en camps de vacances.


Cet été, il verra d’ailleurs son garçon de sept ans, déjà grand amateur de plein air, partir camper pour la première fois à Minogami.


 

Collaboratrice

1 commentaire
  • Claude Trudel - Abonné 8 juin 2013 15 h 00

    Appréciation


    Quel plaisir de découvrir une nouvelle facette de Biz, un rapoète si fascinant. Merci à l’auteure de ce reportage et bonne saison estivale à Biz!