La quotidienne électorale: analyse de mi-campagne

Retour sur la fin de semaine en trois temps: bataille de cadres financiers, appel au vote stratégique et premier débat des chefs en vue. Karl Rettino-Parazelli en discute avec nos chroniqueurs Michel David et Aurélie Lanctôt.

Voici un extrait des échanges en trois questions :

Le cadre financier de la Coalition avenir Québec (CAQ) dévoilé samedi a été jugé irréaliste par ses adversaires. Est-ce que les critiques sont justifiées ?

M.D. Oui, les critiques sont justifiées. Par exemple, dire que la croissance [économique] va passer de 1,3 % à 1,8 % [...] du seul fait que [François] Legault devient premier ministre, c’est totalement gratuit. Il n’y a absolument rien qui permet de démontrer ça. J’admets que pour ce qui est des médecins, M. Legault n’a pas inscrit la récupération d’un milliard de dollars dans son cadre financier, donc on ne peut pas lui dire que le cadre ne tient plus si l’argent n’est pas récupéré. Ce que je reproche à M. Legault du côté des dépenses [...], c’est qu’il utilise plus de la moitié de sa marge de manœuvre en baisses d’impôts ou en baisse du fardeau fiscal d’une manière ou d’une autre. Personnellement, je ne pense pas que c’est indiqué, compte tenu des ponctions qui ont été faites dans les services publics dans la première moitié de mandat des libéraux.

Ce matin, François Legault a indiqué qu’il déposerait un projet de loi pour réformer le mode de scrutin en moins d’un an. Qu’est-ce qu’on doit comprendre de cette prise de position ?

A.L. Si François Legault a fait cette promesse-là, c’est sans doute qu’il y voit un intérêt. C’est à l’image de l’entente que la CAQ, le Parti québécois et Québec solidaire ont conclue juste avant le déclenchement de la campagne électorale. C’est évident que pour des petits partis comme Québec solidaire, ce serait avantageux d’avoir un mode de scrutin différent, mais peut-être que la CAQ y voit aussi un intérêt. Si on met de côté tout cynisme, peut-être que François Legault reconnaît que pour la démocratie québécoise, ce serait assez sain, parce que ça donnerait un reflet plus fidèle des nouvelles forces politiques en présence.

Le premier débat des chefs aura lieu jeudi. Est-ce qu’il s’agit encore aujourd’hui d’un moment déterminant dans une campagne électorale ?

A.L. Je pense que c’est encore fondamental. [...] C’est un moment où le politicien qui est en débat fait la démonstration du fait qu’il a les reins solides, qu’il peut débattre, qu’il peut résister à la pression. Et qu’on le veuille ou, même à l’ère des réseaux sociaux, la télé continue d’avoir un effet qui est à mon avis beaucoup plus grand que toutes les plateformes numériques.

M.D. Pendant une campagne électorale, on voit les chefs se répondre, mais toujours par médias interposés, jamais face à face. [Jeudi], les quatre vont se faire face et la dynamique va être différente. Tu n’as pas le temps de penser 15 minutes pour savoir quoi répondre à celui qui vient de faire telle déclaration. Ça se passe très rapidement. Ça requiert une agilité intellectuelle que les gens peuvent mesurer et oui, ça peut changer la dynamique de la campagne. C’est arrivé par le passé.