La quotidienne électorale: la jeunesse désillusionnée?

La jeunesse québécoise a-t-elle tourné le dos à la politique? Et qu’est-ce que les partis doivent faire pour regagner leur confiance? Karl Rettino-Parazelli en discute avec Francine Pelletier, chroniqueuse au Devoir, et François Delorme, professeur d’économie de l’environnement à l’Université de Sherbrooke.

Voici un extrait des échanges en trois questions:
 
Dans un texte d’opinion publié mercredi dans Le Devoir, vous parlez d’une certaine désillusion des jeunes. C’est le sentiment que vous avez lorsque vous les rencontrez au quotidien?
 
F. D. Oui, le pouls que j’ai des jeunes, c’est un désengagement par rapport à la vie politique. Ils doutent du fait qu’on peut faire avancer un programme qui les concerne à travers les institutions existantes. [...] Les jeunes de 20 à 25 ans vont avoir à vivre les bouleversements climatiques et ils se disent: «C’est aujourd’hui qu’il faut relever ces défis, comment se fait-il que nos institutions démocratiques et nos partis politiques, qui traitent des questions de court terme, ne font pas aussi ce qu’il faut pour le long terme?»
 
Pensez-vous que la démission du ministre français de la Transition écologique, Nicolas Hulot, a eu un impact sur beaucoup de jeunes?
F. P. Je pense que ça a été une claque au visage pour tout le monde, notamment lorsqu’on est jeune, parce que M. Hulot a eu le bonheur de dire tout haut ce que bien des gens pensent tout bas, c’est-à-dire que les gouvernements sont des hypocrites par rapport à l’environnement, notamment. On prétend qu’on fait quelque chose, mais en réalité, on ne fait rien. [...] On leur dit: «Non seulement on ne fait rien, mais personne ne va rien faire non plus.» En d’autres mots: «Nous sommes cuits.» Comment ne pas être doublement cynique et démobilisé? Je les comprends tout à fait de ne pas avoir envie de faire de la politique et de s’intéresser à la politique à l’heure actuelle.
 
Qu’est-ce qui doit être fait pour regagner la confiance des jeunes?
F. D. Nous sommes beaucoup dans le clientélisme en ce moment: je donne un petit cadeau à tel groupe. Il me semble que lorsqu’on a 20 ans, on a besoin de rêver, on a besoin d’un projet fédérateur auquel s’accrocher, et je crois que l’environnement en est un. Alors si les partis politiques ne comprennent pas ça, ils ne comprennent pas les aspirations des jeunes.