La quotidienne électorale: la santé, un gouffre financier?

Peut-on limiter la hausse des dépenses en santé? Ou est-ce que le vieillissement de la population nous obligera à dépenser encore davantage dans les prochaines années? Karl Rettino-Parazelli en discute avec Guillaume Hébert, chercheur de l’IRIS spécialiste des questions liées au système de santé, et Olivier Jacques, doctorant en science politique à l’Université McGill.

Voici un extrait des échanges en trois questions :

Est-ce qu’on peut tenir le rythme avec la croissance des dépenses en santé prévue pour les prochaines années ?

O.J. Je pense qu’avec le vieillissement de la population et la croissance des dépenses qu’on a connue au cours des dernières années, ça va être difficile de tenir le rythme. [...] Une personne plus âgée coûte exponentiellement plus cher à soigner qu’une personne plus jeune. Comme il va y avoir plus de personnes âgées, les coûts vont augmenter. [...] Si on voulait s’assurer que les dépenses en santé représentent la même proportion du budget qu’actuellement, il faudrait épargner dès maintenant plusieurs milliards de dollars par année ou s’assurer de pouvoir diminuer à long terme les coûts du système de santé en faisant des investissements qui sont pertinents.

G.H. Depuis 10 ans, les dépenses en santé par rapport au PIB sont plutôt stables à environ 10 %. [...] Ce qu’il faut retenir, c’est que oui, il y a des ajustements à faire lorsqu’on a une population qui vieillit, mais que non, nous ne sommes pas en situation de choc démographique ou de catastrophe imminente.

Est-ce que notre système de santé, dans sa forme actuelle, est viable pour les prochaines années ? Est-ce qu’on devrait le changer, apporter des solutions ?

O.J. Je pense qu’il faut faire des investissements substantiels dès maintenant pour éviter la croissance des coûts à long terme et le maintien à domicile des personnes âgées est quelque chose qui doit être fait. [...] Une autre solution serait de créer une sorte de fonds des générations dédié à la santé, qui permettrait d’économiser de l’argent maintenant [...] pour financer le système de santé lorsqu’il coûtera plus cher.

Vous croyez qu’après la réforme menée par Gaétan Barrette, nous sommes mûrs pour une autre réforme du système de santé ?

G.H. Je pense que oui. Je pense que Gaétan Barrette a fait exactement l’inverse d’à peu près tout ce qu’il faut faire pour un système de santé et de services sociaux. On a renversé le système à l’envers, on l’a centralisé, on a aboli la participation démocratique du réseau. C’est à peu de choses près le contraire des modèles qui fonctionnent à travers le monde.