La quotidienne électorale: comment répondre à la pénurie de main-d'oeuvre?

Les partis politiques ne s'entendent pas sur la manière de répondre à la pénurie de main-d'oeuvre au Québec. Faut-il maintenir les seuils d'immigration? Ou doit-on accueillir moins d'immigrants et améliorer leur intégration? Karl Rettino-Parazelli en discute avec Yves-Thomas Dorval, p.-d.g. du Conseil du patronat du Québec, et Lisa-Marie Gervais, notre journaliste spécialiste des questions d'immigration.

Voici un extrait des échanges en trois questions :

On parle de pénurie de main-d’œuvre depuis des mois au Québec. Quelle est l’ampleur du problème ?
Y-T D : On a connu un vieillissement démographique et depuis deux ou trois ans, on a moins de gens qui arrivent sur le marché du travail que de gens qui quittent le marché du travail. Il se creuse un écart de plus en plus grand. [...] Mais il faut faire attention. La pénurie n’est pas généralisée. Il y a encore des gens qui ne travaillent pas, mais il y a des pénuries dans plusieurs régions et plusieurs secteurs.

Pour régler la pénurie de main-d’œuvre, est-ce qu’il faut maintenir le seuil d’immigration actuel ?

Y-T D : Pour régler la pénurie de main-d’œuvre, il faut d’abord travailler sur l’éducation, parce que 54 % des emplois disponibles [d’ici 2026] seront comblés par des jeunes. Dans une proportion d’environ 22 %, ce seront les immigrants, donc pour nous, il est essentiel d’avoir une augmentation, et non une diminution du nombre d’immigrants. Parce que lorsqu’on parle d’immigrants, on parle de toutes les catégories d’immigrants [réfugiés, regroupement familial, immigrants économiques].

Qu’est-ce qui ne fonctionne pas actuellement avec le système d’accueil des immigrants et qu’est-ce qui pourrait être modifié ?
L-M G : Il y a d’abord le programme de francisation. La vérificatrice générale du Québec n’a pas mâché ses mots en novembre dernier. Elle parlait de « fiasco ». [...] Ce que les partis évoquent beaucoup, et heureusement qu’ils s’y attardent, c’est aussi la sempiternelle question de la reconnaissance des acquis. [...] L’autre chose que les partis évoquent, c’est la sélection. Mais j’irais plus loin, c’est l’arrimage [avec les emplois disponibles] qui est important. Il se passe quelque chose ici qui fait en sorte qu’il y a encore des ingénieurs et des médecins chauffeurs de taxi.